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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03183

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03183

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03183
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SOREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile immobilière (SCI) Coheso et M. et Mme B C ont demandé au tribunal administratif d'Orléans de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles les époux C ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités y afférentes.

Par un jugement n° 1903982 du 1er octobre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a accordé à M. et Mme C la décharge des impositions litigieuses.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 25 mars 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rétablir les rôles supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux 2016 et 2017 auxquels M. et Mme C ont été assujettis consécutivement au contrôle sur place de la SCI Coheso.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal a jugé que M. et Mme C ont été privés de la garantie liée à la possibilité d'exercer un recours hiérarchique et a considéré comme irrégulière la procédure d'imposition ; les intéressés ont été informés des possibilités de recours hiérarchique et d'interlocution qui leur étaient offertes dès la réception de l'avis de contrôle sur place n° 3927 B adressé à la SCI et n'ont formulé à aucun moment de la procédure leur intention de bénéficier de cette garantie ; l'administration n'avait pas à réitérer la possibilité de recours hiérarchique ; les requérants n'ont pas été induits en erreur par la réponse donnée par le service dans son courrier du 1er juin 2018, dès lors que ce courrier ne remet pas en cause la possibilité de recours hiérarchique ou d'interlocution qui avait été portée à leur connaissance dans l'avis de vérification et la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ;

- en tout état de cause, la garantie de procédure tenant à la faculté pour le contribuable de saisir l'interlocuteur départemental, instituée par la charte ne peut être invoquée lorsque les impositions supplémentaires contestées par le contribuable, associé d'une société, ont été mises à sa charge à la suite d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, dans le cadre duquel l'administration a tiré les conséquences des rectifications proposées à la société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, M. et Mme C, représentés par Me Bangoura, avocat, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités y afférentes, correspondant à la prise en compte du caractère déductible des travaux à hauteur de 208 124,23 euros.

Ils soutiennent que :

- les moyens soulevés par le ministre ne sont pas fondés ;

- la procédure d'imposition est irrégulière au motif que l'administration, dans son avis de contrôle sur place, les a induits en erreur, en leur qualité de cogérants de la SCI, sur l'étendue de leurs obligations en exigeant de leur part la remise des fichiers des écritures comptables ;

- la procédure d'imposition est irrégulière au motif qu'ils ont été privés de la faculté de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur puis ensuite l'interlocuteur départemental du fait des mentions figurant dans le courrier que l'administration leur a adressé le 1er juin 2018 ;

- la procédure d'imposition est irrégulière au motif que, dans le cadre d'un contrôle sur place, le vérificateur n'était pas en droit de procéder à une visite des immeubles objets des travaux au titre desquels la déduction des charges était sollicitée ; il a ainsi manqué au principe de loyauté ;

- la procédure d'imposition est irrégulière à raison de l'insuffisance de motivation des propositions de rectification 2120 des 4 janvier 2018 et 11 juin 2018, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- à titre subsidiaire, au fond, les impositions supplémentaires sont infondées dès lors, d'une part, que les biens acquis ont fait l'objet de travaux d'amélioration et de rénovation déductibles sans opérations de construction, reconstruction ou agrandissement et, d'autre part, que si les biens n'ont pas été mis en location, c'est à raison d'un cas de force majeure résultant de la défaillance de l'entreprise responsable des travaux ayant rendu impossible leur achèvement ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Danielian,

- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,

- et les observations de Me Woloch substituant Me Banoura, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Coheso, société de personnes exerçant une activité de location d'immeubles et relevant de l'article 8 du code général des impôts, dont les époux C sont associés à hauteur de 50 % chacun, a fait l'objet d'un contrôle sur place portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, à l'issue duquel le service a, par une proposition de rectification du 4 janvier 2018, remis en cause la déductibilité des charges foncières exposées au titre de l'exercice 2016 pour un montant de 218 294 euros. Les conséquences du contrôle de la SCI Coheso ont été notifiées à M. et Mme C, en leur qualité d'associés, à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers, au titre des années 2016 et 2017, par deux propositions de rectification respectivement des 5 janvier 2018 et 11 juin 2018. Par un jugement du 1er octobre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a intégralement fait droit à leur demande de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017. Le ministre fait appel de ce jugement.

Sur le motif de décharge retenu par les premiers juges :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Dans la partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans son texte applicable à la procédure en litige, que : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur départemental ou principal. Si après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur départemental spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ". Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elles précisent.

3. Un contribuable qui n'a, à aucun moment de la procédure de vérification, manifesté son intention de demander à bénéficier de la garantie, offerte par la charte du contribuable vérifié, d'obtenir un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur sur tous les points où persiste un désaccord avec ce dernier, ne saurait soutenir utilement devant le juge de l'impôt qu'il aurait été privé de cette garantie et que la procédure d'imposition serait, pour ce motif, irrégulière. Toutefois, il peut utilement soutenir que, compte tenu des circonstances de fait, et notamment des informations que l'administration a portées à sa connaissance dans la proposition de rectification ou dans la réponse à ses observations, l'administration l'a induit en erreur sur la possibilité d'obtenir un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, alors même qu'elle n'était pas légalement tenue de faire connaître au contribuable, à ce stade de la procédure, sa faculté d'obtenir un tel débat.

4. Pour prononcer la décharge, en droits et pénalités, de l'intégralité des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels M. et Mme C ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, le tribunal a relevé que le courrier qui leur a été adressé le 1er juin 2018, en réponse à leur lettre du 17 mai 2018 réitérant leur contestation après la réponse aux observations du 30 mars 2018, indiquait que, s'ils le souhaitaient, ils pouvaient introduire une réclamation contentieuse ou gracieuse dès réception des rôles supplémentaires à l'impôt sur le revenu, sans faire mention de la possibilité de saisir, avant la mise en recouvrement des impositions litigieuses, le supérieur hiérarchique du vérificateur puis l'interlocuteur départemental. Il a estimé que ces mentions avaient induit les co-gérants de la SCI Coheso en erreur sur la possibilité de bénéficier d'un débat avec le supérieur hiérarchique, en laissant à penser que cette voie de recours était désormais fermée et que l'administration avait, par suite, privé les intéressés d'une garantie substantielle attachée au contrôle sur place dont la société a fait l'objet. Toutefois, cette seule mention, qui se borne à informer M. et Mme C de la possibilité qui leur sera offerte, après la mise en recouvrement, d'introduire une réclamation contentieuse, ne saurait être regardée comme revenant, même implicitement, sur la faculté pour eux d'exercer, avant la mise en recouvrement des impositions, un recours auprès du supérieur hiérarchique du vérificateur puis de l'interlocuteur départemental, dont il est constant qu'ils avaient été informés, par l'avis de contrôle sur place qui leur a été adressé le 5 octobre 2017. Dans ces conditions, le ministre est fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont prononcé, pour ce motif, la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige.

5. Il appartient toutefois à la cour, saisie, par l'effet dévolutif de l'appel, de l'intégralité du litige, d'examiner les autres moyens présentés devant le tribunal administratif, ainsi que dans le cadre de l'instance d'appel.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

6. En premier lieu, les requérants soutiennent que l'administration dans son avis de contrôle sur place les a induits en erreur, en leur qualité de co-gérants de la SCI, sur l'étendue de leurs obligations en exigeant de leur part la remise des fichiers des écritures comptables, alors que les sociétés civiles immobilières, soumises exclusivement aux revenus fonciers et qui ne comportent que des associés personnes physiques, sont dispensées de présenter un fichier des écritures comptables. En l'espèce, M. et Mme C ont effectivement remis au vérificateur, lors de la première intervention sur place, le 26 octobre 2017, les copies des fichiers des écritures comptables relatifs aux exercices clos en 2014, 2015 et 2016 de la SCI, sans faire état d'une quelconque difficulté pour présenter ces fichiers au format dématérialisé, la clé USB sur laquelle ils se trouvaient leur ayant d'ailleurs été immédiatement rendue par le vérificateur. Dans ces conditions, la seule circonstance que la mention de remise des fichiers et écritures comptables conformes aux dispositions de l'article L. 47 A-1 du livre des procédures fiscales apparaissait sur l'avis de contrôle sur place, n'a privé le contribuable d'aucune garantie et n'a engendré aucune conséquence défavorable lors du contrôle sur place de la SCI Coheso. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des dispositions de l'article 172 bis du code général des impôts, ainsi que des dispositions réglementaires des articles 46 B à D de l'annexe III audit code prises pour leur application, qu'afin d'examiner les documents comptables et autres pièces justificatives que ces dernières dispositions imposent de tenir aux sociétés civiles immobilières qui donnent leurs immeubles en location ou en confèrent la jouissance à leurs associés, l'administration peut légalement procéder à un contrôle sur place de ces documents, dans le respect des garanties bénéficiant à l'ensemble des contribuables vérifiés. D'autre part, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : "Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ().".

8. Il résulte de la proposition de rectification du 4 janvier 2018 adressée à la SCI, dont la motivation est reprise dans la proposition adressée personnellement aux époux C, que le vérificateur s'est rendu au siège de la SCI mais également, à l'issue de son intervention du 8 novembre 2017, au 70 et 72 rue Fradet à St Amand Montrond, lieu distinct du siège de la SCI, pour visiter les immeubles de la SCI, objets des travaux dont les charges ont été déduites, afin d'en vérifier la réalité. Dans la mesure où il n'est pas contesté que le contrôle des documents comptables et autres pièces justificatives a été effectué au lieu du siège social en présence des deux associés, avant la visite des locaux incriminés et qu'il n'est nullement établi que M. et Mme C étaient opposés à la visite des locaux extérieurs au siège de la SCI Coheso, les moyens tirés de ce que la procédure serait irrégulière pour ce motif ou que l'administration fiscale aurait manqué au principe de loyauté doivent être écartés. Par ailleurs, la circonstance que M. et Mme C n'auraient pas été assistés d'un conseil lors de cette visite ne saurait davantage entacher la vérification de comptabilité d'irrégularité dès lors qu'il est constant que les intéressés ont eu la possibilité de se faire représenter.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

10. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification des 4 janvier 2018 et 11 juin 2018 précisent les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, les impôts concernés, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs de droit et de fait pour lesquels les charges déclarées par la SCI Coheso ne peuvent être admises en déduction. Contrairement à ce qui est soutenu, la vérificatrice a détaillé des travaux matérialisés par le devis produit, ainsi que les éléments permettant de déterminer, du point de vue fiscal, la nature des travaux réalisés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des propositions de rectification ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions et contributions en litige :

11. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. ()/ Il en est de même, sous les mêmes conditions : / 1° Des membres des sociétés civiles qui ne revêtent pas, en droit ou en fait, l'une des formes de sociétés visées au 1 de l'article 206 et qui, sous réserve des exceptions prévues à l'article 239 ter, ne se livrent pas à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 ; () ". Les membres d'une des sociétés de personnes énumérées à l'article 8 du code général des impôts sont personnellement assujettis à l'impôt sur le revenu pour la part des bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. Aux termes de l'article 28 de ce code : " Le revenu foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et les charges de la propriété ". Selon l'article 31 de ce code : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; /a bis) les primes d'assurance ; () b) les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ; d) Les intérêts de dettes contractées pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration des propriétés ".

12. Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. Dans tous les cas, il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges.

13. Il résulte des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts que les dépenses de réparation, d'entretien ainsi que les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation effectuées par un propriétaire sur son immeuble sont déductibles de son revenu imposable. Tel n'est pas le cas, en revanche, des dépenses correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement de l'immeuble. Au sens de ces mêmes dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction, les travaux comportant la création de nouveaux locaux d'habitation, ainsi que les travaux ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre de locaux d'habitation existants ou les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à une reconstruction. Doivent être regardés comme des travaux d'agrandissement, au sens des mêmes dispositions, les travaux ayant pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable de locaux existants.

En ce qui concerne les travaux :

14. Pour rejeter les dépenses de travaux exposées en 2016 à hauteur de 218 294 euros pour les biens immobiliers situés 70 et 72 rue Fradet à St Amand Montrond (18200) acquis par la SCI Coheso le 24 octobre 2016, le service s'est fondé, d'une part, sur le fait que ces travaux constituaient des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement non déductibles et, d'autre part, que les biens en litige, non générateurs de revenus fonciers, n'étaient pas destinés à la location.

15. Il résulte de l'instruction, s'agissant du bien situé 70 rue Fradet constitué, à l'achat, d'une ancienne habitation de 95 m², de bureaux, garage et d'un ancien local professionnel de 295 m² que les travaux entrepris ont notamment consisté en la démolition de la cour intérieure, des planchers du 1er étage du bâtiment arrière, huisseries intérieures et extérieures, sols en rez-de- chaussée, dans tous les bâtiments, à la mise en œuvre de cloisons de séparation pour la création de pièces en BA13 sur ossature métallique et isolant phonique, mise en œuvre de cloisons sèches en siporex de 12 cm pour séparation des appartements du bâtiment arrière 1er étage, à la pose de dalles béton de 10 cm avec isolation sur les maisons. Ces travaux ont eu pour objet et pour effet une totale reconstruction à neuf des bâtiments existants, afin d'y créer six logements, soit trois maisons et trois appartements, en lieu et place d'une seule unité d'habitation, avec augmentation notoire de la surface habitable, et la transformation d'anciens locaux artisanaux et professionnels en locaux d'habitation. S'agissant du bien situé 72 rue Fradet composé, lors de l'acquisition, d'une maison d'habitation de 140 m² (A, étage et grenier) et de dépendances de 284 m², les travaux ont notamment consisté en l'ouverture d'une trémie avec renfort mur latéral pour porte d'accès à l'escalier, la pose de fenêtres et la création d'un système pour verrière plane Velux, la création de deux salles de bains, l'ouverture pour baie vitrée sur mur porteur compris pose d'un IPN de reprise et toute suggestion de renfort, la création d'une piscine. Ces travaux, qui avaient pour objet de réhabiliter totalement cette maison insalubre pour en faire la résidence principale des associés de la SCI Coheso, ont eu pour effet une augmentation de la surface habitable par l'aménagement des dépendances et d'une chambre dans l'ancien grenier, et ont consisté en la réalisation d'aménagements d'une telle importance qu'ils doivent être assimilés à une reconstruction. Si certains travaux, notamment de revêtement des sols, de menuiserie, de carrelage, d'électricité ou de plomberie, pris isolément, pourraient être regardés comme des travaux de rénovation ou d'amélioration, ceux-ci sont toutefois indissociables de l'ensemble des travaux exécutés dès lors qu'ils s'inscrivent dans le même projet de transformation globale de chacun de ces immeubles. Il suit de là que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les travaux réalisés constituent, même partiellement, des travaux de rénovation ou d'amélioration, chiffrés à la somme de 112 388,03 euros pour l'immeuble situé au 70 rue Fradet et à la somme de 94 584,20 euros pour l'immeuble situé au 72 rue Fradet par les métrés détaillés du cabinet Arches Etudes, lesquels sont sans incidence sur la nature de ces travaux au regard de la loi fiscale.

16. Par suite et pour ce seul motif, le service a pu, à bon droit, refuser d'admettre en déduction les dépenses de travaux à hauteur de 218 294 euros au titre de l'année 2016, et rejeter le déficit foncier déclaré en 2016 puis reporté en 2017. Les conclusions présentées, à titre subsidiaire, par M. et Mme C tendant à la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, et correspondant à la prise en compte du caractère déductible des travaux à hauteur de 208 124,23 euros, ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

En ce qui concerne les primes d'assurance et les intérêts d'emprunt :

17. Pour rejeter les dépenses de primes d'assurance et d'intérêts d'emprunt exposées en 2016 à hauteur respectivement de 391 euros et de 761 euros, le service s'est fondé sur la circonstance que ces sommes concernent des immeubles qui n'ont pas été donnés en location.

18. Ainsi qu'il a été rappelé au point 13, pour être admises en déduction, les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts doivent se rapporter à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, et avoir été engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. En outre, aux termes du II de l'article 15 du code général des impôts : " Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. (). ". Les contribuables qui bénéficient de cette disposition ne sont, par voie de conséquence, pas autorisés à déduire de leurs revenus fonciers compris dans leur revenu global les charges afférentes aux logements dont il s'agit.

19. Il est constant que les immeubles situés 70 et 72 rue Fradet n'ont pas été proposés à la location ni en 2016, ni en 2017, ni même jusqu'à la date des propositions de rectification. Par suite, la SCI propriétaire doit être regardée, nonobstant la circonstance que la défaillance de l'entreprise responsable des travaux ait rendu impossible leur achèvement, comme en conservant la disposition et, ainsi, comme s'en étant réservé la jouissance. Dans ces conditions, dès lors que ces locaux d'habitation ne génèrent pas de revenus imposables depuis leur acquisition en 2016, les charges y afférent ne sont pas déductibles des revenus fonciers et M. et Mme C ne sauraient être regardés comme apportant la preuve, qui leur incombe, que les dépenses de travaux dont ils demandent la déduction de leurs revenus locatifs ont été exposées pour l'amélioration et la conservation des immeubles productifs de revenus.

20. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a prononcé la décharge des impositions en litige.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 1903982 du tribunal administratif d'Orléans du 1er octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017, ainsi que les pénalités correspondantes, mises à la charge de M. et Mme C et dont le tribunal administratif d'Orléans a prononcé la décharge par le jugement visé à l'article 1er, sont remises à la charge de M. et Mme C.

Article 3 : Les conclusions présentées, à titre subsidiaire, par M. et Mme C tendant à la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, et correspondant à la prise en compte du caractère déductible des travaux à hauteur de 208 124,23 euros, sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à M. et Mme B C.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

I. DanielianLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. Tollim

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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