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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02743

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02743

mardi 14 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02743
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantLEXGLOBE SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2020 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2005202 du 9 novembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 décembre 2021, M. B, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier en ne tenant pas compte de toutes celles qui avaient été produites ;

- le tribunal a écarté à tort le moyen tiré du défaut d'examen par le préfet de sa demande d'exemption de visa de long séjour et de sa demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ;

- il a écarté à tort le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 313-7 et R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'application desquelles le préfet a commis une erreur d'appréciation ;

- il a fait une inexacte application des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour contesté sur la situation personnelle du requérant ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa demande d'exemption de visa de long séjour et de sa demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- le préfet a fait une application inexacte des dispositions des articles L. 313-7 et R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur dans l'appréciation des circonstances particulières qui auraient dû le conduire à l'exempter de l'obligation de visa de long séjour et dans l'appréciation de la façon dont il remplissait les autres conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B est un ressortissant marocain né le 8 février 2000 à Casablanca. Le 3 février 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juillet 2020, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 9 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En second lieu, M. B soutient que les premiers juges n'auraient pas sérieusement examiné sa situation personnelle, auraient dénaturé les pièces du dossier et entaché le jugement attaqué d'erreurs de droit et d'appréciation. Toutefois, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont donc sans incidence sur sa régularité et doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, elle est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, la décision contestée indique que M. B " ne peut prétendre au titre de séjour sollicité sur le fondement des articles L. 313-11 7° () ". Ces termes révèlent que le préfet a effectivement examiné la demande de délivrance de titre de séjour au titre de la " vie privée et familiale " présentée par le requérant, subsidiairement à sa demande principale tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ".

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e () / 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention, modifié par le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 sans toutefois modifier l'économie du régime du code frontière Schengen stipule que : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes peuvent être tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent./ Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent() ". L'article 21 du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen), qui s'est pour partie substitué à la convention du 19 juin 1990, dispose que : " La suppression du contrôle aux frontières intérieures ne porte pas atteinte : / () d) à l'obligation des ressortissants des pays tiers de signaler leur présence sur le territoire d'un Etat membre conformément aux dispositions de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen ". Le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, modifiant notamment le règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ainsi que la convention d'application de l'accord de Schengen, ne modifie pas l'économie de ce régime.

8. L'article R. 211-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Aux termes de l'article R. 211-33 du même code : " La déclaration d'entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, un récépissé est remis à l'étranger. Il peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. L'étranger assujetti à l'obligation de déclaration doit être en mesure de justifier, à toute réquisition des agents de l'autorité, qu'il a satisfait à cette obligation, par la production de ce récépissé. Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration. ". Par suite, la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

9. Aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire () sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1 ". L'article L. 311-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France () tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour, d'une durée maximale d'un an () ". L'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études (), l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. () ". Aux termes de l'article R. 313-10 du même code : " Peut être exempté, sur décision du préfet, de l'obligation de présentation du visa de long séjour prescrite au 2° de l'article R. 313-1 : /1° L'étranger qui suit en France un enseignement ou y fait des études, en cas de nécessité liée au déroulement des études. Sauf cas particulier, l'étranger doit justifier avoir accompli quatre années d'études supérieures et être titulaire d'un diplôme, titre ou certificat au moins équivalent à celui d'un deuxième cycle universitaire ou d'un titre d'ingénieur. Il est tenu compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté à l'appui de la demande de titre de séjour, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études ; () ".

10. Il ressort des termes de la décision contestée que le requérant a déclaré " sans en [avoir apporté] la preuve avoir effectué sa dernière entrée sur le territoire français en juillet 2017 muni d'un visa de court séjour valable du 3 juillet 2017 au 15 octobre 2017 délivré le 29 juin 2017 par les autorités espagnoles en poste à Casablanca, et s'y être maintenu depuis lors ". Il ressort des écritures d'appel du requérant qu'il serait " entré en France en juillet 2017, sous couvert d'un visa Schengen de type C [de court séjour] et muni de son passeport marocain () ". En tout état de cause, le requérant ne justifie pas satisfaire à l'obligation de visa de long séjour à laquelle il est soumis, et ne justifie pas d'avantage être régulièrement entré sur le territoire français après avoir souscrit la déclaration d'entrée en France dont il n'était pas dispensé.

11. Or, il ressort des dispositions précitées des articles L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 313-10 du même code que si le préfet peut, pour les motifs et dans les conditions qu'elles prévoient, exempter de l'obligation de présentation de visa de long séjour un étranger qui sollicite un titre de séjour portant la mention " étudiant ", cette possibilité n'existe cependant que sous réserve de la régularité de l'entrée en France de cet étranger. M. B n'en justifiant pas, ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet ne pouvait pas l'exempter de l'obligation de visa à laquelle il était soumis. Le préfet n'a donc pas fait une inexacte application de ces dispositions en lui refusant le titre de séjour sollicité.

12. Si le préfet a examiné, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la demande d'exemption de visa de long séjour présentée par le requérant et a estimé, dans ce cadre, que l'intéressé " ne justifi[ait] [pas] d'une nécessité liée au déroulement des études entreprises ", cependant, M. B ne soutient pas valablement qu'en portant une telle appréciation, le préfet aurait commis une erreur, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'un mois avant la décision en litige, il avait obtenu le baccalauréat mention " électricité ".

13. Il suit de là que le préfet a, à bon droit, opposé au requérant le défaut de visa de long séjour, refusé de l'exempter de l'exigence de ce visa en raison de son entrée irrégulière et refusé dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, au demeurant, de lui accorder le titre de séjour sollicité dès lors qu'il a estimé, sans commettre d'erreur d'appréciation, que le requérant ne justifiait pas d'une nécessité liée au déroulement de ses études.

14. En quatrième lieu, le requérant se prévaut de la présence en France de son frère, de ses oncle et tante de nationalité française et de son cousin qui le prennent en charge, ainsi que de la qualité de son intégration sur le territoire national où il a suivi une formation d'électricien et où il a intégré le club de football de Mantes-la-Jolie, à titre semi-professionnel. Toutefois le requérant, arrivé en France en 2017 selon ses propres dires, ne conteste pas conserver d'importantes attaches, en particulier ses parents, au Maroc où il a passé la plus grande partie de sa vie, tout comme son frère jumeau lui aussi éloigné vers son pays d'origine. Il ne fait état d'aucun obstacle à son retour au Maroc où il pourra, d'ailleurs, perfectionner sa formation ou exercer son métier d'électricien. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet, qui a sérieusement examiné sa situation personnelle comme le révèlent les termes mêmes de la décision litigieuse, aurait fait une inexacte application du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa décision personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que le refus de titre de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B, est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 14 février 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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