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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01239

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01239

mercredi 22 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01239
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET LIGNEUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A F et Mme D B ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler les arrêtés du 4 août 2020 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de leur délivrer à chacun un certificat de résident, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de leur éloignement.

Par un jugement n° 2111608, 2112246 du 21 avril 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 24 janvier 2023, M. A F et Mme D C, représentés par Me Ligneul, avocat, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les arrêtés du 4 août 2020 ;

3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les arrêtés du 14 avril 2019 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer à chacun un certificat de résident, les a obligés à quitter le territoire français

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de leur délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F et Mme C soutiennent que :

- les décisions portant refus de séjour sont insuffisamment motivées ;

- il appartenait au préfet de solliciter les autorités algériennes pour requérir des informations sur la disponibilité du traitement de leur fils en Algérie et d'établir cette disponibilité devant les premiers juges ;

- les décisions portant refus de séjour méconnaissent les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Ligneul pour M. F et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. F et Mme B, ressortissants algériens respectivement nés les 10 novembre 1975 et 7 février 1978, ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de leur fils. Par un arrêté du 14 avril 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de leur accorder le titre sollicité et les a obligés à quitter le territoire français. M. F et Mme B ont formé un recours gracieux contre ces décisions et déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Ils relèvent appel du jugement du 21 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy Pontoise a rejeté leur demande tendant à l'annulation des arrêtés du 4 août 2020 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté leur nouvelle demande, les a obligés à quitter le territoire et a fixé le pays de destination de leur éloignement.

2. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour, qui mentionnent que l'état de santé du fils des requérants " nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié " comportent une motivation en fait suffisante au regard du secret couvrant cet état de santé. Le moyen tiré du défaut de motivation en fait de ces décisions doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet, destinataire de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qu'il a produit en première instance, était tenu de solliciter les autorités algériennes préalablement à l'adoption des décisions contestées ou de produire d'autres éléments en première instance de nature à établir la disponibilité du traitement suivi par leurs fils en Algérie.

4. En dernier lieu, la légalité des décisions contestées doit être appréciée à la date à laquelle elle ont été prises. Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'ont pas vocation à régir le droit au séjour des parents d'un enfant mineur dont l'état de santé nécessite une prise en charge dont il ne peut effectivement disposer dans son pays d'origine et dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais seulement celles des demandeurs majeurs remplissant ces conditions. A supposer soulevé le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en omettant de faire usage au profit des requérants de son pouvoir discrétionnaire pour leur délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnants d'un enfant malade mineur, il ressort des pièces du dossier et notamment des comptes rendus médicaux rédigés en 2018 que la pathologie du fils des époux F avait été correctement diagnostiquée en Algérie et que les soins apportés en France sont comparables à ceux qui lui étaient délivrés en Algérie. Notamment, le traitement à la Dépakine était encore administré au fils des requérants en juillet 2020. Ces éléments ne sont pas utilement contredits par les certificats médicaux produits à l'instance par les requérants. En effet, si ceux-ci se prévalent également de la nécessité d'interventions chirurgicales gastriques et orthopédiques et de l'administration d'injection de toxine botulique en amont de ces interventions ainsi que de la prescription de médicaments non disponibles en Algérie, leur préconisation est postérieure à la date des décisions attaquées et résulte de l'évolution de l'état de santé de leur enfant ou d'options médicamenteuses ultérieurement tentées à son égard. Il résulte au demeurant de l'instruction que les interventions chirurgicales précitées ont été repoussées en raison de la fragilité pulmonaire de l'enfant. Dès lors, M. F et Mme B ne sont, en tout état de cause, pas fondés à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de leur délivrer un titre de séjour.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 14 avril 2019, M. F et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leurs demandes. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. F et de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A F, à Mme D B épouse F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 février 2013, à laquelle siégeaient :

M. Albertini, président

M. Mauny, président assesseur,

Mme Villette, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

La rapporteure,

A. ELe président,

P-L. ALBERTINILa greffière,

F. PETIT-GALLAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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