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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03105

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03105

jeudi 22 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03105
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D C épouse B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler la décision du 31 août 2020 par laquelle le préfet du Loiret a rejeté sa demande d'autorisation de regroupement familial au bénéfice de sa fille ainée A B.

Par un jugement n° 2003669 du 21 septembre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a annulé cette décision, a enjoint à la préfète du Loiret d'admettre au séjour l'enfant A B dans le cadre du regroupement familial, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2021, la préfète du Loiret demande à la cour d'annuler ce jugement et de rejeter la demande présentée par Mme C épouse B devant le tribunal administratif d'Orléans.

Elle soutient que :

- c'est à tort que les premiers juges ont retenu, pour annuler sa décision, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la requérante n'explique pas pour quel motif elle a soudainement sollicité l'admission au séjour de sa fille au titre du regroupement familial, que le refus n'implique pas l'éloignement de sa fille du territoire français, ne s'oppose ni à la poursuite de sa scolarité ni au maintien de la cellule familiale en France et que sa fille peut bénéficier d'un document de circulation pour mineur ;

- les moyens soulevés par Mme C épouse B en première instance sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante russe née le 7 octobre 1990, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, a présenté, le 28 novembre 2019, une demande de regroupement familial sur place au bénéfice de sa fille ainée A B, née le 25 juin 2008, qui l'a rejointe en France en 2011. Par une décision du 31 août 2020, le préfet du Loiret a classé sans suite sa demande. La préfète du Loiret fait appel du jugement du 21 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a annulé sa décision du 31 août 2020 et lui a enjoint d'autoriser le regroupement familial sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 411-6 de ce même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3º Un membre de la famille résidant en France ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, notamment en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Pour prononcer l'annulation de la décision du 31 août 2020, les premiers juges ont considéré que, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet ne pouvait refuser l'autorisation de séjour sollicitée au bénéfice de l'enfant A B à titre dérogatoire sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressées et méconnaître ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, dès lors qu'un mineur ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, le refus de regroupement familial sur place n'a pas pour conséquence d'éloigner l'enfant A B du territoire français, ni de la séparer de ses parents et de sa fratrie régulièrement présente sur le territoire français, ou encore de s'opposer à la poursuite de sa scolarité. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que l'enfant A B est scolarisée en France depuis l'année scolaire 2011/2012, et qu'elle bénéficie, sans avoir à justifier d'un séjour régulier, d'un document de circulation pour étranger mineur. Dans ces conditions, le refus de regroupement familial n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de cette enfant une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Un tel refus ne saurait davantage préjudicier à la vie privée et familiale de Mme C épouse B, dès lors qu'il n'a ni pour objet ni pour effet de l'obliger à quitter le territoire français avec sa fille A B, ou de la séparer d'elle. Par suite, la préfète du Loiret est fondée à soutenir que c'est à tort que les premiers juges se sont fondés sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour annuler sa décision du 31 août 2020.

5. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme C épouse B devant le tribunal administratif d'Orléans.

6. En premier lieu, par un arrêté du 10 juillet 2020, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°45-2020-154 le 17 juillet 2020, le préfet du Loiret a donné délégation à M. Thierry Demaret, secrétaire général de la préfecture du Loiret, pour signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision attaquée comporte les dispositions législatives applicables, ainsi que les principaux faits qui la fondent. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté alors même que la décision attaquée ne mentionne pas l'ensemble des faits relatifs à la situation familiale et professionnelle de Mme C épouse B.

9. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de regroupement familial, le préfet du Loiret a procédé à un examen attentif de la situation de l'enfant A B, au regard des dispositions L. 411-1 à L. 441-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable et du décret du 8 décembre 2006 relatif au regroupement familial. Le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que A B était déjà présente sur le territoire français au moment de la demande de regroupement familial. Il a également examiné sa situation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article R. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur, a pris en compte la minorité de l'enfant et a finalement invité Mme C épouse B à demander un document de circulation pour sa fille mineure. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il n'est pas contesté que l'enfant Katalia B, entrée sur le territoire français en 2011, se maintenait sur le territoire à la date de la demande de regroupement familial déposée par Mme C épouse B. Elle était dès lors au nombre des personnes pouvant être exclues du bénéfice d'une mesure de regroupement familial en application du 3° de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que le préfet ne soit tenu d'examiner si la requérante remplissait les conditions de ressources et de logement prévues à l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent arrêt, pour refuser la demande de regroupement familial, le préfet du Loiret ne s'est pas borné à constater la seule présence sur place de l'enfant A B, mais a fait usage de son pouvoir d'appréciation et ne s'est pas estimé en situation de compétence liée. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit, ni méconnu l'étendue de sa compétence.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1- Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Dès lors que la décision attaquée n'a pas pour effet ou objet de renvoyer l'enfant mineur A B en Russie, ni de la séparer de sa famille ou de l'empêcher de poursuivre sa scolarité en France, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent arrêt, le refus d'autorisation de regroupement familial opposé à Mme C épouse B au bénéfice de sa fille ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il résulte de ce qui précède que la décision contestée, qui n'a pas porté une atteinte excessive à la vie privée et familiale de Mme C épouse B et de sa fille, ni à l'intérêt supérieur de l'enfant, n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale.

14. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Loiret est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a annulé sa décision du 31 août 2020 rejetant la demande de regroupement familial présentée par Mme C épouse B au bénéfice de sa fille A B et lui a enjoint d'admettre au séjour l'enfant A B dans le cadre du regroupement familial.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2003669 du 21 septembre 2021 du tribunal administratif d'Orléans est annulé.

Article 2 : La demande présentée par Mme C épouse B devant le tribunal administratif d'Orléans est rejetée.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. David Lerooy, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-LedeyLa greffière,

C. FourteauLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

La greffière,

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