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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00393

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00393

jeudi 20 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00393
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme E B ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1808979 du 28 décembre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après avoir constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur leurs conclusions à hauteur du dégrèvement de 25 871 euros intervenu en cours d'instance, a rejeté le surplus de leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 février 2022, M. et Mme B, représentés par Me Elbaz, avocat, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement est insuffisamment motivé dès lors qu'en l'absence de revenus de leur fils majeur, ainsi qu'il le leur avait déclaré, il ne peut leur être reproché de ne pas avoir contesté l'impôt mis à leur charge ; dès lors que le rattachement de leur fils entraîne désormais, après prise en compte des revenus distribués, une augmentation importante de l'impôt dû, ils démontrent le caractère exagéré de l'imposition mise à leur charge ;

- s'agissant du moyen relatif à la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, le tribunal a entaché son jugement d'une erreur de droit ; sa motivation est dépourvue de pertinence et il n'a pas tiré les conséquences de ses propres constatations ;

- l'administration a méconnu à deux reprises les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ; d'une part, leur fils D, à qui les revenus distribués étaient attribués et qui était le gérant de la société dont ils provenaient, a demandé, comme il en avait le droit, communication des droits de communication effectués auprès de la Société Générale et des réponses des clients de la SARL Périphérie Automobile ; l'administration a refusé de donner suite à cette demande ; leur fils et eux forment un seul foyer fiscal et ils peuvent donc invoquer cette absence de communication ; d'autre part, ils n'ont été informés de ce qu'un droit de communication avait été formé auprès du département du Val-d'Oise que dans la réponse aux observations du contribuable du 29 septembre 2016 ; la réponse à ce droit de communication fondait les rectifications ;

- le rattachement d'un enfant majeur au foyer fiscal de ses parents, en vertu du 3° de l'article 6 du code général des impôts, résulte d'une option qui est irrévocable ; cela suppose en revanche que l'option répondait aux conditions légales pour l'exercer, ce qui n'est pas le cas en l'espèce puisque leur fils n'a jamais formalisé son accord pour être rattaché à leur foyer ; à défaut de respecter ces conditions, l'option est révocable ;

- le caractère irrévocable de l'option prévue au 3° de l'article 6 du code général des impôts n'est fondé sur aucun texte ou motif légitime ; c'est pourquoi la doctrine, au paragraphe 250 du BOI-CTX-10-30-60, admet les erreurs des contribuables ; ceux-ci sont recevables à remettre en cause un rattachement à leur foyer fiscal, qu'ils n'ont pas forcément choisi, dans le délai de réclamation ; leur demande d'exclure leur fils D de leur foyer fiscal du 8 janvier 2018 était donc formulée dans les délais.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation du rejet implicite de leur réclamation préalable sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions A Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Périphérie Automobile, qui exerce une activité de commerce de véhicules, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 26 décembre 2012 au 31 décembre 2014. A l'issue de cette vérification, l'administration a rehaussé les résultats imposables de la société au titre des exercices clos en 2013 et 2014 et regardé ces bénéfices rectifiés comme des revenus réputés distribués à M. C B, unique associé et gérant de la société du 26 décembre 2012 au 7 septembre 2015, en sa qualité de maître de l'affaire, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. L'administration a ensuite mis ces sommes à la charge du foyer fiscal A et Mme E B, en raison du rattachement de leur fils M. C B à leur foyer fiscal. Ceux-ci font appel du jugement du 28 décembre 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui, après avoir constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur leurs conclusions à hauteur du dégrèvement intervenu en cours d'instance, a rejeté le surplus de leur demande de décharge.

Sur la régularité du jugement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

3. Il ressort des visas du jugement attaqué que les premiers juges ont visé et analysé l'ensemble des moyens soulevés par M. et Mme B dans leur requête du 5 septembre 2018, notamment celui tiré du caractère révocable du rattachement de leur fils majeur à leur foyer fiscal. Il ressort par ailleurs des motifs de ce jugement que les premiers juges ont répondu à l'ensemble de ces moyens, en détaillant les textes applicables et en précisant les faits de l'espèce qui leur semblaient pertinents. Ils ont ainsi suffisamment motivé leur jugement. La circonstance qu'ils auraient, à tort, considéré que M. et Mme B ne justifiaient pas du caractère exagéré des impositions mises à leur charge relève du bien-fondé de leur raisonnement et est, donc, sans incidence sur la régularité du jugement.

4. En second lieu, s'agissant de la contestation, par les requérants, de la réponse des premiers juges au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et de leurs moyens tirés de l'erreur de droit commise par les premiers juges, du caractère non pertinent de la motivation du jugement et de ce que les premiers juges n'auraient pas tiré les conséquences de leurs propres constatations, ils relèvent du bien-fondé de la décision juridictionnelle dont le contrôle est opéré par l'effet dévolutif de l'appel et sont sans incidence sur sa régularité.

5. Il résulte de ce qui précède que les moyens relatifs à la régularité du jugement doivent être écartés.

Sur la procédure d'imposition :

6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Cette obligation ne s'impose à l'administration que pour les seuls renseignements effectivement utilisés pour fonder les rectifications. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que, dans un premier temps et faute de disposer des éléments permettant de justifier de l'invalidité de leur fils C B, l'administration a refusé le rattachement à leur foyer fiscal du fils A et Mme B et leur a adressé une proposition de rectification le 4 mai 2016 en ce sens. En réponse à cette proposition de rectification, M. et Mme B ont fourni les justificatifs de l'invalidité de leur fils le 23 mai 2016. Ces éléments ont été confirmés par le conseil départemental le 1er juin 2016 en réponse à un droit de communication de l'administration. En conséquence, par une nouvelle proposition de rectification du 10 juin 2016, annulant et remplaçant la précédente, l'administration a pris acte du rattachement de leur fils majeur au foyer fiscal et a imposé M. et Mme B à raison des revenus distribués à leur fils, ainsi qu'il a été dit au point 1. Si M. et Mme B reprochent à l'administration d'avoir évoqué tardivement le droit de communication au conseil départemental, il est constant qu'ils ont été informés de ces éléments au stade de la réponse aux observations du contribuable du 29 septembre 2016, antérieurement à la mise en recouvrement des impositions litigieuses. En tout état de cause, ces éléments relatifs à l'invalidité de leur fils, qu'ils ont eux-mêmes remis à l'administration fiscale le 23 mai 2016, ne fondent pas les rectifications puisque celles-ci procèdent de la prise en compte des revenus distribués de la SARL Périphérie Automobiles mais ne remettent pas en cause le rattachement de leur fils majeur à leur foyer fiscal, effectué conformément à leurs déclarations.

9. D'autre part, les requérants se prévalent de ce que le service aurait méconnu l'obligation de communication prévue par les dispositions précitées, faute de leur avoir transmis copie des renseignements et documents obtenus de la Société Générale et des clients de la SARL Périphérie Automobile. Toutefois, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges au point 6 du jugement attaqué, par des motifs qu'il convient d'adopter, il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme B auraient formulé une telle demande de communication, la demande du 6 juillet 2016 de leur fils, qui n'a pas la qualité de contribuable au sens des dispositions précitées, ne pouvant être interprétée comme une demande formulée par eux dans le cadre de leur procédure d'imposition personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

10. Aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis. () 3. Toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu'elle poursuit ses études, ou, quel que soit son âge, lorsqu'elle effectue son service militaire ou est atteinte d'une infirmité, peut opter, dans le délai de déclaration et sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du 2° du II de l'article 156, entre : / 1° L'imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun ; / 2° Le rattachement au foyer fiscal dont elle faisait partie avant sa majorité, si le contribuable auquel elle se rattache accepte ce rattachement et inclut dans son revenu imposable les revenus perçus pendant l'année entière par cette personne () ".

11. Il résulte de ces dispositions qu'une personne majeure entrant dans le champ d'application du 3 de l'article 6 du code général des impôts peut opter, dans le délai de déclaration, pour l'année entière et pour l'ensemble de ses revenus, entre une imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun et le rattachement, avec l'accord du contribuable, au foyer fiscal de ses parents ou de l'un de ses parents, selon le cas et en suivant les règles fixées par ces dispositions. A l'expiration du délai de déclaration, l'option exercée est irrévocable pour l'année au titre de laquelle elle a été souscrite.

12. En premier lieu, M. et Mme B soutiennent que le rattachement initial de leur fils à leur foyer fiscal n'était pas valable, au motif que les conditions posées par les dispositions du 3 de l'article 6 du code général des impôts n'étaient pas remplies, faute pour leur enfant d'avoir formalisé une demande expresse de rattachement dans le délai de déclaration. Toutefois, il est constant que leur fils majeur, titulaire d'une carte d'invalidité, remplissait les conditions pour pouvoir formuler l'option prévue au 3 de l'article 6 précité. En outre, les dispositions précitées n'imposent aux enfants majeurs aucun formalisme particulier pour déclarer leur option pour le rattachement au foyer fiscal de leurs parents. A cet égard, les requérants ne peuvent utilement invoquer, a contrario, une doctrine portant sur la procédure d'imposition dans une version antérieure aux années d'imposition litigieuses. Or, il résulte de l'instruction que, d'une part, leur fils n'a pas souscrit de déclaration de revenus à son nom pour les années litigieuses, permettant de présumer son option pour le rattachement au foyer de ses parents, et que, d'autre part, M. et Mme B l'ont ajouté à leur déclaration de revenus, en précisant dans la case " Rattachement d'enfant majeur " son identité et sa date de naissance, formalisant ainsi leur accord pour ce rattachement. Enfin, les requérants n'ont apporté aucun élément pendant la procédure de contrôle et n'en apportent pas davantage en appel, de nature à démontrer que leur fils qui, ainsi qu'il a été dit, n'a souscrit aucune déclaration de revenus à titre personnel, n'aurait pas souhaité être rattaché au foyer fiscal de ses parents. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'option de leur fils majeur pour le rattachement à leur foyer fiscal était irrégulière.

13. En second lieu, contrairement à ce que les requérants soutiennent, le choix, par un enfant entrant dans le champ du 3 de l'article 6 du code général des impôts, entre être imposé personnellement ou être rattaché au foyer fiscal de ses parents, doit nécessairement être exercé dans le délai de déclaration et ne peut être révoqué au-delà de ce délai. Sur ce point, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir d'une doctrine admettant, à titre gracieux, la possibilité pour certains contribuables de revenir sur leur choix. M. et Mme B ne sont donc pas fondés à soutenir que leur demande de renoncer au rattachement de leur fils à leur foyer fiscal, formulée le 8 janvier 2018 postérieurement aux délais de déclarations applicables aux années 2013 et 2014, était recevable.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté le surplus de leur demande de décharge. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête A et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme E B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE00393

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