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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01473

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01473

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01473
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL L.I.G.L

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C E a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre de l'année 2015 pour un montant de 63 381 euros.

Par un jugement n° 2004393 du 19 avril 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2022 et le 15 décembre 2022 M. E, représenté par Me Lancrey-Javal, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'admettre, au titre des charges déductibles de ses revenus fonciers de l'année 2015, les dépenses de travaux correspondant à deux factures s'élevant à 288 000 euros et 120 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement a limité à tort l'étendue des conclusions de sa demande, qui tendaient à l'admission de la déductibilité de deux factures du 1er juin 2015 et du 24 décembre 2015, et non uniquement de cette dernière, conformément à sa réclamation ;

- après l'acquisition d'un bien immobilier par la SCI Caserne Buro, des travaux d'entretien et de remise en état y ont été engagés et réglés par deux factures s'élevant respectivement à 144 000 euros TTC, soit 120 000 euros HT du 1er juin 2015 et 345 600 euros TTC soit 288 000 euros HT du 24 décembre 2015 ;

- ces travaux devaient faire l'objet de la déductibilité prévue à l'article 31 I 1 a) du code général des impôts dès lors qu'il ne s'agissait pas de dépenses d'amélioration, mais de dépenses de réparation et d'entretien, au sens de l'interprétation administrative de la loi exprimée au BOI-RFPI-BASE-20-30-10 aux paragraphes n°10 et 50, ainsi que dans les réponses ministérielles F AN 5-5-1966 n°18302, D AN 8-9-1980 n°30078 et B AN 11-11-1954 n°13765 ;

- les travaux concernant les huisseries, la couverture, le ravalement, la plomberie, le chauffage, le remplacement des sanitaires, le réseau électrique, les revêtements de sols, la peinture, les menuiseries bois intérieur n'ont consisté qu'en une remise en état d'éléments existants et non en une amélioration du bâtiment ;

- le coût des travaux, même s'il est conséquent, ne constitue pas un critère déterminant ;

- la circonstance que la valeur du bien ait augmenté reste sans incidence sur la nature des travaux engagés d'entretien et de réparation ; en ce sens, les premiers juges ont retenu à tort le critère du changement des modalités de location ;

- l'évaluation retenue pour constater l'augmentation du prix de location au m² ne prend pas en compte les surfaces des parties communes.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre et 28 décembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'étendue du litige se limite aux impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu à hauteur de 63 381 euros, les conclusions tendant à la prise en compte de la déductibilité de la facture de 120 000 euros hors taxes sont donc irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,

- et les observations de Me Andrieux, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Caserne Buro, détenue à hauteur de 99,5 % par la SNC L.M.H. et à hauteur de 0,5 % par M. E, a fait l'objet d'une procédure de vérification sur place, portant sur la période comprise entre le 1er janvier et le 31 décembre 2015. La SNC L.M.H. est, quant à elle, détenue à parts égales par MM. E et Mahiques Muelas. A l'issue du contrôle, le service a remis en cause la déduction des dépenses de " réparation, entretien, amélioration ", déclarées en 2015 par la SCI, pour un montant de 288 000 euros, et rectifié le résultat imposable de la société. Par conséquent, le service a procédé à la rectification du résultat imposable des actionnaires de la SCI, la SNC L.M.H., d'une part, et M. E, d'autre part, à hauteur de leur quote-part respective. Le résultat d'une société de personne étant imposable directement dans les mains de ses associés, le service a notifié à M. E, par une proposition de rectification du 16 octobre 2018, à l'issue d'un contrôle sur pièces de son dossier fiscal, des suppléments d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers, à hauteur de la somme de 63 381 euros en droits, avec majoration et intérêts de retard. M. E a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge de ces impositions. Par un jugement du 19 avril 2022, dont il relève appel, le tribunal a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement :

2. A supposer que le requérant ait entendu soutenir que les premiers juges se seraient mépris sur la portée de ses conclusions, en ce qu'ils n'ont pas pris en compte sa demande tendant à la déductibilité de la facture du 1er juin 2015, d'un montant de 120 000 euros hors taxes, les conclusions de sa demande de première instance tendaient à la décharge des impositions en litige, dans la limite de la somme de 63 381 euros, en raison de la remise en cause par l'administration de la déduction de dépenses de " réparation, entretien, amélioration ", déclarées en 2015 par la SCI, pour un montant de 288 000 euros et, au demeurant, le tribunal a rejeté la demande tendant à la déductibilité des travaux non déclarés facturés en juin 2015, au point 8 de son jugement. Dès lors le moyen tiré par M. E de ce que le tribunal se serait mépris sur la portée de ses conclusions doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " () les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société () ". L'article 31 de ce code dispose, dans sa version applicable aux impositions en litige : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () b bis) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinées à protéger ces locaux des effets de l'amiante ou à faciliter l'accueil des handicapés, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ".

4. Il résulte de ces dispositions que s'agissant de locaux à usage professionnel et commercial, comme en l'espèce, seules sont déductibles les dépenses de réparation et d'entretien mais non les dépenses d'amélioration, sauf celles destinées à protéger les locaux des effets de l'amiante ou à faciliter l'accueil des personnes handicapées. Ces dépenses d'entretien et de réparation s'entendent des dépenses qui correspondent à des travaux ayant pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d'en permettre un usage normal sans en modifier la consistance, l'agencement ou l'équipement initial. Les dépenses d'amélioration s'entendent de celles qui ont pour objet d'apporter à un immeuble un équipement ou un élément de confort nouveau ou mieux adapté aux conditions d'occupation de cet immeuble, sans en modifier cependant la structure.

5. En l'espèce, la SCI La Caserne Buro, dont l'objet social est la location de terrains et autres biens immobiliers, a acquis par acte du 29 mai 2015 un ensemble immobilier à usage de bureaux situé 59 rue de Paris à Montfort L'Amaury (78) d'une superficie de 314 m², pour un montant de 840 000 euros. Cet ensemble est composé de deux bâtiments comprenant un rez-de-chaussée, un étage et des combles, reliés par une pièce en surplomb du porche d'entrée. La société y a réalisé, postérieurement à son acquisition, d'importants travaux facturés au cours de l'année 2015 pour un montant global de 408 000 euros HT.

6. Lors des opérations de contrôle réalisées en septembre 2018, le service a remis en cause la déductibilité des travaux réalisés pour 288 000 euros HT, déclarés au titre de l'année 2015, en estimant que par leur consistance, leur importance et eu égard à leur montant au regard du prix d'acquisition, ils s'apparentaient à des dépenses d'amélioration non déductibles s'agissant de locaux à usage professionnel et commercial. Pour contester les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge en sa qualité d'associé de la SCI La Caserne Buro, et de la SNC L.M.H, elle-même actionnaire de la SNC Caserne Buro, M. E soutient que les dépenses réalisées, tant au titre de la facture de décembre 2015 d'un montant de 288 000 euros HT, que de celle de juin 2015 d'un montant de 120 000 euros HT, dont il demande subsidiairement la prise en compte, n'ont porté que sur des travaux de réparation et d'entretien du bâtiment, avec remise en état des éléments existants.

7. Toutefois, il résulte tant du devis du 15 octobre 2015 auquel renvoie le requérant, que des factures des 1er juin et 24 décembre 2015, que les travaux en cause ont consisté en une dépose complète et rénovation des huisseries et appuis de fenêtre avec installation de volets roulants et d'une isolation, une réfection des équipements de chauffage par changement des radiateurs, la rénovation et le changement des revêtements de sol, la modification et la création de cloisons, des travaux de peinture et de menuiserie bois, le remplacement des sanitaires, la réfection totale des escaliers, un ravalement complet des façades de l'immeuble, ainsi que des travaux de rénovation générale de la couverture, avec changement des tuiles, de plomberie avec changement des tuyauteries, et de remise complète aux normes du système électrique. De plus, le coût global des travaux réalisés, à hauteur de 408 000 euros hors taxes, représente une part importante du prix d'acquisition réalisé en mai 2015. Dans ces conditions, ces travaux, compte tenu de leur nature, de leur ampleur et de leur finalité, s'apparentent à des travaux d'amélioration du bien, quand bien même il n'y aurait pas eu d'augmentation de surface, et ne peuvent être considérés comme de simples travaux d'entretien et de réparation au sens des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts. Alors que ces travaux d'amélioration n'ont eu pour objet ni de protéger le local des effets de l'amiante ni de faciliter l'accueil de personnes handicapées, c'est à bon droit que l'administration fiscale en a refusé la déductibilité.

8. M. E n'est pas fondé à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des réponses ministérielles faites à M. F A 5-5-1966 n° 18302, M. D A 8-9-1980 n° 30078 et M. B A 11-11-1954 n°13765, ni de la position de l'administration énoncée aux n°s 10 et 50 du BOI-RFPI-BASE-20-30-10, qui ne comportent pas une interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C E et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

F-X de MiguelLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

T. Tollim

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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