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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00039

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00039

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00039
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Par un jugement n° 2112561 du 2 décembre 2021, la magistrate désignée par le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2022, M. B, représenté par Me Pierot, avocate, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2112561 du 2 décembre 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " dans un délai de 30 jours à compter de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'arrêt et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition de l'arrêt ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu au regard de son état de santé ; il ne pourra pas bénéficier de soins dans son village et il n'est pas possible d'affirmer qu'il peut voyager sans risque ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ; rien ne permet d'affirmer qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu au regard de sa domiciliation dans les locaux de l'association Aurore ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en tant qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui doit être annulée.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 5 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2021, le président de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné M. Mauny, président assesseur de la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant guinéen né le 1er juillet 1992, est entré sur le territoire français le 25 avril 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2020, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 16 avril 2021, dont la décision a été notifiée le 23 avril 2021. Par un arrêté du 15 septembre 2021, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. B fait appel du jugement du 2 décembre 2021 par lequel la magistrate désignée par le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

3. En premier lieu, M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 avril 2022 du tribunal judiciaire de Versailles, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont dépourvues d'objet.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 15 septembre 2021 vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B et notamment le 4° de son article L. 611-1. Il mentionne le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2020 puis la Cour nationale du droit d'asile le 16 avril 2021 et comporte des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, en faisant état de son mariage et de la résidence de son épouse à l'étranger. Il précise enfin qu'il n'est pas établi que M. B serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine ou y serait exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et donc que l'arrêté ne méconnait pas les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il comporte donc les considérations de droit et de fait sur lesquelles les décisions qu'il porte se fondent. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif a jugé que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait insuffisamment motivée et aurait méconnu les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ainsi que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni, en tout état de cause, que le jugement du tribunal, qui a répondu avec précision à ce moyen, serait insuffisamment motivé sur ce point.

5. En troisième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ".

6. Si M. B, qui doit être regardé comme se prévalant des dispositions précitées applicables à la date de la décision en litige, soutient que son état de santé serait de nature à empêcher son éloignement au regard de l'impossibilité de bénéficier d'un suivi dans son village d'origine et de son incapacité à voyager, il ressort de ses propres écritures en première instance, et notamment de son mémoire enregistré 25 novembre 2021 devant le tribunal administratif, qu'il n'a informé la préfecture de son état de santé que lors d'un rendez-vous le 17 septembre 2021, soit deux jours après la signature de la décision en litige. En tout état de cause, par les pièces qu'il produit, M. B n'établit pas que son état de santé empêcherait son éloignement, qu'il s'agisse notamment des certificats du docteur A qui ne précisent pas la gravité de son état et évoquent seulement une meilleure prise en charge sur le territoire français, ou du certificat médical du docteur C du 11 juin 2019, qui comporte plusieurs approximations, en particulier s'agissant de la date de naissance du patient concerné, et ne comporte aucun élément sur la disponibilité d'un traitement dans son pays d'origine. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues, ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de son dossier.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Alors que l'arrêté en litige précise que M. B est marié et que son épouse réside à l'étranger, le requérant se borne à se prévaloir d'une domiciliation à l'association Aurore. Il ne soutient pas qu'il serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine et ne fait état d'aucun lien personnel ou familial d'une particulière intensité en France. Au regard de ces éléments et de la durée de son séjour sur le territoire français, sur lequel il est entré à l'âge de 25 ans, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Enfin, il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 15 septembre 2021 et du jugement du 2 décembre 2021 doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 15 juillet 2022.

Le président-assesseur de la 6ème chambre,

O. MAUNY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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