jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00150 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C D a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2021 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2103777 du 21 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a annulé cet arrêté, a enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. D en première instance ;
Elle soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges ont retenu le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la communauté de vie n'est pas établie par les documents produits ;
- si M. D est bien le père d'un enfant français, il n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil.
- aucun des moyens soulevés en première instance n'est fondé.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 9 septembre et 15 décembre 2022, M. D, représenté par Me Solanet, avocat, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que les moyens soulevés par la préfète du Loiret ne sont pas fondés.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. D par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 14 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Danielian,
- et les observations de Me Solanet, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 15 octobre 1991, est entré en France, selon ses déclarations, au cours de l'année 2017. Par un arrêté du 11 octobre 2021 la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. La préfète du Loiret fait appel du jugement du 21 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a annulé cet arrêté, lui a enjoint de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur le moyen retenu par le tribunal administratif :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Pour prononcer l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2021, le premier juge a estimé que la préfète du Loiret avait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D dès lors que l'intéressé établissait la réalité de la vie commune, avec une ressortissante française, Mme B G, avec laquelle il a eu un enfant, né le 22 septembre 2021 et qu'aucun élément ne permettait de douter de la réalité des liens que le requérant entretient avec son jeune enfant, alors même que ses ressources ne lui permettraient pas de pourvoir financièrement aux besoins de celui-ci.
4. Pour contester le motif d'annulation retenu par le tribunal, la préfète du Loiret soutient que la communauté de vie n'est pas établie par les documents produits. Il ressort des pièces du dossier que les attestations de sa compagne et de son beau-père, que la préfète dénonce comme étant établies pour les besoin de la cause par le requérant lui-même, ainsi que l'extrait d'acte de naissance de son fils, ne sauraient à eux seuls attester de la réalité d'une vie commune avec Mme B G à la date de l'arrêté attaqué, au domicile de son beau-père. L'intéressé a d'ailleurs lui-même concédé lors de son audition seulement recevoir son courrier à l'adresse commune, la cohabitation avec son beau-père étant difficile et les éléments produits postérieurement en appel corroborent au demeurant l'existence de plusieurs autres adresses à Sarran ou à Orléans. Si M. D justifie, par ailleurs, par la production d'un contrat à durée indéterminé et de quelques fiches de paie, de l'exercice d'une activité de cuisinier, cette activité exercée sans autorisation, a débuté en mars 2022, postérieurement à l'arrêté en litige. Dans ces conditions, et dès lors que l'intéressé, qui a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français non exécutée le 3 septembre 2019, ne justifiait ni de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ni même d'une insertion forte dans la société française, la préfète du Loiret est fondée à soutenir que c'est à tort que, pour annuler son arrêté, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a accueilli le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. D devant le tribunal administratif.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
6. En premier lieu, par l'article 3 d'un arrêté n° 45-2021-09-13-00008 du 13 septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Loiret a donné délégation à M. A, directeur adjoint des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en cause en l'espèce en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Lemaire, secrétaire général, de M. Carol, secrétaire général adjoint, de M. E, directeur de cabinet et de Mme F, directrice des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des motifs de droit et de fait sur lequel il se fonde. Par suite, et dès lors que le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".
9. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. L'arrêté attaqué est notamment fondé sur le fait que M. D ne justifie pas être le père d'un enfant mineur français. Toutefois et ainsi que l'admet la préfète, il ressort des pièces du dossier que le requérant établit être le père d'un enfant français, né le 22 septembre 2021 et âgé de 3 semaines à la date de l'arrêté attaqué. Pour établir que l'arrêté litigieux était légal, la préfète invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. D, un autre motif, tiré de ce que l'intéressé n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil. Pour en justifier, l'intéressé fournit notamment une facture à son nom pour un bracelet argent bébé du 25/8/2021, puis une facture d'achat d'une poussette pour 449,90 euros, ainsi que divers tickets de caisse d'une enseigne de sport et de vêtements pour enfant. Toutefois, et nonobstant la brève période qui s'est écoulée entre la naissance de l'enfant et l'édiction de l'arrêté attaqué, il ne produit aucun élément suffisamment probant pour établir, dès lors qu'il ne réside pas avec l'enfant, de sa contribution à l'éducation de celui-ci, en particulier, de l'intensité des liens affectifs qui les unissent, ou de sa présence auprès de ce dernier lors de visites. A cet égard, l'attestation de son beau-père, non datée, et comportant une signature différente de l'attestation d'hébergement produite en première instance, ne saurait à elle seule apporter cette preuve, alors au demeurant que l'attestation de la mère de l'enfant, extrêmement laconique, ne comporte aucune précision sur ce point. Dans ces conditions, M. D ne peut être regardé comme établissant contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis sa naissance. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, il y a lieu de procéder à la substitution demandée par la préfète, laquelle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doivent, par suite, être écartés.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent arrêt le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privée de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
13. Si M. D soutient que la décision attaquée a de graves répercussions sur la situation de son fils et porte atteinte à son intérêt supérieur, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 10 qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de ce dernier, ni ne justifie de l'intensité de ses liens avec lui, ni même, en l'absence de justificatifs d'une vie commune, de sa présence auprès de lui. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni celles de l'article 7 de la même convention.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète du Loiret est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a annulé son arrêté du 11 octobre 2021.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. D demande sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2103777 du 21 décembre 2021 du tribunal administratif de d'Orléans est annulé.
Article 2 : La demande de M. D présentée devant le tribunal administratif d'Orléans est rejetée.
Article 3 : Les conclusions d'appel de M. D présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C D. Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente-assesseure,
Mme Liogier, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
I. DanielianLa présidente,
L. Besson-LedeyLe greffier,
A. Audrain-FoulonLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026