jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE01325 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, pour un montant total de 90 012 euros en droits, pénalités et intérêts de retard.
Par un jugement n° 2002773 du 5 avril 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2022, M. A, représenté par Me Wilner, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Il soutient que :
- la procédure est irrégulière en l'absence d'envoi de la proposition de rectification à son conseil lors du contrôle ; en signant la réponse à la proposition de rectification, son conseil était devenu son mandataire, sans qu'il soit tenu de justifier d'un mandat exprès en vertu de l'article R. 197-4 du livre des procédures fiscales ; une réclamation présentée par le conseil d'un contribuable, même sans mandat exprès, est recevable en vertu de ce même article ; le délai de recours court à compter de la notification régulière de la décision prise sur la réclamation préalable du contribuable, adressée à son domicile ; lorsque le pli n'est pas retiré par le contribuable, l'acte doit être adressé au mandataire ; la proposition de rectification doit être adressée au contribuable ou à la personne désignée par lui à cet effet, comme le prévoit le paragraphe 50 de la doctrine BOFIP-CF-IOR-10-30 ; l'administration a toujours considéré Me Wilner comme son mandataire lors du contrôle et il n'était pas tenu à la production d'un mandat écrit en ce sens ; l'administration était également tenue d'adresser à Me Wilner la proposition de rectification, en l'absence de retrait du pli par ses soins ; la procédure est irrégulière de ce fait, ce qui l'a privé de la possibilité de présenter des observations et de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- à titre subsidiaire, son activité relève de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux puisqu'il s'agit d'une activité commerciale réalisée à titre professionnel ; il est producteur, il recrute les comédiens, loue les décors et prend en charge le financement de l'intégralité de l'organisation, de la gestion et de la commercialisation du produit ; il n'a aucune connaissance technique particulière ; son activité ne relève d'aucun des cas visés à l'article 92 du code général des impôts ;
- à titre infiniment subsidiaire, le taux forfaitaire de charges de 60 % est manifestement insuffisant pour couvrir ses coûts réels ; sa marge ne s'élève qu'à 15 % de son chiffre d'affaires ;
- les manquements déclaratifs relèvent d'une mauvaise compréhension des obligations comptables et déclaratives, mais en aucun cas d'un manquement délibéré de sa part ; il n'avait jamais fait l'objet de redressements de la part de l'administration fiscale ; la majoration de 40 % est infondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité de son activité d'édition et de distribution de vidéos portant sur les exercices clos en 2015 et 2016, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rehaussements, estimant, notamment, que son activité relevait de la catégorie des bénéfices non commerciaux et non de celle des bénéfices industriels et commerciaux ainsi qu'il l'avait déclaré. M. A fait appel du jugement du 5 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à la décharge des suppléments d'imposition ainsi mis à sa charge.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
3. Il ressort des motifs du point 4 du jugement attaqué que les premiers juges, après avoir rappelé les dispositions applicables, ont relevé les faits, précisément détaillés, pour lesquels ils considéraient que le moyen tiré du défaut de notification régulière de la proposition de rectification était infondé. Ils n'étaient pas tenus de répondre à chacun des arguments développés à l'appui de ce moyen, ni de citer l'ensemble des pièces produites par M. A. Par suite, à supposer que M. A ait entendu soulever un moyen tiré de l'irrégularité du jugement, celui-ci ne peut qu'être écarté.
Sur la procédure d'imposition :
4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " l'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de considérer que, sauf stipulation contraire, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte élection de domicile auprès de ce mandataire. Par suite, lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance de l'administration fiscale, celle-ci est en principe tenue d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de la procédure d'imposition. Lorsque le mandataire du contribuable a la qualité d'avocat et que celui-ci déclare que son client a élu domicile à son cabinet, l'administration fiscale est tenue de lui adresser les actes de la procédure d'imposition sans qu'il soit besoin d'exiger la production d'un mandat exprès.
5. Il est constant que la proposition de rectification du 29 août 2018 a été adressée au domicile personnel de M. A, où il exerce son activité professionnelle, et que le pli est revenu au service comme " pli avisé non réclamé ". Or, d'une part, s'il résulte de l'instruction que son avocat, Me Wilner, l'assistait pendant les opérations de contrôle, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A aurait mandaté son avocat pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre ou aurait déclaré élire domicile à son cabinet, ni que Me Wilner aurait fait une déclaration en ce sens à l'administration. Cela ne résulte notamment pas des courriels de l'administration du 11 et 20 juin 2018 ni du courrier du 17 janvier 2019, qui se bornent à constater que Me Wilner était mandaté par M. A pour le représenter pendant le contrôle. L'élection de domicile alléguée ne ressort pas non plus des deux attestations du 21 mai 2018 de Me Wilner qui précisent qu'il représente M. A dans l'exercice de son activité professionnelle. Par suite, et alors que M. A a demandé expressément par écrit le 6 juin 2018 à l'administration que " les courriers et pièces de procédure [lui] soient adressés " à son domicile, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration devait adresser à son avocat la proposition de rectification. D'autre part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 29 août 2018 a été envoyée au domicile de M. A, à l'adresse qu'il avait lui-même indiquée à l'administration, ainsi qu'il vient d'être dit. Le pli a été présenté à son domicile le 1er septembre 2018, ainsi qu'il ressort des mentions portées sur l'avis de réception, M. A étant informé de ce qu'il pouvait récupérer le pli au relais postal " la plume d'or ". Dans ces conditions, la notification de la proposition de rectification à M. A était régulière et l'administration n'était pas tenue de renouveler l'envoi, ni à M. A, ni à son conseil. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition serait irrégulière à raison de l'irrégularité de la notification de la proposition de rectification.
6. Par ailleurs, M. A, qui n'invoque pas, au demeurant, les dispositions de l'article L.80 A du livre des procédures fiscales, ne peut utilement se prévaloir de l'instruction administrative référencée au BOI-CF-IOR-10-30-20140227, laquelle traite de questions relatives à la procédure d'imposition et ne peut être regardée comme comportant une interprétation de la loi fiscale.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
7. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
8. En l'espèce, M. A, qui n'a pas répondu dans le délai de 30 jours à la proposition de rectifications du 29 août 2018, supporte la charge de la preuve de l'exagération de ses bases d'impositions en application de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ". L'activité d'une entreprise doit être regardée comme de nature industrielle ou commerciale dès lors qu'en raison des conditions dans lesquelles elle est exercée, notamment de l'importance du personnel employé ou du matériel utilisé, elle consiste principalement à exploiter des moyens matériels, financiers et en personnel. Enfin, aux termes de l'article 155 du même code : " I. () 2. Lorsqu'un titulaire de bénéfices non commerciaux étend son activité à des opérations dont les résultats entrent dans la catégorie des bénéfices de l'exploitation agricole ou dans celle des bénéfices industriels et commerciaux, il est tenu compte de ces résultats pour la détermination des bénéfices non commerciaux à comprendre dans les bases de l'impôt sur le revenu. () ".
10. Il résulte de l'instruction que l'activité principale de M. A consistait en la création de films pornographiques, qui représentait plus des trois quarts de son chiffre d'affaires sur la période litigieuse, à laquelle s'ajoutaient des activités d'organisation de soirées, de séances photos et de castings. S'agissant de son activité principale de création de films pornographiques, que M. A développe sur commande ou de sa propre initiative, l'administration relève, sans être contredite par le requérant, que celui-ci produit le film, en élabore le scénario, recherche les décors et les prend en location, recrute les acteurs et les rémunère, tourne les films avec son propre matériel vidéo, procède à leur montage et à leur encodage, avant d'en assurer la distribution. M. A ne peut donc sérieusement soutenir qu'il n'était que le producteur ou qu'il ne possédait aucune connaissance technique, alors qu'il ne conteste pas qu'il se chargeait entièrement de la création des films qu'il produisait et distribuait. En outre, il résulte de l'instruction qu'il développait cette activité à partir d'un bureau à son domicile personnel, qu'il travaillait seul, sans aucun salarié et que la seule main d'œuvre à laquelle il recourait était les acteurs des films qu'il engageait ponctuellement pour un tournage. Dans ces conditions, l'activité de création de films pornographiques exercée par M. A ne constitue pas, par sa nature et les conditions de son exercice, une activité commerciale relevant de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. En conséquence, c'est à bon droit que l'administration a taxé M. A sur les revenus issus de son activité professionnelle dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 93 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession () ".
12. Si M. A invoque un taux de charges supérieur au taux forfaitaire de 60 % retenu par l'administration, en l'absence de comptabilité et de tout justificatif, il n'en justifie pas plus en appel qu'en première instance. Par suite, sa demande ne peut qu'être rejetée.
Sur les pénalités :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
14. Pour justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré aux rectifications, l'administration fait valoir que M. A a, systématiquement et de façon importante, minoré ses revenus professionnels, et ce depuis la création de son activité en 2013. Pour la période d'imposition en litige, l'omission atteignait plus de trois quarts de son chiffre d'affaires, reconstitué à partir des encaissements constatés sur le compte bancaire du requérant. En outre, l'administration relève que le requérant a opté pour le régime d'auto-entrepreneur dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux alors que le chiffre d'affaires dépassait très largement les seuils autorisés. En se bornant à soutenir qu'il s'agit d'une mauvaise compréhension de sa part des règles applicables et à faire valoir qu'il s'agit du premier redressement fiscal à son encontre, M. A ne conteste pas sérieusement les constats relevés par l'administration qui suffisent à regarder ces manquements déclaratifs comme intentionnels. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a assorti les rectifications de la majoration de 40 % pour manquement délibéré.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°22VE01325
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026