jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00576 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | WALTER & GARANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif d'Orléans de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.
Par un jugement n°s 1904437, 1904441 du 14 janvier 2022, le tribunal administratif d'Orléans a prononcé la décharge de la majoration de 40 % pour manquement délibéré à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2015 et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. A, représenté par Me Berthelot, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les motifs invoqués par le service pour rejeter la comptabilité de l'EURL Crisjade ne sont pas fondés :
- la caisse enregistreuse utilisée ne faisant pas partie du système de comptabilité informatisée de la société, les griefs formulés tenant à l'absence de conservation sur un support informatique des données de la caisse en violation de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales sont infondés ; l'obligation de conservation imposée par le I de l'article 102 B du même livre ne s'applique que lorsque les livres, registres, documents ou pièces comptables sont établis ou reçus sur support informatique, or la caisse enregistreuse utilisée n'est pas informatisée ;
- le fait qu'il manque quelques tickets Z journaliers ne prive pas la comptabilité de l'EURL Crisjade de sa valeur probante dès lors qu'elle produit le ticket Z annuel de l'année 2015, les tickets mensuels et les doubles de tickets remis aux clients comportant l'intégralité des données enregistrées dans sa comptabilité ; ce ticket Z annuel comprend nécessairement toutes les recettes de l'année dès lors que son édition implique l'écrasement des tickets Z mensuels dont l'édition implique également l'efficacement des tickets Z journaliers antérieurs ; cette pratique est conforme aux exigences mentionnées au paragraphe 250 de la doctrine administrative référencée BOI-TVA-DECLA-30-10-10, lorsque l'établissement d'une facture n'est pas obligatoire, le contribuable doit à l'appui de sa comptabilité conserver toutes pièces justificatives de ses recettes ;
- ainsi, les anomalies constatées par le service ne présentent pas un caractère de gravité indiscutable de nature à remettre en cause le caractère probant de sa comptabilité ; le service n'a d'ailleurs informé la société de ces irrégularités que dans la réponse aux observations du contribuable ; en conséquence, le service ne pouvait pas proroger le délai de vérification de comptabilité de trois à six mois en vertu de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires est entachée des erreurs suivantes qui démontrent qu'elle est excessivement sommaire :
- sur les alcools utilisés en cuisine, le chiffre de six bouteilles de vin retenu par l'administration pour 2015 n'est pas cohérent avec le volume et l'activité du restaurant et le fait de n'avoir retenu aucune consommation de vin blanc en cuisine au titre de l'année 2016, au seul motif qu'elle n'aurait pas précisé quel vin elle aurait utilisé, révèle le caractère sommaire et expéditif de la reconstitution ;
- sur les boissons offertes aux clients, seul a été retenu un nombre de bières sans justification du chiffrage alors que, conformément aux usages de la profession, elle offre aussi des verres de vin, de pétillants ou des cafés ;
- sur les pertes diverses concernant le vin vendu au verre, les quantités retenues sont très insuffisantes compte tenu du nombre très important de vins proposés et de l'impossibilité, une fois passé un délai de 24 heures, de proposer une bouteille ouverte à la consommation ; de même, le nombre retenu de bouteilles bouchonnées est très inférieur à la réalité ;
- le panier moyen résultant de son ticket Z annuel s'élève à 33,15 euros ce qui est cohérent au regard des résultats déclarés par des établissements similaires dont il ressort que le panier moyen est de 27 euros ;
- le chiffre d'affaires ainsi reconstitué révèlerait une progression impossible de 50 % par rapport à celui de 2014, le restaurant n'ayant pas modifié ses conditions d'exploitation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête n'est pas recevable au regard des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, en l'absence de moyen d'appel ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 5 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'erreur sur le champ d'application de la loi, s'agissant des revenus distribués procédant de la reconstitution des recettes de l'EURL Crisjade et imposés sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts, dès lors que la seule insuffisance des bénéfices déclarés ne suffit pas à qualifier ces sommes d'avantages ou rémunérations occultes.
Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a produit des observations au moyen susceptible d'être relevé d'office.
Il maintient que les rectifications ont été effectuées à bon droit sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts et demande, à titre subsidiaire, que les rectifications soient maintenues sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Crisjade, dont M. A est gérant et l'unique associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos des années 2014 et 2015, période étendue au 30 septembre 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par proposition de rectification du 14 novembre 2017, l'administration a procédé, selon la procédure contradictoire, à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'EURL Crisjade compte tenu du caractère non probant de sa comptabilité et a procédé à la réintégration de charges considérées comme engagées à des fins contraires à l'intérêt de la société. Tirant les conséquences de cette vérification de comptabilité, par proposition de rectification du 14 novembre 2017, l'administration a notifié à M. A, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, assorties de la majoration pour manquement délibéré de l'article 1729 du code général des impôts. M. A relève appel du jugement du 14 janvier 2022 en tant que le tribunal administratif d'Orléans a rejeté le surplus de sa demande tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête (). Elle contient l'exposé des faits et moyens ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".
3. La requête de M. A ne constitue pas la seule reproduction littérale de ses écritures de première instance et comporte une critique du jugement attaqué. Une telle motivation répond aux conditions posées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative et met la cour en mesure de se prononcer sur le bien-fondé du jugement de première instance. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de motivation de la requête doit être écartée.
Sur la procédure :
4. En vertu du principe d'indépendance des procédures, M. A ne peut utilement soutenir que la procédure d'imposition menée à l'encontre de l'EURL Crisjade était irrégulière du fait du dépassement du délai de vérification de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes / () ".
6. Il résulte de l'instruction que, lors du contrôle de l'EURL Crisjade, l'administration a, d'une part, remis en cause la déductibilité de certaines charges comptabilisées par la société considérées comme engagées à des fins étrangères à son intérêt et au profit de M. A pour un montant de 466 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et, d'autre part, reconstitué les bénéfices de la société à hauteur de 50 765 euros, correspondant à 13 073 euros s'agissant du chiffre d'affaires assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 20 % et 37 692 euros s'agissant du chiffre d'affaires assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 10 %. L'ensemble de ces rectifications ont été regardées comme des revenus distribués et taxés entre les mains de M. A, en sa qualité de maître de l'affaire, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts.
7. Or, s'agissant des revenus distribués procédant de la reconstitution des recettes de l'EURL Crisjade, la seule circonstance que l'EURL Crisjade n'a pas satisfait à ses obligations déclaratives et que la reconstitution de son chiffre d'affaires a mis en évidence une insuffisance des bénéfices déclarés ne suffit pas à qualifier les bénéfices non déclarés comme constituant par nature des avantages ou rémunérations occultes pour le maître de l'affaire sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts. Il s'ensuit que l'administration ne pouvait pas taxer cette somme en base de 50 765 euros entre les mains de M. A sur ce fondement légal.
8. A titre subsidiaire, l'administration demande que ces rectifications de 50 765 euros, initialement fondées sur le c de l'article 111 du code général des impôts, soient désormais fondées sur le 2° du 1 de l'article 109 du même code.
9. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse suivie devant le juge de l'impôt, y compris en appel, de justifier l'imposition en substituant une base légale à une autre, sous réserve que le contribuable ne soit pas privé des garanties de procédure qui lui sont données par la loi compte tenu de la base légale substituée.
10. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer est le maître de l'affaire est, dans ce cas, sans incidence.
11. Pour justifier de l'appréhension des sommes par M. A, l'administration fait valoir que M. A est le gérant et l'unique associé de l'EURL Crisjade et qu'il n'a d'ailleurs jamais contesté l'appréhension des sommes. Toutefois, en se bornant à faire état de ces éléments, l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'appréhension de ces sommes par le requérant. Dans ces conditions, la substitution de base légale demandée par l'administration doit être écartée.
12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par M. A, qui ne formule aucun moyen à l'encontre des rectifications portant sur les dépenses personnelles prises en charge par la SARL Crisjade, que celui-ci est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté le surplus de sa demande de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, à raison d'une réduction, en base, de 50 765 euros imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Les revenus de capitaux mobiliers imposables entre les mains de M. A au titre de l'année 2015 sont réduits du montant, en base, de 50 765 euros.
Article 2 : M. A est déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 résultant de la réduction en base prononcée à l'article 1er..
Article 3 : Le jugement n°s 1904437, 1904441 du 14 janvier 2022 du tribunal administratif d'Orléans est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026