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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01824

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01824

mardi 12 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01824
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantASSAOUCI MAKROUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2206737 du 4 juillet 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. A, représenté par Me Assouci Makroum, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est entaché d'une erreur de fait ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant marocain né le 24 septembre 1992 à Oujda, qui a déclaré être entré en France en 2017 a été contrôlé en situation irrégulière le 9 mai 2022. Par un arrêté du 10 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 4 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur de fait qu'aurait commise la première juge pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. La décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, elle est suffisamment motivée.

5. M. A soutient ne pas avoir été mis à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision d'éloignement prise à son encontre. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. A par les services de police le 10 mai 2022, qu'il a été informé qu'une obligation de quitter le territoire français était susceptible d'être prise à son encontre et a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise sans être précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de son droit d'être entendu.

6. Le requérant soutient être entré en France au mois de novembre 2017, muni d'un visa. Il résiderait depuis sur le territoire national avec sa femme, compatriote épousée en Espagne le 14 février 2020. Celle-ci aurait été enceinte lors de l'introduction de la demande de première instance. M. A entend justifier de son intégration sociale et professionnelle en France en alléguant notamment de la durée de son séjour, de son travail comme chauffeur employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à compter du mois de juillet 2021, du respect de ses obligations fiscales, de démarches qu'il aurait effectuées à compter de 2021 pour obtenir un titre de séjour et de ce qu'il ne représente pas de menace pour l'ordre public. A supposer même ces éléments suffisamment établis par les pièces du dossier, la prétendue résidence habituelle du requérant en France depuis moins de cinq ans à la date de la décision en litige, son mariage depuis deux ans à cette même date avec une compatriote dont il n'allègue pas qu'elle résiderait régulièrement sur le territoire national et avec laquelle il n'avait alors pas encore d'enfant, son activité de chauffeur de véhicule de fret pour lequel il ne justifie d'ailleurs avoir été rémunéré que du mois de juillet 2021 au mois de mars 2022 pour soixante-seize heures de travail mensuel, l'absence de tout autre élément relatif à son intégration sociale en France, sont des éléments qui ne suffisent pas à caractériser le caractère disproportionné de l'atteinte que la décision contestée porterait au droit au requérant au respect de sa vie privée et familiale, alors que le requérant ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa vie de couple ou d'ailleurs familiale se poursuive au Maroc où il a passé la plus grande partie de sa vie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision d'éloignement sur la situation personnelle du requérant, laquelle situation a été sérieusement examinée au préalable, ainsi que le révèlent les termes de cette décision.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de cette obligation.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

10. Le requérant conteste cette décision en arguant qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes. Ce faisant, il ne conteste ne pas être en possession d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, le passeport qu'il produit en appel ayant expiré le 1er juillet 2021. Dès lors et en tout état de cause, le préfet a pu légalement, sur le fondement des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combinées à celles du 3° du L. 612-2 du même code, prendre la décision litigieuse.

11. Compte tenu des éléments exposés au point 6 de la présente ordonnance, et notamment de ce que le requérant ne justifie ni du caractère régulier du séjour de son épouse ni d'un obstacle à ce que leur vie commune se poursuive au Maroc, le préfet, en l'éloignant sans délai, n'a pas commis d'erreur d'appréciation de sa situation, laquelle a été examinée avec suffisamment de sérieux comme le révèlent les termes circonstanciés de la décision litigieuse.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

12. Il ressort des termes de la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, tenant compte des éléments exposés au point 6 de la présente ordonnance, a estimé à juste titre que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet était, dès lors, tenu de prendre cette interdiction.

13. Pour en fixer la durée, le préfet a constaté la situation irrégulière du requérant en France, la durée de son séjour dans ce pays, ses liens personnels sur place et a estimé que la décision litigieuse ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait de l'examen approfondi qui a été mené, une atteinte disproportionnée. Le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a suffisamment motivé la durée de cette interdiction. Compte-tenu des éléments exposés au point 6 de la présente ordonnance, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir sérieusement examiné la situation de M. A et sans commettre d'erreur dans l'appréciation de cette situation, qu'il a fixé cette durée à un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 12 mars 2024.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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