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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02666

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02666

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02666
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET MAMOUDY RAMALHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du préfet des Yvelines en date du 30 janvier 2020 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination, d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer sans délai une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2007636 du 12 février 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 et le 23 septembre 2021, M. C, représenté par Me Lebon Mamoudy, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet des Yvelines ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai un titre de séjour temporaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé, le préfet ne faisant état d'aucun élément indiquant qu'il peut bénéficier d'un traitement au Nigéria ;

- faute de mention dans l'avis, le préfet ne peut pas s'assurer que le médecin rapporteur ne siégeait pas dans le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui a rendu un avis le 30 décembre 2019 ;

- son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, dont il ne pourra pas bénéficier au Nigéria où circulent de nombreux médicaments contrefaits ;

-il y a lieu d'annuler l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de celle du refus de titre de séjour ;

- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France depuis le 1er novembre 2016, qu'il a un domicile stable, qu'il a suivi une formation et occupe un emploi d'agent d'entretien ; il n'a plus de contact avec son père et avec son fils depuis de nombreuses années ; sa mère est décédée en 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 19 octobre 1973, a déclaré être entré en France en 2016. Il a demandé le 25 octobre 2018 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 janvier 2020, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. C relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Il y a lieu d'écarter les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté et de l'irrégularité de la procédure résultant de l'impossibilité de s'assurer de l'absence de participation du médecin rapporteur au collège de médecins par les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal.

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie à laquelle l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger, et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Par son avis émis le 30 décembre 2019, le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que, si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale et que son défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, un traitement était disponible dans son pays d'origine. Si M. C fait état de son épilepsie, de son asthme et de son anxiété, justifie de prescriptions régulières et soutient qu'il n'existe pas de traitement disponible dans son pays d'origine, où de nombreux médicaments contrefaits sont en circulation, les extraits du document mis à jour en 2010 qui établirait la liste des médicaments disponibles au Nigéria, quand bien même elle aurait été établie avec l'Organisation mondiale de la santé, ne suffisent pas à établir qu'aucun traitement adapté à son état ne serait disponible au Nigéria et donc à écarter l'avis du collège des médecins, rendu 9 ans après cette publication. Le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans charge de famille en France. S'il fait état de l'installation de sa vie privée et familiale en France, il a déclaré n'être entré sur le territoire national qu'en 2016, à l'âge de 43 ans, et il a vécu l'essentiel de sa vie au Nigéria, où résident au moins son père, son fils et quatre demi-frères et sœurs, avec lesquels il ne justifie pas avoir interrompu toute relation. Au regard des conditions et de la durée de son séjour en France, et quand bien même il occupe un emploi d'agent d'entretien et dispose d'un logement, dans lequel il est hébergé par un ami, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée. Il suit de là qu'il n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Ses conclusions tendant à l'annulation du jugement, de l'arrêté du 30 janvier 2020 ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Albertini, président de chambre,

M. Mauny, président-assesseur,

Mme Villette, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

O. ALe président,

P.-L. ALBERTINILa greffière,

S. DIABOUGA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière, 00

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