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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00714

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00714

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00714
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRABBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les arrêtés du garde des sceaux, ministre de la justice des 23 juin 2020, prolongeant son stage du 2 juillet 2020 au 1er octobre 2020, et 22 octobre 2020 prolongeant son stage du 2 octobre au 1er novembre 2020, puis du 2 novembre 2020 au 1er avril 2021.

Par un jugement n° 2007947 du 24 janvier 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 mars 2022 et 19 janvier 2024, Mme B, représentée par Me Rabbé, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du garde des sceaux, ministre de la justice des 23 juin 2020, prolongeant son stage du 2 juillet 2020 au 1er octobre 2020, et 22 octobre 2020 prolongeant son stage du 2 octobre au 1er novembre 2020, puis du 2 novembre 2020 au 1er avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de la titulariser dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire au grade de lieutenant avec effet au 2 juillet 2020 et de reconstituer sa carrière en conséquence, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 4 550 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés ont été signés par un agent incompétent ; le supérieur de la signataire des arrêtés ne pouvait pas lui déléguer la signature du ministre ; il n'est d'ailleurs pas établi que le délégataire avait lui-même reçu délégation du ministre ; aucun document ne permet d'établir que les arrêtés litigieux entraient dans les attributions de la signataire ; les arrêtés contestés ne pouvaient être signés électroniquement qu'à la condition d'utiliser un procédé qui assure leur intégrité, en vertu de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ; les rapports d'évaluation du chef d'établissement sont rédigés en des termes généraux et ne sont étayés d'aucune preuve ; le grief principal, tenant à son absence de respect vis-à-vis de sa hiérarchie, n'est corroboré par aucune pièce ou témoignage ; le second rapport d'évaluation est fondé principalement sur la plainte qu'elle a déposée à l'encontre de sa supérieure pour harcèlement moral ; ces mauvaises appréciations proviennent principalement de sa supérieure hiérarchique directe qui la harcelait ; au contraire, ses états de services, dont de nombreuses lettres de félicitations, justifiaient de la titulariser dès la fin de son stage initial d'un an ;

- les arrêtés contestés méconnaissent les dispositions de l'article 6 ter A de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1984 dès lors que les prolongations de son stage ont été motivées par la plainte qu'elle a déposée pour harcèlement moral ; sa supérieure a d'ailleurs été condamnée à un an de prison avec sursis et 5 000 euros pour préjudice moral ; le tribunal a omis de répondre à ce moyen.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le décret n° 2008-689 du 9 juillet 2008 ;

- l'arrêté du 30 juin 2015 fixant l'organisation en bureaux de la direction de l'administration pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, lieutenant pénitentiaire stagiaire, a été affectée pour son année de stage à la maison d'arrêt du Val-d'Oise à Osny à compter du 1er juillet 2019. Par un arrêté du 23 juin 2020 du garde des sceaux, ministre de la justice, son stage a été prolongé du 2 juillet 2020 au 1er octobre 2020. Par deux arrêtés du 22 octobre 2020, son stage a été prolongé du 2 octobre au 1er novembre 2020, puis du 2 novembre 2020 au 1er avril 2021 et elle a été affectée à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy dans les Yvelines. Elle a finalement été titularisée dans le grade de lieutenant pénitentiaire par un arrêté du 12 mars 2021 prenant effet le 2 avril 2021. Mme B fait appel du jugement du 24 janvier 2022 du tribunal administratif de Versailles qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation des trois arrêtés du 23 juin 2020 et du 22 octobre 2020 portant prolongation de stage.

Sur la régularité du jugement :

2. Dans son mémoire en réplique du 4 janvier 2022, Mme B soutenait devant les premiers juges que les arrêtés litigieux avaient été édictés en méconnaissance des dispositions de l'article 6 ter A de la loi n°83-634 du 10 juillet 1983 dès lors qu'ils se fondaient principalement sur la circonstance qu'elle venait de dénoncer le harcèlement moral qu'elle subissait. Il ressort des visas et des motifs du jugement attaqué que le tribunal a analysé ce moyen comme un moyen tiré du détournement de pouvoir et y a répondu au point 5 du jugement attaqué. Ce faisant, ils se sont mépris sur le moyen dont ils étaient saisis et n'ont pas expressément répondu au moyen soulevé par Mme B, qui n'était pas inopérant. Par suite, il y a lieu d'annuler le jugement attaqué et de se prononcer, immédiatement, par la voie de l'évocation, sur la demande présentée par Mme B devant le tribunal administratif de Versailles.

Sur la légalité des arrêtés litigieux :

En ce qui concerne l'arrêté du 23 juin 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 9 juillet 2008 relatif à l'organisation du ministère de la justice : " L'administration centrale du ministère de la justice comprend, outre le bureau du cabinet et le porte-parole du ministère : () - la direction de l'administration pénitentiaire ; () ". Aux termes de l'article 20 de l'arrêté du 30 juin 2015 fixant l'organisation en bureaux de la direction de l'administration pénitentiaire : " La sous-direction des ressources humaines et des relations sociales comprend un pôle et cinq bureaux : () - le bureau de la gestion des personnels et de l'encadrement ; () ". Enfin, aux termes de l'article 25 du même arrêté : " Le bureau de la gestion des personnels et de l'encadrement : - gère la carrière et l'avancement des corps pénitentiaires et en organise les commissions administratives paritaires ; - après avis des commissions administratives paritaires compétentes, procède aux mouvements et aux affectations des personnels des catégories B et C de ces corps, sous-réserve de compétences déléguées ; () ".

4. Par un arrêté de délégation du 17 janvier 2019, publié au Journal officiel du 19 janvier 2019, le directeur de l'administration pénitentiaire a donné délégation, au nom du ministre de la justice, à Mme A, adjointe au chef de bureau de la gestion des personnels au ministère de la justice, " à l'effet de signer, au nom de la garde des sceaux, ministre de la justice, les bons de commandes et les états de frais, et dans la limite de leurs attributions, tous actes, arrêtés et décisions,() ", dont font partie les arrêtés portant prolongation de stage et changement d'affectation d'un officier pénitentiaire stagiaire. En outre, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été signé de manière manuscrite. Dès lors, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 25 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Les agents recrutés en application du 1° de l'article 23 sont nommés élèves lieutenants. Ils suivent une formation, pour partie à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire, dont le programme et les modalités sont fixés par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice () ". Aux termes de l'article 26 du même décret : " () Les élèves dont la scolarité n'a pas donné satisfaction sont soit autorisés à prolonger leur scolarité, soit licenciés, soit, s'ils avaient la qualité de fonctionnaire, réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine. L'autorisation de prolongation de la scolarité ne peut être accordée qu'une fois ". Aux termes de l'article 29 du même décret : " Le stage dure un an. Les stagiaires dont le stage a été jugé satisfaisant sont titularisés et classés selon les modalités prévues par le chapitre IV du présent titre. Ceux qui ne sont pas titularisés à l'issue du stage peuvent être autorisés à accomplir un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Les stagiaires qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire ou dont le stage n'a pas donné satisfaction sont soit licenciés s'ils n'avaient pas la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'évaluation transmis au ministre le 20 mai 2020 par le chef d'établissement de la maison d'arrêt du Val-d'Oise, que bien que Mme B dispose de " réelles capacités et compétences ", elle rencontrait plusieurs difficultés de nature relationnelle, ayant donné lieu à des entretiens de recadrage avec sa direction. Le rapport fait ainsi état, d'une part, d'une tendance à s'opposer à sa hiérarchie, dont la cheffe de la détention, et à manquer de loyauté envers elle, ainsi que, d'autre part, des difficultés à communiquer dans un langage adapté aux tiers et à ses subordonnés. Or, s'agissant de ses relations avec sa supérieure hiérarchique, il ressort des pièces du dossier, notamment des motifs d'un jugement du tribunal correctionnel de Cergy-Pontoise produit pour la première fois en appel, que sa supérieure directe a été condamnée à un an de prison avec sursis et 5 000 euros d'indemnité au titre du préjudice moral pour des faits de harcèlement moral commis sur Mme B. A cette occasion, le juge pénal a retenu dans les motifs de son jugement plusieurs propos et courriels inappropriés, l'interdiction arbitraire faite à Mme B d'aller dans la partie " détention " de la maison d'arrêt alors que ses missions l'y destinaient et la remise en cause, inhabituelle, d'une décision de Mme B de placer un détenu en quartier disciplinaire. Au vu de ces éléments, l'opposition de Mme B à sa hiérarchie directe, qui fondait une partie de son évaluation, ne pouvait pas justifier la prolongation de son stage. Toutefois, les difficultés relationnelles de Mme B ne sont pas toutes en lien avec cette situation de harcèlement moral. En effet, il ressort des pièces du dossier que les relations qu'entretenait Mme B avec les autres personnels de direction et avec les autres agents étaient complexes et qu'elle pouvait avoir une attitude et un ton inappropriés, voire agressifs. Divers incidents de cet ordre sont ainsi relatés en annexe du rapport du 28 septembre 2020 du chef d'établissement de la maison d'arrêt et concordent avec les témoignages de plusieurs membres de la direction de la maison d'arrêt pendant la procédure pénale qui attestent, par exemple, que Mme B avait des " difficultés de communication auprès de sa hiérarchie, des surveillants et des détenus " ou qu'il " était difficile de communiquer avec elle ". En outre, les tensions avec ses supérieurs et les autres agents étaient déjà relevés dans ses fiches de notation en 2013 et 2016, en qualité de surveillante pénitentiaire, ainsi que dans les premières évaluations menées lors de sa scolarité à l'école nationale de l'administration pénitentiaire en 2018. Mme B fait valoir plusieurs lettres de félicitations officielles versées dans son dossier en 2010, 2016, 2017, 2019, 2020 et 2021. S'il est constant que ces documents louent son " implication ", sa " disponibilité ", son " investissement indéfectible ", ils ne permettent pas de remettre en cause les divers témoignages concordants versés au dossier et faisant état de ses difficultés à entretenir des relations apaisées avec ses collègues. Compte tenu de ces témoignages concordants, provenant d'agents de divers grades occupant diverses fonctions sur une longue période, et eu égard aux exigences particulières attendues d'un lieutenant pénitentiaire, le ministre de la justice n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en prolongeant le stage de Mme B de trois mois dans son arrêté du 23 juin 2020.

7. En troisième lieu, si Mme B soutient que la prolongation de stage dont elle a fait l'objet est principalement fondée sur la dénonciation du harcèlement moral dont elle a fait l'objet, en méconnaissance des dispositions de l'article 6 ter A de la loi du 10 juillet 1983 susvisée, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'a déposé plainte pour ces faits que le 15 septembre 2020, postérieurement à l'arrêté du 23 juin 2020 litigieux. Son moyen ne peut donc qu'être écarté s'agissant de cet arrêté.

En ce qui concerne les arrêtés du 22 octobre 2020 :

8. Aux termes de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, aux autorités judiciaires ou administratives de faits constitutifs d'un délit, d'un crime ou susceptibles d'être qualifiés de conflit d'intérêts au sens du I de l'article 25 bis dont il aurait eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions.() Toute disposition ou tout acte contraire est nul de plein droit. () En cas de litige relatif à l'application quatre premiers alinéas, dès lors que la personne présente des éléments de fait qui permettent de présumer qu'elle a relaté ou témoigné de bonne foi de faits constitutifs d'un délit, d'un crime, d'une situation de conflit d'intérêts ou d'un signalement constitutif d'une alerte au sens de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 précitée, il incombe à la partie défenderesse, au vu des éléments, de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à la déclaration ou au témoignage de l'intéressé. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la supérieure directe de Mme B a été condamnée pour des faits de harcèlement moral à son encontre par le tribunal correctionnel de Cergy-Pontoise le 24 mai 2023. Mme B a porté plainte contre elle le 15 septembre 2020 et en a fait état auprès du chef d'établissement de la maison d'arrêt dès le 17 septembre. Dans son rapport d'évaluation, rédigé le 28 septembre 2020, ce chef d'établissement réitère ses reproches sur le comportement de Mme B vis-à-vis de sa hiérarchie et ajoute, au sujet de la plainte, que " pis, elle vient nous informer () d'un dépôt de plainte à l'encontre de la direction ". Sur ce point, le chef d'établissement insiste, à la fin de son rapport, sur ce dépôt de plainte qui " vient quant à lui jeter l'opprobre à l'égard d'une direction bienveillante et à la démarche participative ", confirmant ainsi, selon lui, les griefs qu'il formulait déjà dans son précédent rapport. Il ressort de l'ensemble de ces mentions que cette plainte a été un élément déterminant dans l'évaluation de Mme B et dans la proposition faite par le chef d'établissement, suivie par le ministre, de prolonger à nouveau son stage et de la changer d'affectation. Dans ces conditions et alors, en plus, que Mme B a été titularisée le 2 avril 2021, ayant manifestement donné satisfaction après avoir changé d'affectation, les arrêtés du 22 octobre 2020 sont fondés principalement sur les faits de harcèlement moral dont Mme B a fait état auprès de l'autorité judiciaire et sont, pour ce motif, entachés d'illégalité.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que Mme B est fondée à demander l'annulation des deux arrêtés du 22 octobre 2020 en tant qu'ils prolongent son stage.

Sur le surplus des conclusions :

11. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent arrêt, il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt, de prononcer la titularisation de Mme B dans le grade de lieutenant pénitentiaire à compter du 2 octobre 2020, et de prendre toutes les mesures, notamment à caractère pécuniaire et de reconstitution de carrière, qu'implique la prise en compte de cette date de titularisation en lieu et place de celle du 2 avril 2021. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2007947 du 24 janvier 2022 du tribunal administratif de Versailles est annulé.

Article 2 : Les arrêtés du 22 octobre 2020 en tant qu'ils portent prolongation de stage de Mme B sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de prononcer la titularisation de Mme B dans le grade de lieutenant pénitentiaire à compter du 2 octobre 2020 et de prendre toutes les mesures, notamment à caractère pécuniaire et de reconstitution de carrière, qu'implique la prise en compte de cette date de titularisation en lieu et place de celle du 2 avril 2021, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 4 : L'État versera à Mme B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la demande de Mme B devant le tribunal administratif de Versailles, ainsi que le surplus de ses conclusions en appel sont rejetés.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE00714 2

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