jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00700 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BARRE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SCI La Cathédrale a demandé au tribunal administratif d'Orléans de prononcer la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015.
Par un jugement n° 1901642 du 27 janvier 2022, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars 2022 et 16 novembre 2022, la SCI La Cathédrale, représentée par Me Barré et Me Bourgeois, avocats, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 16 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les provisions pour " frais de fonctionnement Natixis " et pour " frais de fonctionnement sans locataire " constituées au cours de l'exercice 2015 conformément à l'avis de la CNCC de juin 1999 constituent des provisions pour pertes déductibles, sur le fondement du 5° de l'article 39-1 du code général des impôts et en application de l'instruction BOI-BIC-PROV 20-10-20 (n°190) du 17 décembre 2013, dès lors que le défaut de perception des loyers constituait une perte probable ;
- les provisions ont été déterminées avec précision et une approximation suffisante, pour un montant de 2 514 637 euros, correspondant à la comparaison entre la perte de loyers et les coûts et frais de fonctionnement à assumer directement, en l'absence de sous-locataire, produisant la perspective d'un solde négatif ; les pertes résultent d'engagements irrévocables de la SCI, par la conclusion du contrat de crédit-bail, et d'engagements souscrits auprès de fournisseurs pour le fonctionnement de l'immeuble ;
- la perte à laquelle elle devait faire face présentait un caractère probable à la clôture des comptes de l'exercice 2015, du fait de l'absence de sous-locataire et des charges à assumer supérieures aux produits à recevoir, à savoir un loyer, de crédit-bail et des frais de fonctionnement de l'immeuble à décaisser durant dix-huit mois ; le coefficient de 1,5 retenu pour l'estimation des pertes, correspondant à cette durée d'un an et demi, est précis et justifié ;
- il est démontré que des discussions très avancées ont été engagées dès décembre 2015 avec le futur preneur devenu sous-locataire dans le courant de l'année 2017, ce qui rendait probable la sous-location à échéance de dix-huit mois ; contrairement à ce que soutient l'administration, le lien direct entre le crédit-bail et l'absence de sous-location est établi ;
- le manquement délibéré ayant justifié l'application de la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas établi par l'administration, dès lors que s'agissant de l'inscription en charges des provisions litigieuses, elle n'a fait que suivre les préconisations du commissaire aux comptes et mettre en œuvre les règles applicables en la matière revêtent un caractère particulièrement technique.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 octobre 2022 et 14 décembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,
- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,
- et les observations de Me Bourgeois représentant la SCI La Cathédrale.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) La Cathédrale, qui a été créée en novembre 2012 par la SAS Compagnie Foncière Métropolitaine et Compagnie française d'investissement immobilier (CFM-CFII) à hauteur de 50%, M. A (à hauteur de 25 %) et M. B (à hauteur de 25 %), a racheté en février 2013 un crédit-bail sur un bien immobilier situé à Courbevoie afin d'exercer l'activité de sous-location de locaux commerciaux. Elle a fait l'objet en 2016 d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle l'administration a notamment remis en cause, d'une part, la déduction, opérée par la SCI sur son résultat de l'exercice clos en 2015, de provisions d'un montant de 1 974 852 euros et de 539 785 euros correspondant, à la suite de la défaillance de son sous-locataire, respectivement, aux frais résultant des redevances dues à ses crédits-bailleurs ainsi qu'aux frais de fonctionnement sans locataire et, d'autre part, la comptabilisation en charges des soldes débiteurs des comptes courants d'associés de deux de ses associés. Les rehaussements de bases imposables à l'impôt sur les sociétés ont été portés à la connaissance de la SCI parallèlement à des rappels en matière de taxe sur la valeur ajoutée par une proposition de rectification du 25 novembre 2016, confirmée le 14 mars 2017 par une réponse aux observations du contribuable présentées le 26 janvier 2017. A la suite de la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration a informé la société qu'elle se rangeait à l'avis rendu par celle-ci le 26 avril 2018 et que seules les rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2015 étaient maintenues. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales en résultant, assorties de l'intérêt de retard et de la majoration de 40 % prévue par le a) de l'article 1729 du code général des impôts, ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2018 pour un montant de 1 365 209 euros. La SCI La Cathédrale relève appel du jugement du tribunal administratif d'Orléans du 27 janvier 2022 qui a rejeté sa demande tendant à la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'année 2015.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". L'article 39 du même code dispose : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice (). Les provisions pour pertes afférentes à des opérations en cours à la clôture d'un exercice ne sont déductibles des résultats de cet exercice qu'à concurrence de la perte qui est égale à l'excédent du coût de revient des travaux exécutés à la clôture du même exercice sur le prix de vente de ces travaux compte tenu des révisions contractuelles certaines à cette date () ". Aux termes de l'article R. 123-179 du code de commerce : " () Les risques et charges, nettement précisés quant à leur objet, que des événements survenus ou en cours rendent probables, entraînent la constitution de provisions () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. Il appartient au contribuable de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire de son bénéfice net que du principe même de leur déductibilité.
4. Pour contester la remise en cause de la déductibilité des deux provisions pour risque et charge en litige, au titre de l'exercice clos en 2015, la SCI La Cathédrale soutient qu'elles constituent des provisions pour pertes déductibles de son bénéficie pour faire face à la vacance des locaux qu'elle sous-loue dans l'immeuble Le Cristallin à Courbevoie, en raison de la défaillance de son sous-locataire initial. Pour justifier le rattachement à l'exercice 2015 des provisions constituées, la société requérante produit deux lettres émanant de la société Com En Coop, éventuel nouveau preneur, en date des 16 décembre 2015 et 7 mars 2016. Toutefois, ces courriers précisent que " cette lettre d'intérêt ne constitue pas une promesse ferme et définitive de prendre à bail les locaux " et font état de conditions suspensives, le bail de sous-location n'ayant été conclu qu'en juin 2016. Dès lors, en l'absence d'engagement contracté au cours de l'exercice 2015, la SCI La Cathédrale ne justifie pas qu'un évènement à l'origine des provisions était en cours à la date de clôture de l'exercice. Ainsi, les charges présentées comme des pertes d'exploitation ne correspondent pas à des risques se rattachant au contrat de crédit-bail, mais en réalité à la certitude d'un défaut de perception de loyer, connue uniquement à partir de la conclusion du bail en juin 2016. La circonstance alléguée par la société requérante qu'elle a inscrit en charge les provisions litigieuses conformément aux prescriptions du commissaire aux comptes de la société CFM-CFII et à l'avis, dépourvu de force obligatoire, rendu par la commission des études comptables de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes en juin 1999, reste sans incidence. Dans ces conditions, les sommes en litige correspondant à des charges courantes se rattachant à la période du 1er juin 2016 au 30 juin 2017 en vertu du bail conclu en juin 2016, ne pouvaient se voir reconnaitre le caractère de provisions pour pertes. Par conséquent et dès lors qu'aucun évènement survenu durant l'année 2015 ne saurait être analysé comme rendant probable la charge qu'elle a entendu provisionner, c'est à bon droit, pour ce seul motif, que l'administration a remis en cause les provisions déclarées et réintégré leurs montants dans les résultats de l'exercice 2015.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
6. Si la société requérante invoque, sans au demeurant se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, la doctrine publiée sous la référence BOI-BIC-PROV-20-10-20-10 (n° 190) du 17 décembre 2013, celle-ci ne comporte, en tout état de cause, aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent arrêt.
Sur le bien-fondé des pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir le caractère délibéré du manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
8. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rehaussements portant sur l'impôt sur les sociétés, l'administration a retenu d'une part, que les provisions litigieuses passées en charge au titre du premier exercice bénéficiaire de la société lui avaient permis de réduire de manière très significative l'imposition dont elle était redevable, et d'autre part, qu'elle ne pouvait ignorer l'obligation qui était la sienne de disposer des justificatifs de ses frais. La société requérante se borne à invoquer la défaillance de son sous-locataire, par elle-même, sans incidence sur l'appréciation du caractère conscient de son comportement et à se prévaloir, en tant que néophyte, des conseils du commissaire aux comptes de la société CFM-CFII, dont l'attestation est postérieure à la date de souscription de sa déclaration, ainsi que de la complexité des règles comptables à appliquer. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention délibérée de la société d'éluder tout ou partie de l'impôt dont elle était redevable.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI La Cathédrale n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SCI La Cathédrale est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI La Cathédrale et au ministre de l'économie des finances et de l'industrie.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Danielian, présidente,
M. de Miguel, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
F-X de MiguelLa présidente,
I. Danielian
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026