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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01280

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01280

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01280
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL ETHIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par deux instances distinctes, Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans, à titre principal, d'annuler les ordres de reversement du 12 novembre 2018 d'un montant de 4 241,16 euros, du 26 juin 2018 pour des montants de 821,69 euros, 661,35 euros et du 24 mai 2018 d'un montant de 8,66 euros, émis par l'agent comptable du lycée général et technologique Grandmont de Tours ainsi que la décision implicite par laquelle le proviseur du lycée a rejeté son recours gracieux du 23 avril 2019, à titre subsidiaire de réformer ces ordres de reversement, de la décharger des montants de ces créances, et de condamner le lycée à lui verser la somme globale de 5 732,86 euros en réparation de son préjudice.

Par un jugement n° 1901387-2000284 du 23 novembre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, Mme B, représentée par Me Gentilhomme, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) à titre principal, d'annuler les ordres de reversement du 12 novembre 2018 d'un montant de 4 241,16 euros, du 26 juin 2018 pour des montants de 821,69 euros, 661,35 euros et du 24 mai 2018 d'un montant de 8,66 euros, émis par l'agent comptable du lycée général et technologique Grandmont de Tours ou, à titre subsidiaire, de réformer ces ordres de reversement ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le proviseur du lycée a rejeté son recours gracieux du 23 avril 2019 ;

4°) de la décharger du montant des sommes en litige ;

5°) de condamner le lycée d'enseignement général et technologique Grandmont de Tours à lui verser la somme de 5 732,86 euros en réparation du préjudice matériel qu'elle estime avoir subi ;

6°) de mettre à la charge du lycée Grandmont de Tours les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les premiers juges ont omis de répondre aux conclusions de sa demande, formulées à titre subsidiaire, tendant à la condamnation du lycée Grandmont à l'indemniser des préjudices subis du fait des versements de sommes indues ;

- les premiers juges se sont mépris sur la portée de ses conclusions et ont soulevé d'office à tort le moyen tiré de l'absence d'illégalité fautive pour rejeter ses conclusions indemnitaires ;

- le jugement est entaché d'erreur de droit, dès lors que les conclusions indemnitaires étaient fondées sur la responsabilité du lycée Grandmont tenant à l'existence même des trop- versés ;

Sur les ordres de reversement des 12 novembre 2018, 24 mai et 26 juin 2018 :

- les bases de liquidation sont erronées car pour les mois de janvier, février, mars et juin 2018, elles prennent en compte un traitement brut ne correspondant pas à celui indiqué sur les bulletins de salaires ;

- à compter de janvier 2018, les précomptes pour trop-perçus ont été imputés sur ses salaires sans préciser la période correspondante ;

- elles sont également erronées, en l'absence d'indication sur la prise en compte des indemnités journalières de sécurité sociale, versées par le régime général de sécurité sociale à l'employeur, qui devaient lui être reversées dans le cadre de la subrogation ;

Sur les conclusions indemnitaires :

- les versements indus dont le remboursement lui est réclamé, proviennent uniquement de la faute de l'administration à lui avoir versé des sommes supérieures à celles auxquelles elle pouvait prétendre ; ces erreurs ne lui sont pas imputables dès lors qu'elle a toujours déclaré ses arrêts maladie à l'employeur et qu'elle est de bonne foi ; elle a subi un préjudice dont elle demande réparation par la condamnation du lycée à lui verser la somme de 5 732,86 euros.

La requête a été communiquée au lycée Grandmont, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation du lycée Grandmont à indemniser la requérante à hauteur de 5 732,86 euros, en l'absence de demande indemnitaire préalable, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été produites pour Mme B le 18 octobre 2024, et communiquées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 22 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) par le lycée professionnel Victor Laloux à Tours, du 3 novembre 2016 au 15 juillet 2017, puis du 1er septembre 2017 au 31 août 2018. Durant cet engagement, elle a été placée à plusieurs reprises en congé maladie. Par un premier ordre de reversement du 12 novembre 2018, l'agent comptable du lycée Grandmont de Tours, en sa qualité d'établissement mutualisateur, lui a demandé de reverser une somme de 4 241,16 euros, au titre de trop-perçus de traitements perçus sur les périodes de novembre 2017, décembre 2017, mars 2018, avril 2018, mai 2018 et juin 2018. Puis par des ordres de reversement du 24 mai 2018 et du 26 juin 2018, l'agent comptable lui a demandé de reverser respectivement les sommes de 821,69 euros, 661,35 euros et 8,66 euros au titre d'indus de rémunération perçus sur les périodes de janvier et février 2018. Mme B relève appel du jugement du 23 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes.

Sur la régularité du jugement :

2. En premier lieu, si la requérante soutient que le jugement attaqué est entaché d'une omission à statuer, en ce que le tribunal n'aurait pas examiné ses conclusions formulées à titre subsidiaire, tendant à la condamnation du lycée Grandmont à l'indemniser des préjudices subis du fait des versements de sommes indues, les premiers juges ont répondu à ces conclusions au point 12 de leur décision, en précisant qu'en tout état de cause, Mme B n'établissait pas la réalité du préjudice qu'elle aurait subi du fait de la persistance des versements indus. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme B, en rejetant ses conclusions indemnitaires au motif, notamment, que l'administration n'avait commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, les premiers juges n'ont relevé aucun moyen d'office mais se sont bornés à répondre à ses prétentions. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les premiers juges se sont mépris sur la portée de ses conclusions et ont soulevé d'office à tort le moyen tiré de l'absence d'illégalité fautive.

4. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que le tribunal a entaché sa décision d'une erreur de droit, qui se rattache au bien-fondé du raisonnement suivi par les premiers juges, est sans incidence sur la régularité du jugement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions en annulation et en décharge :

5. En premier lieu, Mme B soutient que les bases de liquidation de chaque ordre de reversement sont erronées, dès lors que les traitements bruts pris en compte ne correspondent pas à ceux figurant sur les bulletins de salaires, notamment pour les mois de janvier, février, mai et juin 2018. S'agissant du mois de janvier 2018, si le bulletin de salaire indique un montant de traitement brut de 990,31 euros, il convient d'y ajouter la somme de 8,66 euros d'indemnité différentielle mentionnée sur le même bulletin. Ainsi, l'ordre de reversement du 26 juin 2018 indique un montant de traitement brut de 998,97 euros, comprenant l'indemnité différentielle, dont le recouvrement a fait l'objet de l'ordre de reversement spécifique du 24 mai 2018, et pris en compte dans le calcul figurant sur l'ordre de reversement du 26 juin 2018. En ce qui concerne les mois de mars et juin 2018, il résulte de l'instruction que les différences entre le montant de 1 499,52 euros de traitement brut figurant sur les bulletins de salaires et celui de 999,68 euros indiqué dans l'ordre de reversement du 12 novembre 2018 sont sans incidence sur l'exactitude des montants liquidés, dès lors que le montant d'une journée de travail indûment payée est identique, que le traitement brut de 1 499,52 euros soit rapporté à 151,67 heures correspondant à 30 jours de travail, ou que le traitement brut de 999,68 euros soit rapporté à 101,11 heures, correspondant à 20 jours de travail, quotité de travail effectuée par la requérante, comme l'indiquent au demeurant ses bulletins de paie. Enfin, s'agissant du mois de février 2018, le montant de traitement brut figurant sur l'ordre de reversement est identique à celui porté sur le bulletin de salaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme B les précomptes qui figurent sur les bulletins de salaires à compter de janvier 2018 jusqu'en juin 2018, ont fait l'objet de décomptes annexés à chaque bulletin de salaire, où sont précisées les sommes perçues et les sommes dues, les chiffres qui y sont indiqués correspondent bien à ceux figurant dans les ordres de reversement. Par suite, le moyen tiré de ce que les précomptes pour trop-perçus ont été imputés sur ses salaires sans préciser la période correspondante ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, la requérante fait valoir que les bases de liquidation sont également erronées, dès lors que les ordres de reversement ne mentionnent pas les sommes qui lui ont été versées par le régime général de sécurité sociale au titre des indemnités journalières de sécurité sociale pour lesquelles elle a autorisé son employeur à se subroger à elle, en application de l'article 8 bis du contrat signé le 1er septembre 2017. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment de l'attestation de salaire produite en défense devant les premiers juges corroborée par les bulletins de paie, que l'employeur a demandé d'une part, à être subrogé de novembre 2017 à janvier 2018 et d'autre part, que les indemnités journalières soient versées directement à la salariée à partir du 24 décembre 2017, date dont il n'est pas contesté qu'elle correspond à son passage sans traitement. S'agissant des mois de janvier et février 2018, les bulletins de salaires mentionnent ainsi les indemnités journalières versées directement à la requérante, pour les périodes de ses arrêts de travail du 10 au 22 octobre 2017, du 3 au 10 novembre 2017 du 11 novembre au 10 décembre 2017 et du 11 au 23 décembre 2017. Pour les mois suivants, la requérante a perçu directement les indemnités journalières, puisqu'elle ne percevait plus de traitement. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Au soutien de ses conclusions indemnitaires, Mme B fait valoir que le versement erroné et prolongé de sommes indues, dont il lui est demandé le remboursement, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du lycée Grandmont, son préjudice tant égal aux sommes figurant sur les ordres de reversement.

9. Il résulte toutefois de l'instruction d'une part, que les arrêts de travail successifs de la requérante établis entre le 9 et le 13 de chaque mois concerné ont ensuite été transmis à l'administration à des dates où ces arrêts ne pouvaient plus, compte tenu des délais d'établissement des paies et traitements, élaborés pour le 10 de chaque mois, être pris en compte pour le calcul des traitements du même mois. D'autre part, les ordres de reversement ont été dressés en mai, juin et novembre 2018, soit pour le plus tardif d'entre eux, moins de trois mois après la fin de son engagement et avec un écart de moins d'un an au maximum entre le versement indu et la répétition de cet indu. Au regard des sommes en cause, et alors au demeurant que l'administration dispose en la matière d'un délai légal de répétition de deux années en vertu de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, un tel délai n'est, dès lors, pas excessif. Dans ces conditions, compte tenu de la date limite de clôture mensuelle des opérations de paie et du délai dans lequel les rappels sont intervenus, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité du lycée Grandmont. Par suite, et alors, en tout état de cause, que le préjudice allégué n'est démontré ni dans son principe, ni dans son quantum, les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B, à l'agent comptable du lycée Grandmont de Tours et à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Danielian, présidente,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le rapporteur,

F-X de MiguelLa présidente,

I. DanielianLa greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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