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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01011

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01011

mardi 12 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01011
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GARCIA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a obligé à remettre son passeport à la préfecture des Hauts-de-Seine ainsi que de s'y présenter tous les mardis.

Par un jugement n° 2108387 du 31 mars 2022, le tribunal administratif de

Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 19 mai 2022, M. B, représenté par Me Garcia, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement attaqué est irrégulier en ce que le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des lois ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le principe de non-rétroactivité des lois dès lors que le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions entrées en vigueur le 1er mai 2021 ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet ayant tenu compte d'éléments antérieurs à la délivrance du titre de séjour dont le renouvellement était demandé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet ne pouvait indiquer qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant bolivien, né le 1er septembre 1972 à Oruro (Bolivie), qui a déclaré être entré en France en 2004, a sollicité le 17 décembre 2020 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 20 mai 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a obligé à remettre son passeport à la préfecture des

Hauts-de-Seine ainsi que de s'y présenter tous les mardis. M. B fait appel du jugement du 31 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Si M. B soutient que le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des lois soulevés à l'encontre de l'arrêté du 20 mai 2021, le tribunal administratif a toutefois répondu à ce moyen aux points 12. et 13. du jugement attaqué. Il n'a donc pas omis d'y répondre, et le moyen tiré de cette prétendue omission doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, il y a lieu de rejeter par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juges les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, l'autorité saisie d'une demande de titre de séjour est tenue d'appliquer les dispositions législatives et réglementaires en vigueur à la date à laquelle elle statue, et non à la date de la demande. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, légalement, appliquer les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date à laquelle il a statué soit le 20 mai 2021 et pouvait donc lui opposer les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du séjour entrées en vigueur le 1er mai 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des lois doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 18 mars 2013 par le tribunal correctionnel de Paris à cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et conduite d'un véhicule sans permis ", le 7 mai 2015 par la chambre des appels correctionnels de Paris à deux ans d'emprisonnement avec sursis d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits d'" agression sexuelle sur un mineur de quinze ans par ascendant ou personne ayant autorité ", le 26 mai 2015 par le tribunal correctionnel de Paris à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de " récidive de conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ", le 3 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Paris à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", le 11 juillet 2016 par le tribunal correctionnel de Nanterre à deux mois d'emprisonnement pour des faits de " conduite d'un véhicule à moteur malgré l'interdiction d'obtenir la délivrance d'un permis de conduire ", le 16 juillet 2018 par le tribunal correctionnel de Paris à cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour " récidive de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire " et le 21 septembre 2018 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de " récidive de conduite sans permis ". En tenant compte de l'ensemble de ces condamnations, y compris celles intervenues avant la délivrance du titre de séjour initial dont le renouvellement était sollicité, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit, contrairement à ce que soutient le requérant, l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comportant aucune limitation sur ce point. Par ailleurs, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public doit également être écarté au vu des nombreuses condamnations pénales précédemment relevées.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B fait valoir qu'il réside en France de manière continue depuis 2004, soit dix-sept ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'il y a le centre de ses intérêts personnels et qu'il est le gérant d'une société de travaux et de décoration. Toutefois, il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses deux enfants majeurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. S'agissant de son insertion professionnelle, il indique être le gérant d'une société de travaux et produit en ce sens un extrait Kbis de la société, ses bilans au titre des exercices clos en 2015 à 2018 ainsi que des avis d'imposition, une attestation postérieure à l'arrêté d'une personne indiquant travailler avec M. B depuis six ans, une attestation d'un cabinet

d'expert-comptable aux termes de laquelle il aurait perçu une rémunération de 10 000 euros pour la période entre janvier et mai 2018 ainsi que des relevés bancaires d'octobre à décembre 2021 mentionnant des rémunérations de 2 200 euros mensuels. Par ces seuls éléments, le requérant ne justifie pas d'une violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale et donc des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de l'objectif poursuivi par l'arrêté au vu des multiples condamnations pénales dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il y a lieu de rejeter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'établissant pas que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une illégalité, il n'est pas fondé à soutenir que celle portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7. que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Si M. B soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne pouvait pas indiquer qu'il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, en l'absence de tout élément probant quant aux risques encourus, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. L'autorité compétente doit, pour fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a pris en compte l'ensemble des quatre critères qu'il devait prendre en compte pour motiver le délai de l'interdiction de retour sur le territoire français à savoir la durée de sa présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens sur le territoire et la menace qu'il représente pour l'ordre public, sans qu'il soit obligé de mentionner de manière explicite que le requérant n'avait pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en l'absence d'une telle décision. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de quitter le territoire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une illégalité, il n'est pas fondé à soutenir que celle portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision.

18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9. que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 12 juillet 2022.

Le président de la 3ème chambre,

Patrick Bresse

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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