jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE01888 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEXGLOBE SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Par un jugement n° 2116263 du 23 juin 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis à la charge de l'État le versement à Mme A d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 1er août 2022, le préfet du Val-d'Oise demande à la cour d'annuler ce jugement.
Il soutient que c'est à tort que le tribunal administratif a estimé que l'arrêté attaqué portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A alors qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales en Inde où elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans, qu'elle s'est engagée à retourner en Inde à l'expiration de son visa et n'est pas sans ressources dans son pays d'origine.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er décembre 2022 et le 15 mars 2023, Mme A, représentée par Me Monconduit, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est dépourvue de fondement dès lors que la seule pièce produite et les arguments soulevés ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du tribunal ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Danielian a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante indienne, née le 5 mai 1952, régulièrement entrée en France en 2016 munie d'un visa Schengen, a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 décembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le préfet du Val-d'Oise fait appel du jugement du 23 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté, lui a enjoint de délivrer à l'intéressée un titre de séjour dans un délai de deux mois et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Pour soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont estimé que l'arrêté en litige portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, le préfet du Val-d'Oise fait valoir que l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales en Inde où elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-quatre ans, qu'elle s'était engagée à retourner en Inde à l'expiration de son visa en 2016 et n'est pas sans ressources dans son pays d'origine où elle perçoit une pension de 8165 roupies indiennes (INR) par mois soit 110 euros, ce qui correspond au salaire minimum à Pondichéry. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que l'a relevé le tribunal, que Mme A établit, par les pièces qu'elle produit, être totalement dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où ses parents et son mari sont décédés, dès lors que l'ensemble de ses sept enfants ont les uns après les autres émigré en France, le dernier de ses enfants ayant quitté l'Inde en 2012. Elle justifie ainsi de la présence sur le territoire français de ses sept enfants, trois étant de nationalité française et les quatre autres y résidant régulièrement et de dix-sept petits-enfants, tous de nationalité française. Domiciliée chez une de ses filles, elle établit également être financièrement intégralement prise en charge par ses enfants, qui contribuent matériellement à son existence en France. Enfin, contrairement à ce que soutient le préfet, elle ne perçoit aucune pension, ainsi qu'il résulte de ses relevés mensuels de livret A, de décembre 2016 à février 2022, lesquels ne comportent que des virements de ses enfants, ainsi que d'une attestation datée du 2 janvier 2023 du directeur adjoint (aide sociale) du bureau des pêches et du bien-être des pêcheurs qui certifie que l'intéressée était bénéficiaire d'une pension de vieillesse depuis avril 2010 mais que celle-ci a été arrêtée en 2016 suite à son départ à l'étranger. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le tribunal a estimé, au vu de la durée de son séjour en France, de l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français, et alors qu'elle serait désormais isolée dans son pays d'origine, que le préfet du Val-d'Oise avait, en refusant la délivrance à l'intéressée d'une carte de séjour au titre de sa vie privée et familiale, méconnu les stipulations précitées.
4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, le préfet du Val-d'Oise n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 3 décembre 2021, lui a enjoint de délivrer un titre de séjour à Mme A dans un délai de deux mois et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais de l'instance :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DÉCIDE
Article 1er : La requête du préfet du Val-d'Oise est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B A.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 juin 2024.
La rapporteure,
I. Danielian
La présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026