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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02958

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02958

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02958
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLUCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A épouse E a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 13 juin 2018 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux, M. F E.

Par un jugement n° 1813091 du 3 décembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021, Mme A épouse E, représentée par Me Luce, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 juin 2018 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Luce d'une somme de 1 600 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant placé en situation de compétence liée en se fondant sur l'insuffisance de ses ressources, sans procéder à un examen des circonstances de l'espèce ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ; même si elle n'est pas titulaire de l'allocation aux adultes handicapés, son état de santé ne lui permet pas de travailler à temps plein et de justifier de ressources suffisantes ; elle travaille néanmoins dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et dispose de ressources stables, bien qu'inférieures aux montants légalement prévus ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse E ne sont pas fondés.

Mme A épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse E, ressortissante marocaine née en 1974, entrée en France le 11 septembre 2001 et titulaire d'un certificat de résidence alors valable du 16 juin 2010 au 15 juin 2020, a sollicité, le 17 août 2017, le bénéfice du regroupement familial en faveur de son époux, M. F E. Par un arrêté en date du 13 juin 2018, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Mme A épouse E relève appel du jugement n° 1813091 du 3 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A épouse E, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande de regroupement familial au profit de M. E. En outre, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que son arrêté ne méconnaissait pas les textes qu'il a visés. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Il est, par suite, suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des

Hauts-de-Seine, après avoir apprécié si Mme A épouse E justifiait de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille, a procédé à l'examen de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de la requérante et aurait commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée pour prendre l'arrêté attaqué doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ".

5. Si Mme A épouse E soutient qu'elle a été reconnue travailleur handicapé et que sa pathologie l'empêche de travailler, il est constant qu'elle n'est pas titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code lui permettant de bénéficier d'une exonération de la condition de ressources exigée par l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que, pendant la période de référence des douze mois précédant sa demande, Mme A épouse E était titulaire d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, il n'est pas contesté que ses ressources étaient inférieures au salaire minimum de croissance mensuel prévu par les dispositions précitées. Dès lors, le préfet a pu à bon droit considérer que la requérante ne disposait pas de ressources stables et suffisantes sur la période de référence et rejeter pour ce motif sa demande de regroupement familial au profit de son époux.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Mme A épouse E fait valoir qu'elle réside en France depuis 2001, où elle travaille actuellement sous le statut de travailleur handicapé en contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'agent polyvalent, et qu'elle a donné naissance à un enfant d'une précédente union le 26 octobre 2007. Elle soutient également qu'elle connaît M. E depuis 2015 et qu'elle a contracté mariage avec ce dernier le 10 septembre 2016, qu'elle est isolée en France, les membres de sa famille résidant au Maroc, et que la présence de son époux est nécessaire, compte tenu de son état de santé, pour l'aider dans les actes de la vie courante et pour s'occuper de son fils, abandonné par son père biologique, lequel était âgé de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, alors que le mariage avec M. E était encore récent à la date de l'arrêté attaqué, elle ne justifie pas que ce dernier serait la seule personne en mesure de lui porter assistance où qu'elle ne disposerait pas d'autres membres de sa famille en France pour lui procurer cette aide, alors qu'elle s'est vue reconnaître le statut de travailleur handicapé dès octobre 2003, après une transplantation hépatique. En outre, les éléments produits ne permettent pas de caractériser la nature et l'intensité des liens qu'entretient M. E avec son fils B, lequel bénéficie d'une auxiliaire de vie scolaire individuelle accordée par la maison départementale des personnes handicapées depuis le 20 janvier 2017, rendant la présence de M. E indispensable en France. Enfin, l'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A épouse E de son enfant. Dans ces conditions, le préfet des

Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A épouse E.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C A épouse E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. Lerooy, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

D. DLa présidente,

L. Besson-LedeyLa greffière,

C. FourteauLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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