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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00476

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00476

jeudi 27 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00476
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté son recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 20 août 2020 par lequel cette autorité a prononcé son expulsion du territoire français.

Par un jugement n° 2106012 du 13 janvier 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2022, M. A, représenté par Me F. Reynolds, avocate, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cette décision implicite de rejet et l'arrêté d'expulsion prononcé par le préfet de police de Paris du 20 août 2020 ;

3°) de mettre à la charge du préfet de police de Paris la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant sur la mesure d'expulsion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la demande de première instance était irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les premiers vice-présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance : / 7° Rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Le préfet de police de Paris a, par un arrêté du 20 août 2020, ordonné l'expulsion du territoire français de M. A, ressortissant de nationalité haïtienne. Ce dernier a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 16 novembre 2020. Il fait appel du jugement n° 2106012 du 13 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet, née du silence du préfet de police de Paris, sur le recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et

L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion que si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que les dispositions de l'article L. 521-3 n'y fassent pas obstacle : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " (). Par dérogation aux dispositions du présent article, l'étranger visé aux 1° à 5° peut faire l'objet d'un arrêté d'expulsion en application de l'article L. 521-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ".

4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une menace grave à l'ordre public pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. M. A soutient que l'arrêté d'expulsion du territoire français dont il fait l'objet méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est père de six enfants français, qu'il vit actuellement en concubinage, que ses frères et sœurs résident en France, qu'il a obtenu son baccalauréat en prison et que postérieurement à sa libération conditionnelle, il a travaillé et exerce toujours un emploi, démontrant ainsi une parfaite réinsertion dans la société française. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné à cinq reprises pour divers délits entre 2003 et 2008, notamment pour des faits d'escroquerie, avant d'être condamné en 2013 à treize ans de réclusion criminelle pour avoir commis des viols et agressions sexuelles multiples sur mineurs de quinze ans, entre le 20 janvier 2004 et le 15 juillet 2008, les trois victimes étant deux de ses filles et sa belle-fille. Il ressort également du rapport d'expertise psychiatrique qui a été réalisé que si M. A a nié les faits pour lesquels il a été condamné, l'hypothèse d'une " perversion pédophile " n'est pas exclue. Dans ces conditions et eu égard à l'ensemble de ces éléments dont la matérialité constatée par le juge pénal s'impose au juge administratif et n'est au demeurant pas sérieusement contredite par l'intéressé, son expulsion du du territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation des conséquences de la mesure sur la vie de l'intéressé doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Sa requête d'appel, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit par suite être rejetée par application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Versailles, le .27 avril 2023.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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