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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03363

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03363

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03363
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ETHIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C E a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2019 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination, et d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2000161 du 10 décembre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, M. E, représenté par Me Gentilhomme, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal administratif a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en rejetant les moyens tirés de l'erreur d'appréciation quant à la possibilité de bénéficier d'un traitement adéquat et d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine et de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- il a omis de soulever d'office le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ; le préfet doit établir que l'avis rendu par le collège des médecins le 13 novembre 2019 est signé par les trois médecins dont l'identité est précisée et est correctement motivé ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ; son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité dès lors qu'il souffre d'un diabète de type 2 et qu'il n'existe pas de traitement approprié au Congo ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. E, ressortissant congolais né le 19 avril 1940 et entré en France le 26 avril 2018, a sollicité, le 24 juillet 2019, son admission au séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 27 novembre 2019, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. M. E fait appel du jugement du 10 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, si M. E soutient que le tribunal administratif a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en rejetant les moyens tirés de l'erreur d'appréciation quant à la possibilité de bénéficier d'un traitement adéquat et d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine et de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de la vie privée et familiale, de tels moyens sont relatifs au bien-fondé du jugement attaqué et sont sans incidence sur sa régularité. Ils doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de l'auteur d'un acte administratif ne doit être soulevé d'office que s'il ressort manifestement des pièces du dossier au vu duquel le juge statue. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur de cabinet de la préfecture d'Indre-et-Loire, qui a reçu de la préfète d'Indre-et-Loire, par un arrêté du 1er juillet 2019, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 2 juillet 2019, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme Agnès Rebuffel-Pinault, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; () ". Il n'est pas contesté que Mme A F était absente ou empêchée le jour de la signature de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 13 novembre 2019 est signé par les trois médecins qui l'ont émis et dont l'identité est précisée et comporte les mentions prévues par l'article 6 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016. Cet avis, sur lequel la préfète d'Indre-et-Loire s'est notamment fondée pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. E sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une extrême gravité mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Si le requérant fait valoir qu'il souffre d'un diabète de type 2, les pièces qu'il verse au dossier et, en particulier, le certificat établi par une kinésithérapeute de l'hôpital de Pointe Noire le 15 mars 2021 qui lui conseille de prolonger son séjour en France pour " une meilleure prise en charge " de ses pathologies, ne sauraient suffire pour remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège de médecins et établir que les soins que nécessite l'état de santé de M. E ne sont pas effectivement disponibles dans son pays d'origine. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire a méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, le préfet n'est tenu, en application de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. M. E n'établissant pas pouvoir bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, la préfète d'Indre-et-Loire n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.

7. En cinquième lieu, pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. E fait valoir qu'il est entré en France accompagné de sa femme et que ses enfants, dont certains ont acquis la nationalité française, résident en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'était présent sur le territoire français que depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté contesté et il est constant que son épouse est également en situation irrégulière. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et privées dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix-huit ans. Dans ces conditions, eu égard notamment au caractère récent du séjour en France de M. E, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 5 qu'il n'est pas établi que M. E ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'un retour dans son pays d'origine l'expose à un traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit ainsi être écarté.

9. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et que la décision fixant le pays de sa destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. E est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonctions et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet d'Indre et Loire.

Fait à Versailles, le 1er septembre 2022.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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