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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01523

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01523

mardi 5 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01523
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2113503 du 19 mai 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 20 juin 2022 et 22 juillet 2022, M. B, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer dans le délai de sept jours une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement omet de répondre au moyen tiré de ce que le préfet ne justifie pas de l'authenticité des signatures apparaissant au bas de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il omet de répondre au moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en se fondant sur des dispositions abrogées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration étant entaché d'irrégularité ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la possibilité pour lui de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la possibilité pour lui de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur

sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant marocain né le 17 août 1966 à Inchaden, qui est entré en France le 2 janvier 2019, a sollicité le 12 avril 2021 son admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 septembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 19 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. ".

4. Dans sa demande de première instance, le requérant constatait que le préfet n'avait pas joint à l'arrêté litigieux l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pourtant mentionné dans cet arrêté. Il en déduisait, d'une part, que le préfet ne justifiait ni avoir effectivement saisi ce collège ni, a fortiori, que l'avis qu'aurait rendu ce collège sur sa saisine aurait été régulier. Il arguait notamment que seule la production de l'avis pouvait permettre de s'assurer que ses mentions, en particulier les signatures des médecins composant le collège, étaient lisibles et authentiques au sens et pour l'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, et que la délibération collégiale réglementaire avait bien eu lieu. Or le tribunal a constaté que le préfet avait produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en réponse à la demande d'instruction qui lui avait été adressée le 31 janvier 2022. Le tribunal a écarté ce moyen, en ses deux branches, au point 7 de son jugement. En tout état de cause, il n'aurait pas été tenu de répondre à un moyen tiré de l'inauthenticité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni a fortiori à des arguments qui s'y seraient rapporté. Cet avis ne constitue pas, en effet, une décision administrative au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, et n'a donc pas à satisfaire aux exigences posées par ces dispositions. Le tribunal a ainsi répondu, sans omission, à l'argumentation du requérant et n'a donc pas méconnu les dispositions citées au point 3 de la présente ordonnance.

5. L'erreur invoquée par M. B devant le tribunal, tenant à ce que l'interdiction de retour sur le territoire français contestée contient des références à l'ancienne numérotation du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constitue pas une erreur de droit mais une simple erreur de plume sans incidence sur sa légalité. En ne répondant pas à ce moyen inopérant, le tribunal n'a pas méconnu les dispositions citées au point 3 de la présente ordonnance.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

6. Le requérant reprend en appel le moyen tiré de l'insuffisance motivation de cette décision. Il ne fait état, cependant, d'aucun élément susceptible de remettre en cause les motifs du tribunal. Dès lors, par adoption de ces motifs retenus à bon droit et exposés aux points 2 et 3 du jugement attaqué, ce moyen doit être écarté.

7. M. B soutient que l'apposition d'un fac-similé des signatures, par ailleurs illisibles et accompagnées de mentions également illisibles, sur l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le concernant, n'authentifie pas l'identité des signataires au sens et pour l'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration et ne garantit pas le caractère collégial des délibérations qui y ont abouti. Toutefois l'avis du 2 août 2021 concernant M. B ne constitue pas une décision administrative, au sens et pour l'application de ces dispositions et n'a donc pas à satisfaire aux exigences posées par ces dispositions. En tout état de cause, aucun élément du dossier ne permet de supposer que les signatures apposées au bas de l'avis litigieux ne seraient pas celles des trois médecins composant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'identité est lisiblement précisée. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'avis rendu le 2 août 2021 par le collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait irrégulier.

8. M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les nouveaux éléments produits, notamment le certificat du Dr A daté du 15 juin 2022, ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation des premiers juges dont il convient d'adopter les motifs retenus à bon droit et exposés aux points 10 à 12 du jugement attaqué.

9. Pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point précédent de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine doit être écarté.

10. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels M. B ne produit ni ne fait état d'aucun élément qui soit de nature ou suffise à remettre en cause l'appréciation portée par les premiers juges, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal et exposés aux points 13 et 14 du jugement entrepris.

11. Pour les mêmes que ceux adoptés au point précédent de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse révélerait un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. La décision en litige comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent ; elle est suffisamment motivée.

13. Pour les mêmes motifs que ceux adoptés aux points 8 et 9 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine doivent être écartés.

14. Pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point 10 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

15. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 11 de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse révélerait un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Il ressort des termes de la décision contestée que pour la prendre le préfet a constaté la situation irrégulière en France de l'intéressé et celle de son épouse, la durée de son séjour dans ce pays, ses liens personnels sur place et ceux qu'il ne justifie pas ne pas conserver dans son pays d'origine, et a estimé que la décision litigieuse ne portait pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait de l'examen approfondi qui a été mené ainsi que, notamment, de ses déclarations, une atteinte disproportionnée. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

17. Compte-tenu des éléments retenus par les premiers juges et exposés aux points 13 et 14 de leur jugement adoptés aux points 10 et 14 de la présente ordonnance, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

18. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 11 de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse révélerait un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 5 décembre 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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