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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02587

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02587

mardi 6 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02587
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 19 août 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 1914402 du 14 janvier 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 8 septembre 2021 et le 2 décembre 2021, M. A, représenté par Me Reynolds, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur d'appréciation de son état de santé et de la possibilité pour lui de bénéficier d'un traitement approprié an Algérie ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 28 octobre 1987 à Hussein Dey, qui est entré en France le 10 décembre 2017, a sollicité le 8 février 2019 son admission au séjour au titre des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 19 août 2019, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 14 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, elle est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé.

6. En troisième lieu, compte-tenu de ce qui a été exposé au point précédent de la présente ordonnance, le requérant n'est pas fondé, en tout état de cause, à déduire du défaut d'examen allégué une erreur de fait, invoquée sans davantage de précision, qu'aurait commise le préfet en prenant la décision contestée.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet se serait cru lié par l'avis rendu le 8 juillet 2019 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont il s'est seulement approprié les termes après s'être livré à l'examen du dossier de M. A. Ce dernier n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence.

8. En cinquième lieu, le requérant reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord susvisé. Il soutient à nouveau que, contrairement à ce qu'ont estimé les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans l'avis déjà mentionné, le défaut de prise en charge de son état de santé entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. En appel, il produit des pièces relatives à l'histoire de sa maladie et de sa prise en charge, en Algérie notamment. Il produit aussi un résultat d'examen pratiqué en 2019, un compte-rendu médical établi en Algérie en 2003, aux termes duquel " une prise en charge [de l'intéressé] dans un service spécialisé [serait] nécessaire ", d'autres comptes rendus et un certificat médical datés de 2020 et 2021 dont il ressort que l'intéressé présente un syndrome anxio-dépressif pour lequel il est traité, son " état clinique [étant] stable sous traitement ". Il ressort également de ces documents que le requérant devrait être suivi, moyennant un équipement approprié, afin de réacquérir la mise debout et la marche en intérieur, de bénéficier d'une surveillance uronéphrologique et de pouvoir s'intégrer à la société française, socialement et professionnellement. Eu égard à leur teneur, ces pièces ne permettent pas plus que celles produites en première instance de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du 8 juillet 2019 quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité au défaut de prise en charge médicale du requérant. Dès lors, la contestation du requérant, en tant qu'elle porte sur la possibilité pour lui de bénéficier d'un traitement approprié en Algérie, n'est pas utilement soulevée. Par suite, pour ces motifs et ceux retenus à bon droit par le tribunal et exposés au point 11 du jugement attaqué, en refusant de délivrer au requérant le titre de séjour qu'il sollicitait, le préfet n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'article 6-7 de l'accord susvisé et n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

9. En sixième lieu, le requérant reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle. Il se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, de la présence à ses côtés de son épouse et de leurs deux enfants scolarisés, de son état de santé et de sa maîtrise de la langue française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant et sa famille sont entrés en France moins de deux ans avant la décision litigieuse. D'ailleurs, contrairement à ce qu'il indique dans son mémoire du 2 décembre 2021, ses deux enfants ne sont pas nés sur le territoire Français : sa fille est née en 2015 en Algérie tandis que son fils est né en 2018 à Saint-Denis. Il ne justifie toujours pas en appel de la régularité de la situation administrative de son épouse, également algérienne. Il bénéficie avec sa famille d'un logement social d'urgence attribué par un organisme gestionnaire des hôtels franciliens, et n'est pas intégré professionnellement en France, l'avis d'impôt sur ses revenus de 2020 établissant d'ailleurs qu'il était dépourvu de revenus cette année-là. Les attestations de membres d'associations caritatives ne suffisent pas à justifier d'une intégration sociale particulière du requérant. Dans ces conditions, et alors que celui-ci conserve d'importantes attaches familiales en Algérien, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que le refus de titre de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A, est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 6 décembre 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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