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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00624

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00624

mercredi 11 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00624
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté en date du 28 janvier 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2102060 du 28 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête sommaire, enregistrée le 15 mars 2022, M. B, représenté par Me Morel, avocate, demande à la cour :

1° d'annuler le jugement attaqué ;

2° d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4° de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement omet de répondre aux moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, de l'irrégularité de la procédure du fait que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a rendu un avis au lieu d'une décision et de la méconnaissance de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 26 septembre 2006 ;

- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut de base légale du fait de la référence à une version de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'est plus en vigueur ;

- la procédure est irrégulière dès lors que la DIRECCTE, qui a édicté un avis au lieu d'une décision, n'a pas vu son avis notifié au requérant ou à son employeur, en violation du principe du contradictoire et du droit d'être entendu prévu par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée par l'avis émis par la DIRECCTE ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et les stipulations de l'article 32 de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le 2° de l'article R. 2551-20 du code du travail ne lui est pas applicable dès lors qu'il n'a pas achevé son cursus sur le territoire français ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en indiquant qu'il est célibataire alors qu'il est en concubinage ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C B, ressortissant sénégalais né le 15 août 1987 à Tivaoune (Sénégal), qui est entré sur le territoire français le 8 septembre 2017 sous couvert d'un visa " étudiant ", a sollicité le 15 mars 2019 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 28 janvier 2021, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 28 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Si M. B soutient que le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défait d'examen particulier de sa situation personnelle, de l'irrégularité de la procédure du fait que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a rendu un avis au lieu d'une décision, enfin de la méconnaissance de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l'encontre de l'arrêté attaqué, le tribunal administratif a toutefois répondu à ces moyens aux points 3, 4 et 8 du jugement attaqué. Il ressort en outre des pièces du dossier de première instance que le requérant n'avait pas soulevé de moyen tiré de la méconnaissance de l'accord franco-sénégalais du 26 septembre 2006. Par suite, le moyen tiré d'une prétendue omission de répondre sur ce point doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels M. B ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges au point 3 du jugement entrepris.

5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté serait entaché d'un défaut de base légale du fait de la référence à une version obsolète de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance, qui n'est pas de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme insuffisamment motivé, est sans influence sur sa légalité, dès lors que le tribunal a en tout état de cause procédé à une substitution de base légale pour se fonder, non sur cette disposition, mais sur les stipulations de l'accord franco-sénégalais.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-17 du code du travail : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet ". Si le préfet peut, dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, transmettre la demande de titre pour avis, et non pour décision, à la DIRECCTE, aucune disposition législative ou réglementaire ne prescrit cette consultation, ni la communication de l'avis de la DIRECCTE à l'employeur ou au demandeur. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que l'arrêté qu'il conteste serait entaché d'un vice de procédure du fait de l'absence de notification à lui et à son employeur de l'avis défavorable de la DIRECCTE.

7. En quatrième lieu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Essonne aurait estimé être en situation de compétence liée pour décider de refuser le séjour à M. B et l'obliger à quitter le territoire.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3, paragraphe 32, sous-paragraphe 321 de l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal du 23 septembre 2006 : " La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention " travailleur temporaire " sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV ". Il résulte de ces stipulations que, pour examiner une demande d'autorisation de travail d'un ressortissant sénégalais, il incombe à l'administration de se fonder non sur la situation de l'emploi, dans l'hypothèse où le métier envisagé figurerait sur la liste de l'annexe IV à cet accord, mais sur l'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule.

9. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de l'Essonne s'est notamment fondé sur l'avis de la DIRECCTE du 12 février 2020 qui a considéré que le requérant, bien que démontrant avoir été inscrit dans un Master 1 BIONINF-GENOMICS au titre des années universitaires 2017-2018 et 2018-2019, n'a pas obtenu de diplôme à l'issue de ces années d'études et occupe depuis le 2 octobre 2018 l'emploi d'agent de sécurité à temps partiel pour une rémunération brute mensuelle de 819,35 euros telle qu'il ressort de son contrat de travail. Dès lors, le préfet de l'Essonne, en considérant que l'emploi de M. B n'était pas en adéquation avec ses études pour lui refuser une autorisation de travail et un titre de séjour, sans qu'ait d'incidence le fait qu'il n'ait pas obtenu de diplômes au sens de l'article R. 2551-20 du code du travail, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 paragraphe 32 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et n'a pas entaché l'arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, M. B n'ayant pas demandé de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la violation de ces dispositions est inopérant.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale [] / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si M. B n'a pas formulé sa demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet l'Essonne a accepté d'examiner sa situation au regard de sa vie privée et familiale. Par suite, l'invocation par M. B des stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas inopérante.

12. M. B fait valoir qu'il réside de manière continue et régulière en France depuis le 8 septembre 2017, qu'il a d'abord poursuivi des études dans le domaine de la biologie avant de travailler depuis octobre 2018 en tant qu'agent de sécurité, qu'il vit en concubinage avec Mme A, ressortissante sénégalaise en situation régulière, avec laquelle il a eu une fille née le 3 avril 2021 qu'il a reconnu prématurément, et qu'il a en France le centre de ses attaches privées et familiales. Toutefois, s'il indique vivre en concubinage avec Mme A depuis 2018 et qu'ils habitent ensemble depuis 2020, il n'établit pas la réalité de ce concubinage et n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en indiquant qu'il est célibataire. De plus, le titre de séjour mention " étudiant " de Mme A ne lui donne pas vocation à rester sur le territoire national après son expiration. M. B n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où résident ses parents et deux de ses frères et sœurs. S'agissant de sa situation professionnelle, M. B travaille en tant qu'agent de sécurité depuis octobre 2018 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel de 80,33 heures mensuelles avec un salaire brut mensuel de 819,35 euros. Ces éléments sont toutefois insuffisants pour considérer que l'arrêté contesté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Sa requête doit par suite être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ou celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, 11 mai 2022.

Le président de la 1ère chambre,

P. BEAUJARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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