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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00523

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00523

jeudi 20 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00523
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET M DEMARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme A B ont demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013, ainsi que des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 2002296 du 6 janvier 2022, le tribunal administratif de Versailles a constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi du sursis de paiement, a déchargé M. et Mme B de la majoration pour manquement délibéré de 40 % appliquée aux impositions mises à leur charge et a rejeté le surplus de leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 mars et le 9 août 2022, M. et Mme B, représentés par la SELARL Cabinet M. C, demandent à la cour :

1°) de réformer ce jugement ;

2°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2012 à hauteur de 40 000 euros en base ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme dont le montant sera indiqué avant l'audience.

Ils soutiennent que la somme de 40 000 euros que M. B a perçue en septembre 2012 constitue un prêt de la part d'un collègue, ainsi que le montrent les mentions concordantes de son relevé bancaire et de celui de M. D qui lui a versé la somme. Celui-ci a d'ailleurs fait l'objet d'un contrôle et la commission départementale des impôts directs et du chiffre d'affaires a estimé qu'il s'agissait d'un prêt. Les circonstances qu'aucun acte n'ait été soumis à l'enregistrement ou que la déclaration de contrat de prêt ne mentionne ni taux ni durée ne suffisent pas à écarter la qualification de prêt.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 juillet et 11 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, qui exerce l'activité d'artisan taxi, et son épouse ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2012 et 2013. A l'issue de ce contrôle, l'administration leur a notifié des rehaussements d'impôt sur le revenu et de contributions sociales suivant la procédure de taxation d'office à raison de sommes qualifiées de revenus d'origine indéterminée. M. et Mme B font appel du jugement du 6 janvier 2022 du tribunal administratif de Versailles en tant qu'il a rejeté leur demande de décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à raison d'une réduction en base d'une somme de 40 000 euros en 2012.

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales que l'administration peut, sur leur fondement, adresser au contribuable une demande de justifications, notamment dans le cas où elle a réuni des éléments permettant d'établir qu'il pourrait avoir disposé de revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés. Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". Aux termes de L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

3. Il est loisible au contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales d'apporter devant le juge de l'impôt la preuve que les sommes concernées, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus. Dans ce cas, le contribuable peut obtenir, le cas échéant, une réduction de l'imposition d'office régulièrement établie au titre du revenu global, à raison de la différence entre les bases imposées d'office et les bases résultant de l'application des règles d'assiette propres à la catégorie de revenus à laquelle se rattachent, en définitive, les sommes en cause.

4. Il résulte de l'instruction que l'administration a taxé d'office comme revenus d'origine indéterminée la somme de 40 000 euros créditée le 17 septembre 2012 sur le compte n° 12619-00001-30208701016-43 ouvert par M. B à la banque Caixa. M. B conteste le caractère imposable de cette somme et soutient qu'elle correspond au prêt que lui aurait consenti un collègue artisan taxi. Toutefois, s'il est constant que M. B a adressé une déclaration de contrat de prêt, sous l'imprimé modèle n° 2062 prévu à cet effet, réceptionnée par le service des impôts des entreprises de Corbeil-Essonnes le 7 septembre 2012, il ressort de cette déclaration que celle-ci ne mentionne aucun taux d'intérêt, ni aucune durée de remboursement de ce prêt, ce qui est inhabituel. En outre, aucun document contemporain du virement, comme un contrat de prêt ou une reconnaissance de dette, ne permet de confirmer la nature de cette transaction. De plus, si le virement litigieux porte l'intitulé de " prêt collègue artisan taxi ", cette mention ne résulte que de la déclaration de l'émetteur du virement, M. D, à sa banque et est donc insuffisante à corroborer la déclaration de contrat de prêt déposée. Enfin, alors que les requérants se prévalent de ce que la somme a été remboursée entièrement, ils n'apportent aucun élément de nature à l'établir. La circonstance que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dans un avis qui ne lie pas l'administration et dans une procédure étrangère à M. et Mme B, a estimé qu'une somme de 5 000 euros versée en 2012 par M. B à M. D constituait le remboursement partiel d'un emprunt de 40 000 euros est sans incidence sur les impositions mises à la charge des requérants. Dans ces conditions, compte tenu, en particulier, de l'absence de précision de la déclaration adressée à l'administration fiscale et à défaut de tout justificatif de remboursement, M. et Mme B n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que la somme de 40 000 euros constitue un prêt non imposable à l'impôt sur le revenu. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé cette somme en tant que revenus d'origine indéterminée.

5. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande de décharge des impositions mises à leur charge à hauteur du virement de 40 000 euros reçu en septembre 2012. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE00523

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