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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01552

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01552

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01552
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par une ordonnance n° 2207420 du 30 mai 2022 le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2022, M. laurent Seri Gbahori, représenté par Me Weimberg, avocate, demande à la cour :

1°) d'infirmer cette ordonnance ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou L. 435-1 du même code, et ce dans un délai de 15 jours à compter de la signification du jugement à intervenir, avec astreinte de 25 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ; à défaut, d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 25 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant de la régularité de l'ordonnance, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n'a pas mis son conseil à même de formuler des observations avant de prendre l'ordonnance en litige ;

- il démontre la non-applicabilité du délai de 48 heures compte-tenu de son déferrement, l'arrêté lui a été notifié alors qu'il était en garde à vue au commissariat de police de Sevran ; il a été déféré au tribunal judiciaire de Bobigny, avant d'être présenté au substitut du procureur de la République, dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité ; il a également été présenté à la vice-présidente du tribunal judiciaire, qui a homologué la peine proposée ; son droit à un recours effectif a été méconnu du fait de sa privation de liberté, de l'absence de notification des modalités de recours applicables à sa situation et de la notification de l'arrêté préfectoral un vendredi soir à 20 h 05, le délai spécial pour contester l'arrêté à partir de sa notification expirant un jour non ouvrable, le dimanche 22 mai à 20 h 05 ; en outre, la décision lui refusant un délai de départ volontaire état illégale, le délai de trente jours de droit commun en matière d'éloignement était applicable en l'espèce ; son recours n'est pas tardif et l'ordonnance doit être annulée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise en violation du droit à être entendu en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- il n'a pas bénéficié d'un procédure contradictoire préalable, en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision n'est pas motivée en droit au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle ne vise pas la convention bilatérale conclue entre la France et la Côte-d'Ivoire, laquelle trouve pourtant à s'appliquer dans la situation d'espèce ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne dès lors qu'il y a eu violation de son droit à être entendu ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'est pas motivée en droit ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle n'est pas non plus motivée en fait et il justifie du défaut d'examen sérieux et spécifique de la situation particulière ; l'analyse totalement erronée de sa situation familiale témoigne donc du défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation particulière et révèle une erreur de fait ;

- il justifie d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est pas célibataire et sans enfant, et vit en concubinage avec une ressortissante française enceinte de leur premier enfant à naître ;

- au regard des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français pendant le temps de l'examen de sa demande ; ce droit a été méconnu par le préfet qui ne soutient pas qu'une décision de refus d'asile est intervenue et ne justifie pas de la notification de cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la mise à exécution de la décision en cause l'empêcherait d'être présent à la naissance de son enfant, et de le voir grandir ;

- le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; cela entraine par voie de conséquence l'annulation de la décision de refus d'octroyer un délai de départ volontaire ;

- ce refus est entaché d'un défaut d'examen sérieux et préalable de la situation de l'intéressé et d'une insuffisance de motivation en fait ;

- il est aussi entaché d'illégalité en raison de cinq erreurs de fait, qu'il précise ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le refus de délai de départ volontaire entrant en contradiction avec la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité dès lors qu'il devait bénéficier d'un délai de réflexion de dix jours ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de délai est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et l'annulation qui devra en découler entraînent par voie de conséquence l'annulation de la décision désignant le pays vers lequel il doit être renvoyé ;

- s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'annulation qui devra en découler entraînera par voie de conséquence l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux années ;

- il démontre le défaut d'examen sérieux et préalable de la situation de l'intéressé et l'insuffisance de motivation de cette même décision ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le préfet ne produit aucune pièce pour démontrer qu'il se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;

- elle est aussi entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des formations de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens (). / () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ".

2. M. B, ressortissant ivoirien né le 4 février 1985, relève appel de l'ordonnance du 30 mai 2022 par laquelle le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté, comme tardive, sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Aux termes de l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure () ". Aux termes du II de l'article R.776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, ces requêtes doivent être présentées au greffe du tribunal administratif, pour y être enregistrées, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté. Ce délai n'est pas un délai franc, se décompte d'heure à heure et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du code de procédure civile, selon lequel un délai expirant normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

5. Il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté préfectoral attaqué du 20 mai 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, a été notifié à l'intéressé le 20 mai 2022 à 20 h 05, et que cette notification comportait la mention claire des voies et délais de recours. A cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il était retenu au commissariat de police de Sevran lors de la notification de l'arrêté, puis a été déféré le 21 mai 2022 au tribunal judiciaire de Bobigny, pour être présenté au substitut du procureur de la République dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ainsi qu'à la vice-présidente du tribunal judiciaire, qui a homologué la peine proposée, alors qu'il a été mis à même de bénéficier du concours d'un avocat avec lequel il s'est entretenu, qui l'a assisté au cours de cette procédure, et ne démontre pas non plus qu'il n'aurait pas été mis à même de solliciter le concours de cet avocat ou d'une personne de son choix et de demander l'annulation de l'arrêté en cause, aucune atteinte n'étant ainsi portée à son droit à un recours effectif. Il est constant que la demande présentée par M. B n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 23 mai 2022 à 23 h 04, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures qui n'est susceptible d'aucune prorogation en vertu du II de l'article R. 776-5 du code de justice administrative. Par suite, c'est à bon droit que le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise l'a rejetée comme tardive.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Versailles, le 17 janvier 2024.

Le président de la 6ème chambre,

Paul-Louis Albertini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,00

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