jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE01410 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BULAJIC |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 10 février 2022 refusant son admission au séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2201971 du 16 mai 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet de la Haute-Savoie ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et a mis à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif.
Le préfet de la Haute-Savoie soutient que son arrêté n'est entaché ni d'un défaut d'examen de la situation de M. A ni d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Haute-Savoie relève appel du jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 16 mai 2022 annulant son arrêté du 10 février 2022 refusant l'admission au séjour de M. A, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1980, lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 10 février 2022 mentionne notamment l'identité de M. A, son pays d'origine, sa date de naissance, les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français et sa situation familiale, précisant que sa femme et leurs quatre enfants résident dans son pays d'origine. Il vise également le procès-verbal et la grille de vulnérabilité établis le 9 février 2022 par la compagnie de gendarmerie départementale de Haute-Savoie à l'occasion de l'audition de M. A. Ce procès-verbal indique que M. A a alors déclaré travailler dans une entreprise de BTP en qualité de maçon et avoir entrepris des démarches auprès de la préfecture de son département de résidence pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié. Ainsi, le préfet de la Haute-Savoie doit être regardé comme ayant pris en compte les déclarations de M. A relatives à sa situation professionnelle et aux démarches qu'il aurait entreprises pour régulariser sa situation.
3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui serait entré irrégulièrement en France en 2015, a vu sa demande d'asile rejetée par une décision de l'office français pour la protection des réfugiés et apatrides le 18 avril 2017. Il s'est ensuite maintenu irrégulièrement en France et travaille en qualité de maçon ou de manœuvre dans le cadre de contrats à durée indéterminée depuis 2019. Toutefois, cette activité est récente et n'a pas été exercée régulièrement. En outre, M. A est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en France. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie est fondé à soutenir que c'est à tort que la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté en litige au motif qu'en s'abstenant de prendre en compte la situation professionnelle de M. A et sa volonté de régulariser sa situation, il aurait entaché son obligation de quitter le territoire français d'un défaut d'examen de la situation de M. A et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
4. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur les autres moyens invoqués par M. A :
5. En premier lieu, l'arrêté du 10 février 2022 a été signé par M. Jean-Yves Julliard, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer et directeur de la citoyenneté et de l'immigration, qui a reçu une délégation pour signer les décisions contestées par un arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.
7. En troisième lieu, cette motivation révèle un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.
8. En quatrième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 9 février 2022, qu'à la suite de son interpellation, M. A, qui a bénéficié de l'assistance d'un interprète et d'un avocat, a indiqué ne pas savoir lire et écrire. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la possibilité de présenter ses observations écrites. Ce même procès-verbal indique que M. A a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et a été invité à présenter ses observations orales sur cette mesure. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A aurait été privé du droit d'être entendu doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette inge´rence est pre´vue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une socie´te´ de´mocratique, est ne´cessaire a` la se´curite´ nationale, a` la su^rete´ publique, au bien-e^tre e´conomique du pays, a` la de´fense de l'ordre et a` la pre´vention des infractions pe´nales, a` la protection de la sante´ ou de la morale, ou a` la protection des droits et liberte´s d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que M. A, qui serait entré irrégulièrement en France fin 2015, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile. Il travaille dans le secteur du bâtiment depuis 2019. Toutefois, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident son épouse et leurs quatre enfants. Il ne justifie pas avoir noué des liens amicaux ou personnels suffisamment intenses en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition le 9 février 2022, M. A, qui a reconnu l'irrégularité de sa situation, a déclaré son intention de ne pas regagner son pays d'origine. S'il produit des justificatifs de domicile, alors qu'il n'avait pas été en mesure de justifier, lors de son interpellation, d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, cette déclaration suffit à établir le risque de fuite. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que compte tenu de ses garanties de représentation, de l'ancienneté de son séjour en France et de sa situation personnelle ou familiale, le préfet a méconnu les dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
14. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
15. L'arrêté attaqué indique que M. A ne dispose pas d'une ancienneté de séjour suffisamment longue sur le territoire français. Il précise que la durée d'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dans la mesure où, même si sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ne justifie pas d'attaches familiales proches en France et où il n'est pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Le préfet n'étant pas tenu de préciser expressément les circonstances qu'il n'entend pas retenir pour fonder sa décision, l'interdiction de retour a ainsi été suffisamment motivée dans son principe et sa durée au regard des critères fixés par la loi.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Savoie est fondé à soutenir que c'est à tort que, par un jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 10 février 2022.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2201971 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 16 mai 2022 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. A.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Janicot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
G. D La présidente,
C. Signerin-Icre La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026