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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03417

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03417

mardi 16 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03417
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL PETRA LALEVIC AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2110156 du 9 décembre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021, M. B, représenté par Me Lalevic, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier en ne tenant pas compte des divers témoignages qu'il a produits ;

- ils ont commis une erreur manifeste d'appréciation en remettant en cause sa relation de concubinage ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant serbe né le 13 juillet 1983 à Dubnica, qui a déclaré être entré en France le 28 juillet 2013, a sollicité le 10 mai 2021 son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 9 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans les cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement se prévaloir de la dénaturation des pièces du dossier, ni de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle qu'auraient commises les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B, elle est suffisamment motivée.

5. En second lieu, le requérant se prévaut de l'ancienneté de ses liens avec la France, de ses attaches personnelles sur place et de la qualité de son intégration socioprofessionnelle. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside habituellement sur le territoire national depuis l'année 2013. Il établit d'ailleurs avoir déjà effectué en 2016 les démarches nécessaires à l'obtention d'un titre de séjour. Le préfet, qui ne se fonde pas sur l'absence de telles démarches dans la décision présentement contestée, n'a sur ce point commis aucune erreur. Il en a commis une, en revanche, en estimant que la durée alléguée de la résidence habituelle du requérant n'était pas suffisamment établie. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, cette erreur est sans incidence sur le sens de la décision d'éloignement contestée. En effet, la relation de M. B avec sa compagne de nationalité française, à la supposer suffisamment établie, n'était ancienne que de trois ans à la date de cette décision. Si M. B se prévaut de son intégration professionnelle, il ne justifie pas qu'il exerçait, en 2021, son métier de menuisier ni d'ailleurs une autre activité en produisant, notamment, des bulletins de salaires perçus à raison d'un emploi d'ouvrier en 2017 et 2018. S'il produit encore des documents attestant de ce qu'il est devenu propriétaire d'un bien immobilier situé à Montesson en 2018, de ses démarches pour apprendre la langue française, de la fréquence des dons de sang qu'il effectue, ainsi que des témoignages de proches faisant état de ses qualités personnelles certaines, ces éléments ne suffisent pas à justifier de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ces éléments, notamment du caractère récent, à la date de la décision contestée, de ses liens avec sa compagne et avec la fille de celle-ci, avec lesquelles il n'allègue au demeurant avoir emménagé qu'en 2019, et des liens familiaux qu'il ne conteste pas conserver en Serbie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale portée par la décision d'éloignement en litige serait disproportionnée avec les objectifs en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le requérant n'est donc pas fondé à se prévaloir pour soutenir qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision d'éloignement litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Les moyens tirés de cette erreur, d'erreurs de fait, et de la méconnaissance des stipulations et dispositions mentionnées doivent ainsi être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 16 mai 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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