jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00385 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ARTOIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D B a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge de son obligation solidaire de paiement, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales des années 2004 à 2013, mis à la charge du foyer fiscal qu'elle formait avec son ex-époux, M. A C.
Par un jugement n° 1908267 - 2000055 du 20 décembre 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 février et 11 août 2022, Mme B, représentée par Me Padovani, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de son obligation solidaire de paiement des suppléments d'impôt sur le revenu, en droits et pénalités, mis à la charge du foyer fiscal qu'elle formait avec son ex-mari au titre des années 2004 à 2013 ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont omis de répondre à son moyen tiré ce qu'elle devait être déchargée des majorations en raison du principe de personnalité des peines qui s'oppose à ce qu'on lui réclame des pénalités pour des agissements auxquels elle n'a pas participé ;
- les premiers juges ont omis de répondre à son moyen tiré de ce qu'en cas de mariage sous le régime de la séparation des biens, l'impôt sur le revenu ne constitue pas une charge du mariage et doit donc être réclamé aux époux séparés qu'au prorata de l'impôt dont ils auraient été redevables seuls ; le tribunal a donc omis de se prononcer sur les impositions initiales au titre des années 2008, 2009 et 2012 ;
- les premiers juges n'ont pas pu considérer qu'une seule donation plusieurs années avant les impositions en litige puisse l'empêcher de bénéficier de cette décharge ; de ce fait, le tribunal a privé sa décision de base légale ;
- les premiers juges ont omis de statuer sur sa demande de décharge des impositions établies au titre des années 2006 et 2007 ; le tribunal n'a pas tenu compte de tous les éléments qui lui ont été soumis ; elle n'a jamais été informée de la procédure de contrôle relative à ces années d'imposition ;
- le tribunal a fait une mauvaise application des dispositions légales et a entaché son jugement d'une erreur de droit ;
- s'agissant des années 2004 et 2005, les premiers juges ont commis une erreur manifeste d'appréciation des faits qui leur étaient soumis ; ils ont dénaturé les faits soumis à son appréciation ; le tribunal ne fait pas état des éléments qu'elle a transmis ; le tribunal a méconnu la charge de la preuve et lui a réclamé une preuve impossible à apporter ;
- elle était recevable à demander la décharge de sa responsabilité solidaire de paiement des impositions en litige ;
- elle élève seule ses trois enfants et a de faibles ressources ; il lui faudrait 1 300 ans pour solder la dette fiscale ; elle est dans l'impossibilité de régler sa dette en 10 ans tel que le préconise la doctrine BOI-CTX-DRS-10-20151014 ; elle est en situation de surendettement telle que définie par l'article L. 330-1 du code de la consommation ;
- elle est divorcée depuis le 14 septembre 2017 ; étant séparée de corps, on ne peut lui réclamer le paiement des majorations, n'étant plus liée par le principe de l'imposition commune ; le principe de personnalité des peines fait obstacle à ce qu'on lui réclame des pénalités pour des agissements auxquels elle est étrangère ; l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales y fait également obstacle ;
- aucune preuve n'est faite de ce qu'elle avait connaissance des procédures de contrôle et de la dette fiscale lors de la donation en 2007 ; il ne peut lui être reproché de ne pas avoir affecté le produit de la vente de leur résidence principale à la dette fiscale dès lors que le peu d'argent qui lui revenait a été réinvesti dans une nouvelle résidence ; la créance réclamée a finalement donné lieu à de très nombreux dégrèvements ; l'administration ne peut donc soutenir qu'elle avait une parfaite connaissance d'une créance fiscale qui n'était ni fondée dans son principe ni exigible dès 2008 ; la donation ne représente que 3 % des sommes réclamées et ne peut pas être qualifiée d'organisation d'insolvabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,
- et les observations de Me Walczak, substituant Me Padovani, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, mariée à M. C, a fait l'objet d'une imposition commune avec ce dernier au titre des années 2004 à 2013. Une procédure de divorce a ensuite été entamée le 7 décembre 2012 et le divorce a été prononcé le 14 septembre 2017. Mme B a déposé le 7 décembre 2018 une demande de décharge de responsabilité solidaire, sur le fondement du II de l'article 1691 bis du code général des impôts, d'impositions primitives et supplémentaires de 2004 à 2013 mises à la charge du foyer fiscal qu'elle formait avec son ex-époux, pour un montant, en droits et pénalités, restant à leur charge de 519 880,20 euros au moment de l'instruction de sa demande de décharge. Elle fait appel du jugement du 20 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande de décharge de son obligation de paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de taxe d'habitation ainsi que des majorations correspondantes auxquelles elle avait été assujettie solidairement avec son ancien époux de 2004 à 2013.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, les moyens tirés de ce que le tribunal aurait privé son jugement de " base légale ", qu'il aurait commis une erreur de droit, une erreur manifeste d'appréciation, aurait dénaturé les pièces du dossier, que les premiers juges n'auraient pas pris en compte tous les éléments qu'elle produisait en première instance, auraient méconnu la charge de la preuve relèvent du bien-fondé du raisonnement conduit dans le jugement et n'a pas d'incidence sur sa régularité.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que Mme B soutient, les premiers juges ont bien visé ses conclusions tendant à la décharge de son obligation solidaire des suppléments d'impositions relatifs aux années 2006 et 2007 et les ont rejetés dans les motifs de leur jugement.
4. En dernier lieu, Mme B a également soulevé devant les premiers juges le moyen tiré de la méconnaissance du principe de personnalité des peines à l'appui de sa demande de décharge des majorations et celui tiré de ce que les règles du code civil du régime matrimonial de la séparation de biens empêchaient de lui réclamer des sommes supérieures à la proportion de ses revenus dans les revenus de son couple au titre des années 2008, 2009 et 2012. Toutefois, le tribunal, qui les a visés, n'était pas tenu de répondre à ces moyens inopérants, ainsi qu'il est dit aux points 12 à 14.
5. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité du jugement doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation solidaire de paiement :
6. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " I. - Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; / 2° De la taxe d'habitation lorsqu'ils vivent sous le même toit. / II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I () 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. () d) Pour les intérêts de retard et les pénalités mentionnées aux articles 1727,1728,1729,1732 et 1758 A consécutifs à la rectification d'un bénéfice ou revenu propre au conjoint ou au partenaire de pacte civil de solidarité du demandeur, la décharge de l'obligation de paiement est prononcée en totalité. Elle est prononcée, dans les autres situations, dans les proportions définies respectivement au a pour l'impôt sur le revenu, au b pour la taxe d'habitation et au c pour l'impôt sur la fortune immobilière. / 3. () La décharge de l'obligation de paiement ne peut pas être accordée lorsque le demandeur et son conjoint ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité se sont frauduleusement soustraits, ou ont tenté de se soustraire frauduleusement, au paiement des impositions mentionnées aux 1° et 2° du I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B, soit en organisant leur insolvabilité, soit en faisant obstacle, par d'autres manœuvres, au paiement de l'impôt () ".
7. Il résulte de l'instruction qu'à la date d'instruction de sa demande de décharge de son obligation solidaire de paiement, la dette fiscale mise à la charge du foyer de Mme B et de son ex-mari s'élevait à 519 880,20 euros en droits et pénalités. Cette dette était composée de cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de taxe d'habitation pour les années 2008 à 2011, de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu consécutives à l'examen de la situation fiscale personnelle du couple pour les années 2004 et 2005, de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu consécutives aux contrôles des sociétés contrôlées par M. C pour les années 2006 et 2007 et, enfin, de la cotisation d'impôt sur le revenu de l'année 2012 résultant d'une déclaration tardive du couple. L'administration a rejeté la demande de décharge de Mme B sur le fondement du 3 de l'article 1691 bis du code général des impôts précité, au motif qu'elle s'était soustraite avec son ex-époux au paiement des impositions dues. L'administration fait valoir, à cet égard, que par un acte du 31 mars 2008, Mme B et son ex-époux ont consenti une donation de 98 des 100 parts de la SCI Evrard, propriétaire de leur résidence principale, à leurs trois enfants mineurs, opération qui aurait eu pour seul but de réduire artificiellement leur patrimoine saisissable.
8. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle n'a pas pu chercher à se soustraire au paiement de ces impositions dès lors qu'elle en ignorait l'existence avant l'automne 2012, son ex-mari prenant en charge toutes les démarches fiscales. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il vient d'être dit, qu'une partie de la dette fiscale provient de cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de taxe d'habitation, mises en recouvrement annuellement, auxquelles Mme B pouvait s'attendre, ainsi que de la cotisation résultant de leur déclaration tardive d'impôt sur le revenu en 2012. En outre, les époux ont reçu un avis d'examen de leur situation fiscale personnelle daté du 8 novembre 2006 et adressé à leur domicile personnel commun, qui s'est conclu par une proposition de rectification du 18 décembre 2007 à cette même adresse, ces deux plis étant réputés notifiés aux deux époux en vertu des dispositions de l'article L. 54 A du livre des procédures fiscales. Enfin, l'attestation de son ex-époux et d'un ami de la famille, produites pour les besoins de la cause et qui ne sont corroborées par aucune pièce, ne peuvent suffire à justifier de manière probante qu'elle ignorait les dettes fiscales de son foyer. De plus, il résulte de l'instruction, ainsi que le fait d'ailleurs valoir l'administration, que Mme B n'a jamais montré aucune volonté d'apurer la dette fiscale, ni avant, ni après son divorce. Ainsi, sur les 3,5 millions d'euros mis à la charge du foyer fiscal initialement, 25 000 euros environ seulement avaient été payés par le couple au moment de la demande de décharge de responsabilité de la requérante, alors même que le fruit de la cession du bien immobilier porté par la SCI Evrard, dont leurs enfants mineurs étaient devenus majoritairement propriétaires après la donation litigieuse, s'élevait à plus de 400 000 euros.
9. En deuxième lieu, Mme B soutient que la donation effectuée en 2008 ne visait pas à éviter le paiement des impositions. Toutefois, pour appuyer ses dires, elle se borne à fournir une attestation de son ex-mari, qui indique qu'ils envisageaient cette donation depuis des années et que la naissance de leur dernier enfant en 2007, ainsi que des modifications législatives en août 2007 ont déclenché leur décision, et un courriel de celui-ci à un cabinet d'avocat pour obtenir des informations sur ce type de donation. Or, il résulte de l'instruction, que cette donation d'une valeur de 196 000 euros, qui représentait la quasi-totalité du patrimoine de Mme B, est intervenue seulement trois mois après la réception de la première notification de rectification adressée à leur foyer fiscal, après l'examen de leur situation fiscale personnelle, et mentionnant des rectifications d'un montant, en droits et pénalités, de plus de 329 000 euros. En outre, l'administration fait valoir, sans être contredite, que Mme B est signataire de l'acte de donation des titres de la SCI Evrard dont elle était gérante de droit depuis sa création. Dans ces circonstances, et alors que Mme B ne démontre pas que la donation était envisagée avant le début des contrôles menés à l'encontre de leur foyer fiscal, eu égard à la date à laquelle la donation est intervenue, et à l'âge des enfants alors âgés de 7 ans, 5 ans, et de 8 mois, cette donation apparaît dépourvue de toute autre finalité que celle consistant à réduire artificiellement le montant de leur patrimoine mobilier.
10. En troisième lieu, Mme B soutient que le gain provenant des titres de la SCI Evrard était hypothétique et que sa valeur était, en tout état de cause, négligeable au vu de la dette réclamée. Toutefois, il résulte de l'instruction que la donation représentait, ainsi qu'il vient d'être dit, la quasi-totalité du patrimoine possédé par Mme B puisqu'elle n'est restée propriétaire que d'une part sur les 100 parts sociales de la SCI. Par ailleurs, si elle insiste sur la valeur négligeable du bien porté par la SCI, compte tenu de l'emprunt en cours, il résulte toutefois de l'instruction que la valeur des titres a été estimée à 196 000 euros le 31 mars 2008, emprunt restant à rembourser déduit.
11. En quatrième lieu, Mme B soutient qu'on ne peut lui opposer le fait qu'elle se serait soustraite au paiement d'impositions par le biais d'une donation en mars 2008, pour des impositions nées postérieurement à cette date. Toutefois, les dispositions du 3 de l'article 1691 bis du code général des impôts font référence aux impositions mentionnées au I du même article, c'est-à-dire, sans les distinguer, les impositions qui sont l'objet de la demande de décharge de responsabilité solidaire. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points 8 et 9, Mme B a organisé son insolvabilité dans la durée, en se dessaisissant de la quasi-totalité de son patrimoine par le biais d'une donation à ses enfants mineurs. Cette manœuvre lui a ainsi permis d'échapper à la fois aux impositions déjà connues d'elle-même au moment de la donation, et qui étaient, en l'espèce, déjà supérieures à la valeur des titres donnés à ses enfants, ainsi qu'aux impositions annuelles, qu'elle attendait nécessairement, et aux impositions à venir. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, Mme B n'a jamais montré aucune volonté d'apurer, même partiellement, la dette fiscale de son couple. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la soustraction de Mme B au paiement d'impositions réclamées à son foyer fiscal la prive de la possibilité d'obtenir la décharge de responsabilité solidaire qu'elle réclamait et l'administration pouvait, pour ce seul motif, la lui refuser, sans qu'il y ait lieu d'examiner la disproportion entre cette dette fiscale et ses revenus.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. / 2 Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie () ". Le principe de personnalité des peines découle du principe de la présomption d'innocence posé par les stipulations du paragraphe 2.
13. Lorsqu'elle assortit des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu d'une majoration tendant à réprimer le comportement d'un contribuable, l'administration est tenue de respecter le principe de personnalité des peines, lequel s'oppose à ce qu'une sanction fiscale soit directement appliquée à une personne qui n'a pas pris part aux agissements que cette pénalité réprime. Toutefois, la solidarité de paiement instaurée par le I de l'article 1691 bis du code général des impôts, qui est liée au régime de l'imposition commune prévu à l'article 6 de ce code et aux modalités de calcul de cette imposition fixées par l'article 156 du même code, ne constitue qu'une garantie pour le recouvrement des créances du Trésor public et ne présente ainsi pas le caractère d'une sanction ayant le caractère d'une punition qui relèverait des accusations en matière pénale au sens des stipulations du premier paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, l'administration ne peut être regardée comme ayant entendu infliger à Mme B cette pénalité, qui n'est réclamée à celle-ci que par l'effet du principe d'imposition commune des personnes mariées et de la solidarité des époux pour le paiement des impositions communes. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de personnalité des peines protégé par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, dès lors, inopérant.
14. En dernier lieu, Mme B soutient qu'au regard des règles du code civil, les impositions ne peuvent lui être réclamées qu'à proportion de ses revenus dans les revenus de son foyer. Toutefois, le régime de l'imposition commune prévu à l'article 6 du code général des impôts et la solidarité de paiement entre époux fixée au I de l'article 1691 bis du même code qui en découle s'appliquent quel que soit le régime matrimonial, Mme B disposant par ailleurs de recours sur le plan civil pour réclamer les sommes qu'elle estimerait dues par son ex-mari au vu de leur régime matrimonial. La circonstance que Mme B aurait été mariée sous le régime de la séparation de biens est donc inopérante.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D B et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L.Besson-Ledey
La greffière,
A.Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°22VE00385
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026