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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02859

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02859

vendredi 10 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02859
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2105644 du 23 septembre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, M. A, représenté par Me Berdugo, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation notamment en ce qu'il ne représente aucun risque de trouble à l'ordre public ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas pris position sur les quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant mauricien né le 23 août 1980 à Maurice, a déclaré être entré en France en 2013 irrégulièrement. Il s'est alors maintenu sur le territoire français après qu'une première demande de titre de séjour a fait l'objet d'une décision de refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français en date du 26 octobre 2018, puis qu'une nouvelle obligation de quitter le territoire français en date du 28 janvier 2020 lui a été notifiée. Contrôlé en situation irrégulière, il a alors fait l'objet d'un nouvel arrêté en date du 31 mars 2021, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 23 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans contenues dans l'arrêté préfectoral en litige :

3. M. A reprend en appel, en des termes identiques, les moyens de légalité externe soulevés en première instance, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Dans ces conditions, ces moyens, relatifs à l'insuffisance de motivation et au défaut d'examen particulier, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 3. du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. A reprend en appel, à l'identique, les moyens soulevés en première instance et tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, d'une part, une ancienneté de présence de sept années n'est pas de nature à établir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait en France. Si l'ensemble de la famille de l'intéressé se trouve en France en situation irrégulière, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans ce pays. De plus,

M. A n'établit ni la réalité du décès de son père, ni que sa mère et son frère résideraient au Canada ainsi qu'il l'allègue, ni qu'il ne disposerait pas d'autre attache à l'Ile Maurice alors qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. D'autre part, si le requérant établit travailler en tant qu'agent d'entretien depuis décembre 2020, il n'en résulte pas pour autant qu'il serait intégré professionnellement. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'examen des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doivent être écartés. Si le requérant produit de nouvelles pièces, à savoir un contrat de travail en date du 20 janvier 2020 concernant son épouse pour l'emploi de garde d'enfant à domicile ainsi que des fiches de salaire puis de nombreux éléments concernant la situation et le suivi scolaire de ses enfants sur la période 2013 à 2021 pour l'enfant Jeshna et de 2014 à 2022 pour l'enfant Christie, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation motivée portée par les premiers juges. Il y a donc bien lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 10. du jugement attaqué.

5. En deuxième lieu, M. A reprend en appel, à l'identique, le moyen soulevé en première instance et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, il ne ressort d'aucune pièce ou élément que les enfants ne pourraient se réadapter à un nouveau milieu scolaire à l'Ile Maurice. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. Si le requérant produit de nouvelles pièces, notamment concernant le suivi scolaire de ses enfants sur la période 2013 à 2021 pour l'enfant Jeshna et de 2014 à 2022 pour l'enfant Christie, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation motivée portée par les premiers juges. Il y a donc bien lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenu par les premiers juges au point 8. du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. M. A reprend en appel, à l'identique, le moyen soulevé en première instance et tiré de l'erreur d'appréciation notamment en ce qu'il ne représente aucun risque de trouble à l'ordre public. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, d'une part, M. A a fait l'objet de précédentes obligations de quitter le territoire français, auxquelles il ne s'est pas conformé. D'autre part, il a déclaré lors de son audition par les services de police, le 30 mars 2021, qu'il n'envisageait pas de retourner dans son pays d'origine. Enfin, es circonstances que sa présence ne constitue pas un risque de trouble à l'ordre public est ainsi sans incidence sur la légalité de cette décision, dès lors qu'elle n'a pas été prise sur le fondement du 1° ou du f) du 3° du II du même article. Si le requérant produit de nouvelles pièces, comme il a été dit au point précédent, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation motivée portée par les premiers juges. Il y a donc bien lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenu par les premiers juges au point 15. du jugement attaqué.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4., les moyens soulevés en première instance et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de séjour sur sa situation personnelle doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 10 juin 2022.

Le président de la 4ème chambre,

S. BROTONS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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