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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02612

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02612

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02612
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Versailles, d'une part, d'annuler la décision du 10 octobre 2018 par laquelle la sous-directrice des ressources humaines et des relations sociales de l'administration pénitentiaire a refusé de l'indemniser des préjudices subis en raison de son licenciement et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ces préjudices.

Par un jugement n° 1808833 du 20 octobre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2021, Mme B, représentée par Me Gérard, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler la décision du 10 octobre 2018 par laquelle la sous-directrice des ressources humaines et des relations sociales a refusé de l'indemniser des préjudices subis du fait de son licenciement et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ces préjudices ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est irrégulier en ce que le tribunal n'a pas répondu à l'argumentaire selon lequel l'évaluation du 28 mai 2018 était un document à la véracité douteuse qui devait être écarté des débats ;

- il est irrégulier dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative, il ne comporte aucune signature ;

- le renouvellement de sa période d'essai est illégal dès lors qu'il ne repose sur aucun motif alors qu'elle accomplissait ses fonctions de manière satisfaisante ; les insuffisances techniques reprochées ne sont pas démontrées ;

- son licenciement est intervenu après l'expiration de la période d'essai et à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des articles 47 et 47-1 du décret du 17 janvier 1986 ; elle n'a ainsi pas été convoquée préalablement à l'entretien, n'a pas été en mesure de se faire assister, la commission administrative paritaire n'a pas été saisie et la décision n'est pas motivée ;

- à supposer que le licenciement serait intervenu au terme de la période d'essai, elle a été convoquée verbalement le 29 mai 2018 à 15 heures 30 pour un entretien le jour même à 16 heures 30, sans pouvoir préparer sa défense et se faire assister de la personne de son choix ;

- la décision de licenciement, prise en considération de la personne, n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable en méconnaissance des dispositions des articles L. 121- 1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, et ne pouvait légalement intervenir sans qu'elle ait été invitée à faire valoir ses observations, alors au demeurant qu'elle repose sur certains griefs susceptibles de revêtir un caractère disciplinaire ;

- la décision de licenciement repose sur des faits matériellement inexacts, les prétendues insuffisances techniques, ni précisées ni explicitées, n'étant pas établies ; le compte-rendu d'évaluation du 9 avril 2018 se limite à des croix apposées dans une case et a été rédigé deux mois auparavant ; elle n'a pas été destinataire de l'évaluation du 29 mai 2018 qui ne correspond pas au document qu'elle a signé, et dont la véracité est douteuse ;

- la décision de licenciement est entachée d'une erreur d'appréciation car son travail a été apprécié ;

- les illégalités ainsi commises sont constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard ; elle est fondée à solliciter le versement d'une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis en raison d'une perte de traitement, d'une perte de chance de poursuivre son emploi, d'un préjudice moral et de troubles dans ses conditions d'existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le Garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut, au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Danielian,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée, à compter du 12 février 2018, par le service d'emploi pénitentiaire de Tulle, par contrat à durée déterminée d'une durée d'un an, en qualité d'agent contractuel, afin d'exercer les fonctions d'adjointe technique d'encadrement en numérisation chargée d'animer l'atelier des activités numériques à la maison centrale de Poissy. Par une décision du 30 mai 2018, notifiée le 2 juin 2018 à l'intéressée, le directeur du service de l'emploi pénitentiaire de l'administration pénitentiaire a mis fin à son contrat à compter du 12 juin, à la fin de la période d'essai. Par un courrier du 19 juillet 2018, Mme B a sollicité l'indemnisation, à hauteur de 30 000 euros, des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction illégale, demande qui a été rejetée le 10 octobre 2018, par la sous-directrice des ressources humaines et des relations sociales de l'administration pénitentiaire. Mme B fait appel du jugement du 20 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande, qui revêt le caractère d'un recours de plein contentieux indemnitaire, la décision du 10 octobre 2018 ayant eu pour seul effet de lier le contentieux.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ". Aux termes de l'article R. 741-8 du même code : " Si le président de la formation est rapporteur, la minute est signée, en outre, par l'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement attaqué a été signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et la greffière d'audience, conformément aux prescriptions des articles précités du code de justice administrative. La circonstance que l'ampliation du jugement qui a été notifiée aux parties ne comporte aucune signature est sans incidence sur la régularité de ce jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que la minute du jugement attaqué n'est pas signée ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'existence d'une illégalité fautive :

4. Mme B, qui demande la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son licenciement, soutient que la responsabilité de l'Etat doit être engagée en raison de l'illégalité fautive, d'une part, du renouvellement de sa période d'essai et, d'autre part, de son éviction.

5. Aux termes de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le contrat ou l'engagement peut comporter une période d'essai qui permet à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / () La période d'essai et la possibilité de la renouveler sont expressément stipulées dans le contrat ou l'engagement. : () Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. / () Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient en cours ou à l'expiration d'une période d'essai. / () Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. () ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a été recrutée par un contrat à durée déterminée à compter du 12 février 2018, comportant, ainsi que prévu par l'article 3 de ce contrat, une période d'essai de deux mois, du 12 février au 11 avril 2018. A la suite d'une évaluation de fin de période d'essai du 9 avril 2018, le contrat a fait l'objet d'une prolongation de même durée, laquelle a couru à compter du 12 avril et dont le terme expirait ainsi le 11 juin 2018. Si Mme B soutient que le renouvellement de sa période d'essai est illégal en ce qu'il ne repose sur aucun motif dès lors qu'elle accomplissait ses fonctions de manière satisfaisante, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit l'obligation pour l'employeur public de motiver et de justifier sa décision de renouveler la période d'essai prévue dans un contrat de travail conclu avec l'un de ses agents publics, laquelle a pour objet, selon les termes mêmes des dispositions précitées de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986, de permettre à l'administration d'évaluer les compétences de l'agent dans son travail et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent.

7. En deuxième lieu, pour soutenir que son licenciement est intervenu plus de deux mois après le renouvellement de sa période d'essai, Mme B fait valoir que sa période d'essai a été renouvelée le 9 avril 2018, date de l'entretien d'évaluation, alors que son licenciement n'a pris effet que le 11 juin 2018. Toutefois, la circonstance que l'évaluation de la période d'essai soit intervenue dès le 9 avril ne signifie pas que la prolongation ait commencé dès cette date. La seconde période d'essai a bien couru du 12 avril au 11 juin. La décision du 30 mai 2018, mentionne qu'il est mis fin à son contrat à compter du 12 juin, et précise " Type de cessation de fonction : licenciement en fin de période d'essai ou de stage ". Par suite, et contrairement à ce qui est soutenu, la rupture de contrat doit être regardée comme ayant eu lieu au terme de la période d'essai. Dans ces conditions, Mme B ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986, qui ne sont pas applicables aux licenciements en cours ou au terme de la période d'essai mais relatives aux procédures de licenciement menées au cours du contrat de l'agent, après l'expiration du terme de la période d'essai. Les moyens tirés de ce qu'elle n'a pas été convoquée préalablement à l'entretien, n'a pas été en mesure de se faire assister, et que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie sont ainsi inopérants. Enfin, il ne résulte d'aucun texte qu'une décision mettant fin aux fonctions d'un agent contractuel au terme de sa période d'essai serait au nombre de celles qui doivent être motivées, les dispositions précitées de l'article 9 du décret du 17 janvier 1986 prévoyant seulement une obligation de motivation pour les décisions de licenciement intervenant au cours d'une période d'essai.

8. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 9 du décret précité prévoient que le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable, dont il n'est pas contesté qu'il s'est tenu le 29 mai 2018, ces dispositions ne prévoient aucun formalisme ni obligation particulière à la charge de l'employeur public quant au déroulement de cet entretien préalable, contrairement aux dispositions de l'article 47 du même décret, applicable, ainsi qu'il a été dit précédemment, dans les hypothèses de licenciement d'un agent contractuel en dehors de la période d'essai. Mme B n'est, par suite, pas fondée à soutenir que l'entretien préalable à son licenciement du 29 mai 2018 s'est tenu dans des conditions irrégulières. Si elle fait valoir qu'elle ignorait tout du motif de cet entretien, aucun texte ne faisait obligation à l'administration d'informer la requérante des griefs retenus contre elle avant la tenue de l'entretien préalable et il ne résulte pas de l'instruction que les motifs justifiant la cessation de la relation de travail ne lui auraient pas été exposés au cours de cet entretien.

9. En quatrième lieu, alors même que la décision de licenciement aurait été prise en considération de la personne, elle n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire préalable sur le fondement des dispositions des articles L.121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, lesquelles ne sont, au demeurant, pas applicables aux relations entre les autorités administratives et leurs agents. En outre, faute d'avoir été inspiré par une volonté de sanctionner Mme B, le licenciement litigieux ne revêt pas un caractère de sanction disciplinaire déguisée qui aurait nécessité l'application de la procédure disciplinaire.

10. En cinquième lieu, Mme B fait valoir que la décision de licenciement repose sur des faits matériellement inexacts dès lors que les prétendues insuffisances techniques, au demeurant non précisées, ne sont pas établies. Il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que l'a relevé le tribunal, que l'évaluation du 29 mai 2018, contresignée par l'intéressée et dont il ne ressort d'aucun élément suffisamment probant qu'il serait dépourvu de caractère authentique, comporte cinq items cochés " Insuffisants " dont les items relatifs à la " compétence technique principale relative au poste ", " les capacités d'organisation et de conception de projet ", " la capacité d'adaptation aux changements et d'anticipation ", la " capacité d'écoute et de négociation ", ou encore " la capacité à déléguer et à contrôler ", ces mêmes items ayant déjà été auparavant signalés, lors de l'évaluation du 9 avril 2018, comme étant " A améliorer " au sein des marges d'évolution. Dans ces conditions, alors même que l'attestation du 8 juin 2018 de Mme C, directrice en charge du travail pénitentiaire et de la formation professionnelle au sein de la maison centrale de Poissy souligne les qualités de l'intéressée et que plusieurs attestations d'anciens collègues soulignent ses connaissances du logiciel Photoshop, le directeur du service de l'emploi pénitentiaire de l'administration pénitentiaire ne saurait être regardé, en procédant à son licenciement à l'issue de sa période d'essai renouvelée, comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation.

11. En l'absence de toute illégalité fautive de la part de l'administration pénitentiaire, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser à Mme B la sommes de 30 000 euros, en réparation des préjudices matériel et moral qu'elle estime avoir subis ne peuvent qu'être rejetées.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Ses conclusions tendant au versement d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente-assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

I. La rapporteure,

I. DanielianLa présidente,

L. Besson-LedeyLa présidente,

II. I. DanielianLa greffière,

T. Tollim

La greffière,

A. Audrain FoulonLa République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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