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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02919

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02919

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02919
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL CONCORDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A et M. B D ont demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2018 par lequel le maire de la commune de Rambouillet a délivré à la SCI ACN un permis de construire n° PC 078517 18 R 1025 en vue de la construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section BD n° 387 située sur le territoire de la commune, ensemble les décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux.

Par un jugement n° 1903164 du 30 août 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre 2021 et 10 février 2023, Mme A et M. D, représentés par la SELARL Concorde avocats, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté, ensemble les décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rambouillet le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A et M. D soutiennent que :

- leur demande n'était pas tardive ;

- l'arrêté contesté a été adopté par un auteur incompétent ;

- la société ACN ne justifiait pas d'un titre pour déposer sa demande de permis de construire ;

- ce permis méconnaît l'article 8 UD du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- la société ne pouvait se prévaloir du certificat d'urbanisme du 19 mai 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la commune de Rambouillet, représentée par le cabinet Citylex Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soient mises à la charge des requérants les sommes de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.

Elle fait valoir que :

- la demande présentée en première instance était tardive ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er et 12 juillet 2022, la SCI ACN, représentée par Me Scotti, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir contre le permis contesté ;

- la demande présentée en première instance était tardive ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du président de la 6ème chambre du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villette,

- les conclusions de Mme Moulin-Zys, rapporteure publique,

- et les observations de Me De Broissia, pour Mme A et M. D et de Me Mousisian, pour la commune de Rambouillet.

Une note en délibéré présentée pour Mme A et M. D a été enregistrée le 14 juin 2023.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Rambouillet a été enregistrée le 30 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 octobre 2018, le maire de la commune de Rambouillet a délivré à la SCI ACN un permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section BD n° 387 située sur le territoire de cette commune. Mme A et M. D ont formé un premier recours gracieux contre cet arrêté, rejeté le 7 décembre 2018 puis un second recours gracieux, rejeté le 25 février 2019. Mme A et M. D relèvent appel du jugement du 30 août 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande tendant à l'annulation, pour excès de pouvoir, de ces décisions.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R*600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R*424-15 du même code : " Mention du permis () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. () / Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage. ". Aux termes de l'article A. 424-17 du même code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). ()" ".

3. La mention relative au droit de recours, qui doit figurer sur le panneau d'affichage du permis de construire en application de l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, permet aux tiers de préserver leurs droits. Toutefois, l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux exigences prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ". En assimilant les " recours gracieux ou hiérarchiques " à des " demandes au sens du présent code ", soumises aux dispositions des articles L. 112-2 à L. 112-6 du même code prescrivant aux autorités administratives d'accuser réception de toute demande dans des conditions dont le non-respect entraîne l'inopposabilité des délais de recours, le législateur a entendu viser, conformément à sa volonté de protéger les droits des citoyens dans leurs relations avec les autorités administratives, les recours formés par les personnes contestant une décision prise à leur égard par une autorité administrative. Il n'a, en revanche, pas entendu porter atteinte à la stabilité de la situation s'attachant, pour le bénéficiaire d'une autorisation administrative, à l'expiration du délai de recours normalement applicable à cette autorisation. Il en résulte que l'intervention de ces dispositions législatives demeure sans incidence sur les règles applicables aux recours administratifs, gracieux ou hiérarchiques, formés par des tiers à l'encontre d'autorisations individuelles créant des droits au profit de leurs bénéficiaires.

5. Ne sont pas non plus applicables à la détermination du délai imparti aux tiers pour saisir la juridiction compétente à la suite d'une décision rejetant de tels recours gracieux ou hiérarchiques, les dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative selon lesquelles " les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Il s'ensuit, d'une part, qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du recours administratif formé par un tiers contre un permis de construire, résultant du silence gardé par l'administration pendant le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative, le nouveau délai ouvert à l'auteur de ce recours pour saisir la juridiction court dès la naissance de cette décision implicite, qu'il ait été ou non accusé réception de ce recours, et, d'autre part, que, dans le cas où une décision expresse de rejet est notifiée à l'auteur du recours administratif avant l'expiration du délai au terme duquel une décision implicite est susceptible de naître, le nouveau délai pour se pourvoir court à compter de cette notification, même si celle-ci ne comporte pas la mention des voies et délais de recours. Dans l'hypothèse où une décision explicite de rejet est notifiée après la naissance d'une décision implicite de rejet mais avant l'expiration du délai de recours contentieux qui a commencé à courir à compter de cette décision tacite, cette décision explicite fait à nouveau courir le délai de recours.

7. En l'espèce, Mme A et M. D ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 2 octobre 2018 par un courrier daté du 28 octobre 2018 reçu le 2 novembre suivant en mairie. Dès lors, ils doivent être regardés comme ayant eu connaissance de ce permis de construire, au plus tard, à cette date. Ce recours a été rejeté par une décision du 7 décembre 2018 dont les parties n'établissent pas la date de notification avant le 25 avril 2019, date d'enregistrement de leur demande à laquelle cette décision était jointe. Par suite, le délai de recours contre ces décisions a expiré au plus tard le 3 mars 2019, deux mois après la naissance d'une décision implicite de rejet de leur recours gracieux. Par suite, la demande de Mme A et M. D était tardive le 25 avril 2019, date de son enregistrement au greffe du tribunal administratif de Versailles, sans qu'y fasse obstacle le second recours gracieux des requérants reçu en mairie le 22 janvier 2019 et qui a donné lieu à une décision purement confirmative insusceptible de rouvrir le délai de recours quelles qu'en soient les mentions.

8. En second lieu, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de ce que leur recours ne pouvait être regardé comme tardif faute d'avoir fait l'objet d'une ordonnance sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, la formation collégiale d'une juridiction étant compétente pour rejeter une demande comme irrecevable. De même, dès lors que la tardiveté de la demande était soulevée par les défendeurs, les premiers juges n'étaient pas tenus de procéder à l'information prévue à l'article R. 611-7 du code de justice administrative avant de rejeter celle-ci comme irrecevable.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A et M. D ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du droit de plaidoirie :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Rambouillet, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que les requérants demandent à ce titre. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A et M. D le versement de la somme que la commune de Rambouillet demande sur le fondement des mêmes dispositions.

11. Aux termes de l'article R. 723-26-2 du code de la sécurité sociale : " Le droit de plaidoirie est dû à l'avocat pour chaque plaidoirie faite aux audiences dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. / A défaut de plaidoirie, est considéré comme ayant plaidé l'avocat représentant la partie à l'audience (). ". La commune de Rambouillet, qui a été représentée à l'audience, est fondée à demander l'allocation d'une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A et de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rambouillet présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Mme A et M. D verseront à la commune de Rambouillet la somme de 13 (treize) euros au titre du droit de plaidoirie.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C A, à M. B D, à la commune de Rambouillet et à la SCI ACN.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Albertini, président de chambre,

M. Mauny, président assesseur,

Mme Villette, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

A. VILLETTELe président,

P.-L. ALBERTINILa greffière,

S. DIABOUGA

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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