mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE01145 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B C épouse A et M. D A ont demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les arrêtés du 1er février 2022 par lesquels la préfète d'Indre-et-Loire leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de leur reconduite et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans.
Par un jugement nos 2200550 et 2200551 en date du 13 avril 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme C épouse A et M. A, représentés par Me Rouillé-Mirza, avocate, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les arrêtés contestés ;
3°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de leur délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions portant refus de titre de séjour sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire n'ont pas pris en compte l'intérêt supérieur de leurs enfants nés et scolarisés en France, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles portent une atteinte excessive à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions fixant le pays de destination sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme C épouse A et M. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 18 juillet 2022 et du 13 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme C épouse A et M. A, ressortissants kosovars respectivement nés le 5 septembre 1987 et le 3 juillet 1986, entrés en France le 20 octobre 2012 selon leurs déclarations, ont présenté des demandes d'asile le 21 octobre 2012, placées sous procédure " Dublin ". Ils se sont soustraits à leur transfert aux autorités hongroises et ont été déclarés en fuite. La période de responsabilité de la Hongrie ayant pris fin et la France étant devenue responsable de l'examen de leurs demandes d'asile, celles-ci ont été enregistrées le 4 août 2014 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 30 juin 2017 par le directeur général de l'OFPRA, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 20 avril 2021. Entre-temps, le 9 février 2013, M. A avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif médical, demande rejetée le 27 mars 2013 par une décision de refus de titre assortie d'une obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutée. Par la suite, M. et Mme A ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour le 2 septembre 2019 au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A, qui a pu travailler à la faveur de son récépissé, a complété sa demande de titre de séjour par une demande d'admission exceptionnelle en qualité de salarié. Par deux arrêtés du 1er février 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté ces demandes, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de leur reconduite et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans. M. et Mme A relèvent appel du jugement du 13 avril 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans, après avoir joint leurs demandes d'annulation de ces arrêtés, les a rejetées.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A se sont soustraits à leur transfert vers la Hongrie, qu'ils ont été déclarés en fuite et ont attendu que la France devienne responsable de l'examen de leurs demandes d'asile pour se manifester de nouveau auprès des autorités chargées de l'asile, que M. A n'a pas exécuté la décision lui faisant obligation de quitter le territoire prise entre-temps à son encontre le 27 mars 2013. Ces circonstances et les délais d'instruction de leurs demandes d'asile leur ont permis de se maintenir en France durant presque dix ans, leurs conditions de séjour ne leur donnaient pas vocation à demeurer en France en cas de rejet de leurs demandes d'asile. Par des décisions du 30 juin 2017 du directeur général de l'OFPRA et du 20 avril 2021 de la Cour nationale du droit d'asile, leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Les requérants ne se prévalent pas d'autres attaches familiales que leurs trois enfants nés en 2012, 2014 et 2021. La circonstance que ces enfants soient nés en France et y sont scolarisés pour les deux aînés ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par ailleurs, bien que M. A ait occupé un emploi de mécanicien de véhicules d'entreprise pour la société Eiffage, en contrat de travail à durée déterminée à compter du 16 décembre 2019, puis en contrat à durée indéterminée à compter du 11 septembre 2020, soit deux ans et deux mois à la date de l'arrêté contesté, cet emploi ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa famille. Les requérants ne sont pas imposables, ont sollicité des récépissés pour obtenir le bénéfice d'allocations familiales et ont obtenu l'aide juridictionnelle totale. En outre, M. A a été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis avec suspension de permis de conduire pendant dix mois, pour des faits de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur sous l'emprise d'un état alcoolique, et défaut d'assurance. Eu égard à ces conditions de séjour, alors et à supposer même que la présence en France de M. A ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, en rejetant les demandes d'admission exceptionnelle au séjour présentées par M. et Mme A, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas portée une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Le moyen est donc écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. Les décisions contestées n'ont pas pour effet de séparer M. et Mme A de leurs enfants. Dès lors que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale du couple et de ses trois enfants se poursuive hors de France, l'intérêt supérieur de ces enfants mineurs n'a pas été méconnu.
7. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
8. Si M. et Mme A soutiennent qu'ils encourent un risque de peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo du fait d'une vendetta opposant leur famille à des familles influentes, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir la réalité et l'actualité des risques allégués alors, au demeurant, que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA le 30 juin 2017, rejet confirmé par la CNDA le 20 avril 2021. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées à titre accessoire et ses conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et à M. D A.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Fait à Versailles, le 14 novembre 2023.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026