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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03053

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03053

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03053
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPAEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E D a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2109749 du 11 octobre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2021, M. D, représenté par Me Paëz, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) d'annuler l'arrêté contesté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de l'autoriser à se maintenir sur le territoire français jusqu'à la lecture de la décision de la cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire ;

- l'OFPRA a entaché sa décision d'erreur de droit en appliquant l'ancien code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 33 de la convention de Genève prohibe son refoulement ;

- la décision d'irrecevabilité du directeur général de l'OFPRA est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les articles 8, 9 et suivants de la directive 2005/85/CE du Conseil du 1er décembre 2005 relative à des normes minimales concernant la procédure d'octroi et de retrait du statut de réfugié dans les États membres ont été méconnus par l'OFPRA ;

- il serait exposé à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Afghanistan, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 octobre 2022, l'instruction a été close au 21 octobre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan né le 30 septembre 1981, entré en France le 20 septembre 2018, a présenté une première demande d'asile le 12 octobre 2018 que le directeur général de l'Office français de protection des étrangers et apatrides (OFPRA) a rejetée par une décision du 26 février 2019, confirmée le 30 novembre 2020 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen enregistrée à l'OFPRA le 2 février 2021 ayant fait l'objet d'une décision de rejet pour irrecevabilité du 4 avril 2021, notifiée le 14 avril 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a, par l'arrêté contesté du 23 juillet 2021, fait obligation à M. D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. D relève appel du jugement du 11 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 29 juin 2021, la signataire de l'arrêté contesté, Mme C B, adjointe au chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer notamment " les obligations de quitter le territoire relatives aux demandeurs déboutés du droit d'asile ". Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque par conséquent en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 723-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification applicable à la date de la décision du directeur général de l'OFPRA, devenu à compter du 1er mai 2021 l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3°/ En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 723-16, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 743-2, devenu l'article L. 542-2 du même code, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que la décision d'irrecevabilité de l'OFPRA prise en application du 3° de l'article L. 531-32. Enfin, aux termes de l'article L. 611-1 de ce code, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté contesté : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger (), lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

4. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement, en application des dispositions rappelées au point précédent, faire obligation à M. D de quitter le territoire français dès la décision de rejet pour irrecevabilité de sa demande de réexamen de sa demande d'asile prise par le directeur général de l'OFPRA le 4 avril 2021, sans que le requérant puisse utilement faire valoir que cette décision aurait à tort mentionné les anciennes dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, moyen qui manque au demeurant en fait dès lors que la décision d'irrecevabilité de la demande de réexamen a été prise avant l'entrée en vigueur de la nouvelle codification de ce code, ni que le directeur général de l'OFPRA aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, l'appréciation du bien-fondé du refus du bénéfice de la protection internationale relevant de la compétence de la Cour nationale du droit d'asile. Est également inopérant le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8, 9 et suivants de la directive 2005/85/CE du Conseil du 1er décembre 2005 relative à des normes minimales concernant la procédure d'octroi et de retrait du statut de réfugié dans les États membres, directive au demeurant abrogée par la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, qui concerne la régularité de la procédure de reconnaissance de la qualité de réfugié suivie devant l'OFPRA.

5. En troisième lieu, ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal, M. D ne s'est pas vu reconnaître la qualité de réfugié et ne peut dès lors utilement se prévaloir des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 selon lesquelles : " Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. En se bornant à se prévaloir de considérations générales sur la situation politique en Afghanistan et de ce qu'il serait nomade, M. D, dont le recours dirigé contre la décision de rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile a d'ailleurs été rejeté par la CNDA le 30 décembre 2021, n'établit pas qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté contesté. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. E D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Beaujard, président de chambre,

Mme Dorion, présidente assesseure,

Mme Pham, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

O. A Le président,

P. BEAUJARD

La greffière,

A. GAUTHIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

La greffière,

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