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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00940

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00940

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00940
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DELPEYROUX ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée (SARL) Beach House a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016, ainsi que de la pénalité pour retard de paiement de 5 % correspondante.

Par un jugement n° 1812625 du 8 mars 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, la SARL Beach House, représentée par Me Devillieres, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- les premiers juges ont estimé qu'elle était imposable sur une somme de 50 000 euros, en vertu des dispositions de l'article 216 du code général des impôts ; or, elle a été imposée sur une base de 119 921 euros ; la base de l'impôt sur les sociétés qui lui est réclamé doit donc être réduit de 69 921 euros ;

- elle a cédé des titres à la société Valois qui a été mise en liquidation judiciaire en 2018, entraînant l'annulation de la vente avec effet rétroactif ; puisque la vente intervenue en 2016 est réputée n'avoir jamais eu lieu, elle ne peut être taxée à raison de la plus-value issue de cette cession ; en confirmant l'analyse de l'administration, les premiers juges ont commis une erreur de droit et une erreur dans l'analyse des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Beach House, qui a une activité de holding, a cédé, le 14 janvier 2016, à la société anonyme (SA) Valois Group les 66 actions qu'elle détenait dans la société par actions simplifiée (SAS) Cream, pour un montant de 1 000 000,32 euros. Faute pour la SARL Beach House de s'être acquittée de l'impôt sur les sociétés dû, notamment, à raison de la plus-value de cession, au titre de l'exercice clos en 2016, l'administration a émis à son encontre un avis de mise en recouvrement correspondant à l'impôt dû. La SARL Beach House fait appel du jugement du 8 mars 2022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui a rejeté sa demande de décharge de cette imposition.

Sur la régularité du jugement :

2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative dispose que : " Les jugements sont motivés ".

3. Si la société requérante soutient que le jugement attaqué est insuffisamment motivé, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes de nature à en apprécier le bien-fondé, alors que les premiers juges ont indiqué, dans les motifs du jugement attaqué, notamment au point 6, les textes applicables et les faits fondant leur analyse, qu'ils ont détaillés. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". La cession de titres d'une société doit être regardée comme réalisée à la date à laquelle cette vente devient parfaite, le cas échéant, après réalisation de la condition suspensive dont cette vente est assortie.

5. Il résulte de l'instruction que dans le cadre d'un protocole d'accord multipartite du 14 janvier 2016, la SARL Beach House a cédé à la SA Valois Group les 66 actions qu'elle possédait dans la SAS Cream. Il ressort du point 3.3.1 de ce protocole que le transfert de propriété de ces actions interviendrait le jour même, sous réserve de l'accomplissement de certaines opérations détaillées dans la partie 3.3.3 du protocole. Ces opérations consistaient, pour la SA Valois Group, au paiement du prix par " inscription dans ses livres d'une créance en compte courant " et, pour la SARL Beach House, en la preuve de l'ordre de mouvement des titres. La SARL Beach House ne justifie ni même n'allègue que ces formalités n'ont pas été effectuées en 2016. En outre, le point 3.3.2 du protocole précise que le prix de la cession s'élève à 1 000 000,32 euros et que " les parties conviennent de ne pas réévaluer ni modifier le prix par action qui a été déterminé ". En conséquence, dès le 14 janvier 2016, la vente des titres était parfaite, les deux parties étant d'accord sur la chose et le prix. La plus-value issue de cette cession devait donc être rattachée aux résultats de l'exercice clos en 2016, ainsi que l'a d'ailleurs correctement déclaré la société dans sa liasse fiscale relative à cet exercice. La circonstance que la société acheteuse ait été placée en liquidation judiciaire le 17 mai 2018, très postérieurement à la cession en litige, et que la vente aurait ainsi été annulée avec effet rétroactif, ce qui n'est d'ailleurs pas établi par les pièces du dossier, n'a aucune incidence sur cette analyse. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir qu'aucune imposition n'était due en 2016 à raison de cette plus-value.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 219 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. () Le taux normal de l'impôt est fixé à 33,1/3 %. / Toutefois : () a quinquies. Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2006, le montant net des plus-values à long terme afférentes à des titres de participation fait l'objet d'une imposition séparée au taux de 8 %. Ce taux est fixé à 0 % pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2007. / Une quote-part de frais et charges égale à 12 % du montant brut des plus-values de cession est prise en compte pour la détermination du résultat imposable. / Les titres de participation mentionnés au premier alinéa sont les titres de participation revêtant ce caractère sur le plan comptable, les actions acquises en exécution d'une offre publique d'achat ou d'échange par l'entreprise qui en est l'initiatrice et les titres ouvrant droit au régime des sociétés mères si ces actions ou titres sont inscrits en comptabilité au compte titres de participation ou à une subdivision spéciale d'un autre compte du bilan correspondant à leur qualification comptable, à l'exception des titres des sociétés à prépondérance immobilière définis au troisième alinéa du a. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 145 du code général des impôts : " 1. Le régime fiscal des sociétés mères, tel qu'il est défini à l'article 216, est applicable aux sociétés et autres organismes soumis à l'impôt sur les sociétés au taux normal qui détiennent des participations () ". Aux termes de l'article 216 du même code : " I. Les produits nets des participations, ouvrant droit à l'application du régime des sociétés mères et visées à l'article 145, touchés au cours d'un exercice par une société mère, peuvent être retranchés du bénéfice net total de celle-ci, défalcation faite d'une quote-part de frais et charges. / La quote-part de frais et charges visée au premier alinéa est fixée uniformément à 5 % du produit total des participations, crédit d'impôt compris. / () ". Au sens de ces dispositions, les produits nets de participation doivent trouver leur origine dans les résultats que dégagent les filiales et dont le versement à leur société mère procède des droits attachés aux participations de celle-ci dans ces filiales.

8. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il vient d'être dit, que la SARL Beach House a vendu les titres de la SAS Cream, dont le prix d'acquisition s'élevait à 660 euros, pour un montant de 1 000 000,32 euros, générant une plus-value de 999 340 euros. Si la société s'appuie sur le point 6 du jugement, qui fait mention du régime des sociétés mères-filles pour se prévaloir d'une taxation limitée au montant de 5% de la plus-value, les dispositions des articles 145 et 216 ne concernent que les revenus provenant de l'activité des filiales, et non le produit issu de la cession des titres de cette filiale comme en l'espèce. Par suite, et dès lors qu'il est constant que la plus-value litigieuse répondait, en revanche, aux conditions pour être éligible au régime des plus-values à long terme, c'est à bon droit que la plus-value en litige a été taxée à un taux de 0 % avec la prise en compte, dans le résultat imposable de l'exercice clos en 2016, d'une quote-part de frais et charges égale à 12 % du montant brut de cette plus-value, soit 119 921 euros, et non de 50 000 euros ainsi que le réclame la société requérante en appel.

9. Il résulte de ce qui précède que la SARL Beach n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande de décharge.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SARL Beach House est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL Beach House et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE00940

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