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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01848

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01848

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01848
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET ADER JOLIBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A Le Minh a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ou, à titre subsidiaire, d'en prononcer la réduction.

Par un jugement nos 2007205 - 2007218 du 9 juin 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juillet 2022 et le 21 avril 2023, M. Le Minh, représenté par Me Janiaud, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, des suppléments d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2016 à hauteur de 378 629 euros ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation solidaire de son ex-épouse de payer cette imposition ;

4°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction du supplément d'impôt sur le revenu auquel il a été assujetti au titre de l'année 2016 en qualifiant la somme de 322 193,65 euros qu'il a perçue de traitements et salaires, et non de revenus de capitaux mobiliers ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a prélevé des sommes sur le chiffre d'affaires de la société et ces opérations ne peuvent être qualifiées d'occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts, dont la charge de la preuve de l'existence incombe à l'administration ; ces opérations n'étaient pas dissimulées en comptabilité et étaient identifiables et il en a été désigné bénéficiaire ;

- seul le 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts pouvait fonder la taxation des revenus qu'il a perçus de la SAS Intermed ; il demande une substitution de base légale pour les rehaussements ; cet article institue une présomption légale de distributions, mais pas de qualification des revenus ; ces sommes constituent des revenus professionnels imposables dans la catégorie des traitements et salaires ;

- il a divorcé de son épouse par consentement mutuel ; de ce fait, l'avis d'impôt sur le revenu de l'année 2016 est irrégulier en la forme, puisqu'il ne concerne plus que lui et, au fond, puisqu'il devient inopposable à son ex-épouse ; il reconnaît sa responsabilité entière dans la dette fiscale qui est réclamée à son couple ; la somme ne peut donc plus être réclamée à son épouse en qualité de débitrice solidaire.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 décembre 2022 et 26 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les sommes perçues par M. Le Minh constituent bien des rémunérations et avantages occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts mais il demande, en tant que de besoin, qu'une substitution de base légale soit opérée pour fonder les rectifications sur le 1° du 1 de l'article 109 du même code ;

- le moyen relatif à la solidarité financière de son ex-épouse ne relève pas du contentieux d'assiette qui a été introduit devant la cour ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 26 novembre 2024, les parties ont été informées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt à intervenir était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de l'obligation solidaire de l'ex-épouse de M. Le Minh de payer les sommes réclamées à leur foyer fiscal, qui sont nouvelles en appel et pour lesquelles M. Le Minh n'a pas d'intérêt à agir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Intermed a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant son exercice clos le 31 décembre 2016. Au cours de ce contrôle, l'administration a constaté que la société avait comptabilisé des charges injustifiées et émis des chèques au profit de M. Le Minh, président et associé de la société. L'administration a considéré que ces sommes constituaient des revenus distribués au profit de M. Le Minh sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. Celui-ci fait appel du jugement du 9 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à la décharge des impositions mises à la charge de son foyer fiscal.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à la décharge de l'obligation solidaire de payer :

2. Dans le dernier état de ses écritures, M. Le Minh demande à ce que son ex-épouse soit déchargée de l'obligation solidaire de payer la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu réclamée à leur foyer fiscal au titre de l'année 2016. Ces conclusions, pour lesquelles M. Le Minh n'a, au demeurant, aucun intérêt à agir, sont nouvelles en appel et, par suite, irrecevables.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".

4. Le ministre soutient sans être contesté que M. Le Minh n'a présenté aucune observation à la suite de la proposition de rectification du 10 août 2018. Par suite, il doit être regardé comme ayant accepté tacitement les rectifications proposées et supporte ainsi la charge de la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes du c de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification adressée à la SAS Intermed du 10 août 2018, que la société a comptabilisé de multiples écritures de charges dans des comptes de racine 606 et 625, pour un montant de 60 849 euros, correspondant à des supposées notes de frais de M. Le Minh. Par ailleurs, après un droit de communication auprès de la banque de la société, l'administration a constaté que la SAS Intermed avait émis des chèques pour un montant total de 322 194 euros qui ont été encaissés par M. Le Minh sur son compte bancaire personnel. L'ensemble de ces sommes, d'un montant global de 383 043 euros, a été taxé sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts entre les mains de M. Le Minh.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, bien que la société ait indiqué que les sommes inscrites en charges correspondaient à des notes de frais exposés par M. Le Minh, elle n'a apporté aucun justificatif de l'existence et du montant de ces frais qu'elle prenait en charge. En outre, le requérant ne fournit, pas plus en appel que devant le tribunal administratif, le moindre commencement d'explication sur la contrepartie qu'aurait pu retirer la SAS Intermed de la somme conséquente qu'elle lui a versée par la comptabilisation de charges et par l'émission de chèques à son profit, qui n'a fait l'objet d'aucune comptabilisation. Par suite, contrairement à ce que le requérant soutient, ces sommes constituaient bien des rémunérations et avantages occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts. La circonstance que le libellé des écritures comptables enregistrées mentionnait son nom ne suffit pas à leur retirer leur caractère occulte au sens de ces dispositions.

8. En deuxième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, des revenus taxés sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts relèvent de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. En outre, si M. Le Minh se prévaut de ce que ces sommes sont en lien avec son activité professionnelle pour demander une taxation dans la catégorie des traitements et salaires, il n'apporte aucun élément permettant de justifier une taxation dans cette catégorie d'imposition.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 du code général des impôts, alors applicable : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis. () Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles () ".

10. Dans son mémoire en réplique, M. Le Minh se prévaut de ce qu'il a divorcé de son épouse. Toutefois, il ressort des termes de la convention de divorce que celui-ci est prononcé avec effet au 1er octobre 2020 et cet événement n'a, en conséquence, aucune incidence sur le principe de l'imposition commune du requérant avec son ex-épouse en 2016, année au titre de laquelle l'imposition litigieuse leur est réclamée et au cours de laquelle ils étaient encore mariés. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis d'imposition pour ce motif ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de base légale demandée, que M. Le Minh n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. Le Minh est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A Le Minh et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE01848

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