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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00529

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00529

mercredi 25 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00529
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantWARAHENA LIYANAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée, et d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 1913366 du 18 mars 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2022, Mme A, représentée par Me Warahena Liyanage, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions du 7° de cet article, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte 50 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 9 du code de justice administrative dès lors que le tribunal administratif ne démontre pas que l'arrêté préfectoral en litige est suffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne pouvait lui reprocher l'absence de production d'un contrat de travail dès lors que les récépissés qui lui ont été délivrés ne l'autorisent pas à travailler ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 28 août 1975 et entrée en France, selon ses déclarations, le 10 février 2012, fait appel du jugement du 18 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 3 octobre 2019 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué, en particulier de ses points 4, 5 et 6, que le tribunal administratif a répondu, de manière suffisante, au moyen tiré par Mme A de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé sur ce point doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'elle a fait valoir devant le tribunal administratif, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du caractère insuffisamment motivé de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif.

5. En troisième lieu, pour soutenir que la décision de refus de titre de séjour attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, Mme A soutient notamment qu'elle réside en France depuis février 2012, que son état de santé a nécessité une prise en charge sur le territoire français, qu'elle est bien intégrée dans ce pays, qu'elle n'a jamais troublé l'ordre public et qu'elle ne vit pas en état de polygamie. Toutefois, il est constant que Mme A, âgée de quarante-quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, est célibataire et sans charge de famille en France. Par ailleurs, les pièces versées au dossier n'établissent pas la réalité et l'intensité de l'intégration dans la société française dont elle se prévaut. En outre, les circonstances que l'intéressée résiderait habituellement en France depuis 2012, qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne vit pas état de polygamie ne sauraient établir que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée par un motif exceptionnel. De surcroît, l'intéressée ne démontre pas davantage en appel qu'en première instance que son état de santé nécessiterait un suivi en France et n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où réside une partie de sa fratrie. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, tant en ce qu'il porte refus de titre de séjour qu'en ce qu'il fait obligation à Mme A de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, aurait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de la requérante.

7. Enfin, si Mme A soutient que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'encontre de cette décision qui n'implique pas, en elle-même, le retour de l'intéressée dans son pays d'origine. Par ailleurs, si Mme A soutient craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison de ses activités militantes au sein d'un parti politique, l'intéressée, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et du droit d'asile, puis par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément probant au soutien de cette allégation et n'établit pas la réalité des risques dont elle fait état. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 25 mai 2022.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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