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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01199

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01199

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01199
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge totale ou partielle des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

Par une ordonnance n° 2105363 du 22 mars 2022, le président de la 8ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai et 7 juillet 2022, B, représentée par Me Barone, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) de prononcer la décharge des impositions mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ordonnance évoque la requête de M. A ; le tribunal a commis une confusion entre deux dossiers ; les dispositions de l'article R. 222-1 ne pouvait trouver à s'appliquer ;

- de ce fait, l'ordonnance n'a pas statué sur les deux moyens de sa requête, à savoir la disproportion manifeste entre le chiffre d'affaires et le montant de la TVA due et le caractère disproportionné du montant des sanctions ;

- pour l'année 2015, l'administration a fondé son calcul sur un chiffre d'affaires de 143 560,14 euros alors que la somme de 4 000 euros du 8 janvier 2015 correspond à la libération du capital et la somme de 54,55 euros du 2 novembre 2015 correspond à une vente de métaux, ces deux opérations n'étant pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- elle exerce une activité de travaux éligible au taux intermédiaire de 10 % en vertu de l'article 279-0 bis du code général des impôts ; la TVA collectée se limite donc à 12 582,33 euros ;

- au vu des factures qu'elle fournit, une somme de 7 630 euros de taxe sur la valeur ajoutée doit être déduite ;

- en conséquence, à l'impôt sur les sociétés, le chiffre d'affaires imposable s'élève à 126 380,49 euros, éligible au taux de 15% ;

- pour l'année 2016, compte tenu du taux de TVA de 10%, la TVA due ne s'élève qu'à 12 995 euros ;

- au vu des factures qu'elle fournit, une somme de 4 855 euros de taxe sur la valeur ajoutée sur les immobilisations et de 11 007 euros sur les autres achats doit être déduite ; il en résulte un crédit de TVA de 2 867 euros ;

- en conséquence, à l'impôt sur les sociétés, le chiffre d'affaires imposable s'élève à 139 310 euros, et, après déduction des charges, le résultat fiscal est déficitaire ;

- les sanctions sont disproportionnées au regard des faits qui lui sont reprochés ;

- des impositions ont été payées à hauteur de 21 500 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée et de 4 860 euros au titre de l'impôt sur les sociétés ; elle sollicite une compensation avec le restant dû, soit une somme de 5 711 euros à imputer sur les pénalités.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,

- et les observations de Me Barone, représentant B.

Considérant ce qui suit :

1. B qui exerce une activité de travaux de menuiserie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour les exercices clos en 2015 et 2016. Du fait de son opposition au contrôle fiscal, et en l'absence de déclaration fiscale déposée, l'administration a reconstitué le chiffre d'affaires de la société pour ces deux exercices et lui a notifié les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les rectifications d'impôt sur les sociétés correspondants selon la procédure d'évaluation d'office. La société fait appel de l'ordonnance du 22 mars 2022 du président de la 8ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui a rejeté sa demande de décharge de ces impositions sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, le vice-président du tribunal administratif de Paris et les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ".

3. Une ordonnance rejetant une requête sur le fondement des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, à la différence d'une ordonnance prise en vertu des dispositions combinées du 4° du même article et de l'article R. 411-1, la rejette comme non fondée et non comme irrecevable. Il s'ensuit qu'il appartient à la cour de se prononcer sur les moyens soulevés en appel qui ne sont pas inopérants.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

4. En premier lieu, la société soutient que le premier juge a confondu deux requêtes et n'a pas examiné la sienne. Toutefois, s'il ressort effectivement des motifs du point 5 de l'ordonnance attaquée, qu'un requérant d'un nom différent est cité, il est manifeste que cette mention constitue une simple erreur de plume dès lors que le nom de B figure bien à l'ensemble des autres visas et motifs de l'ordonnance, que l'ensemble des productions de la société sont bien visées et que les moyens détaillés par l'ordonnance au point 3 correspondent bien aux écritures de B produites devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Dès lors, cette simple erreur de plume est sans incidence sur la régularité de l'ordonnance attaquée.

5. En second lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'ordonnance attaquée, à son point 3, cite expressément l'ensemble des moyens qu'elle soulevait dans ses écritures, y compris celui tiré de la disproportion entre les sommes réclamées et le chiffre d'affaires de la société, et les a considérés, à son point 4, comme inopérants. Par suite, le moyen tiré de l'omission à statuer ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". L'administration fait valoir que la société requérante, qui n'a présenté aucune comptabilité, a été soumise à la procédure d'évaluation d'office du fait de son opposition à contrôle fiscal, procédure dont la société ne conteste pas le bien-fondé. La preuve de l'exagération des impositions incombe donc à la société requérante.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

7. En premier lieu, la société allègue que les encaissements, retenus par l'administration pour calculer le chiffre d'affaires de l'année 2015, comprennent la somme de 4 000 euros du 8 janvier 2015, qui correspond à la libération du capital, et la somme de 54,55 euros du 2 novembre 2015, qui correspond à une vente de métaux, ces deux opérations n'étant pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, en n'apportant, pas plus en appel qu'en première instance, aucune pièce à l'appui de ces allégations, la société ne justifie pas du caractère non imposable de ces sommes.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 279-0 bis du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien autres que ceux mentionnés à l'article 278-0 bis A portant sur des locaux à usage d'habitation, achevés depuis plus de deux ans, à l'exception de la part correspondant à la fourniture d'équipements ménagers ou mobiliers ou à l'acquisition de gros équipements fournis dans le cadre de travaux d'installation ou de remplacement du système de chauffage, des ascenseurs, de l'installation sanitaire ou de système de climatisation dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé du budget. () ".

9. En se bornant à se prévaloir du taux intermédiaire de taxe sur la valeur ajoutée de 10 % sur son activité, en faisant valoir qu'elle " réalise l'ensemble de ses travaux pour des personnes sous mesure de sauvegarde à la demande des tuteurs et/ou des curateurs ", la société n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à justifier l'application de ce taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée aux prestations effectuées. Elle n'est donc pas fondée à demander la réduction des rappels mis à sa charge à ce titre.

10. En troisième lieu, si la société se prévaut de TVA déductible sur des achats d'immobilisations et d'autres achats et charges externes, elle ne fournit ni le détail de ces sommes, ni les factures alléguées et ne justifie pas, en tout état de cause, du respect de l'ensemble des conditions de déduction de la TVA grevant ces charges en vertu des règles figurant aux articles 271 et suivants du code général des impôts.

11. Dans ces conditions, la société n'est pas fondée à demander la décharge ou la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, ni des rehaussements d'impôt sur les sociétés qui en découlent.

Sur les pénalités :

12. La société invoque le caractère disproportionné des sanctions au vu des reproches qui lui sont faits. Toutefois, elle ne donne aucune précision sur la disproportion qu'elle entend invoquer. En outre, elle ne conteste pas, ainsi que le fait valoir l'administration, ne pas avoir tenu de comptabilité, ne pas avoir déposé ses déclarations fiscales, et ce malgré une mise en demeure du 12 juin 2017 et, s'être opposée au contrôle qui était mené. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la demande de compensation :

13. Si la société évoque des impositions qu'elle aurait déjà payées à hauteur de 21 500 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée et de 4 860 euros au titre de l'impôt sur les sociétés, pour lesquelles elle demande une compensation, elle n'assortit pas sa demande des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de ce qui précède que B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le président de la 8ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande de décharge. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE01199 2

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