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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02014

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02014

mardi 7 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02014
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantAZOULAY-CADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Par un jugement n° 2109066 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2022, le préfet du Val-d'Oise demande à la cour :

1°)d'annuler ce jugement ;

2°)de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Il soutient que l'arrêté contesté ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. A n'établit pas, par les quelques pièces qu'il a fournies, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, M. A, représenté par Me Azoulay-Cadoch, avocate, demande à la cour :

1°)de rejeter la requête du préfet du Val-d'Oise ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'appel du préfet n'est pas motivé ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Camenen a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet du Val-d'Oise fait appel du jugement du 13 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 juin 2021 refusant de renouveler le titre de séjour de M. A, ressortissant haïtien né le 3 décembre 1979, et faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui a enjoint de délivrer à M. A une carte de résident d'une durée de dix ans et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la fin de non-recevoir opposée par M. A :

2. La requête en appel du préfet du Val-d'Oise contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. Elle est ainsi suffisamment motivée.

Au fond :

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans.() ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'établissait pas de façon probante contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant et qu'en outre, il avait produit une fausse attestation de la mère de cet enfant pour justifier de sa participation financière à son éducation. Il ressort des pièces versées au dossier pour la première fois en appel par le préfet du Val-d'Oise, que l'attestation produite devant le tribunal administratif n'a pas été établie par la mère de l'enfant de M. A, celle-ci en attestant dans un courrier adressé le 25 mai 2021 au préfet du Val-d'Oise et ayant déposé plainte le même jour auprès de la gendarmerie de Capesterre Belle Eau en Guadeloupe. Par ailleurs, si M. A a produit trois reçus de paiement des factures de cantine de son fils établis par le collège des " Roches gravées " et une facture d'un club de gymnastique établie le 16 novembre 2019, les mentions portées sur ces reçus de paiement ne permettent pas d'établir qu'il en aurait assuré le règlement et la facture de novembre 2019 n'indique pas le bénéficiaire de cet abonnement. En outre, s'il justifie avoir effectué plusieurs versements d'argent au profit de la mère de son fils avant et après l'édiction de l'arrêté litigieux, il ne justifie cependant pas avoir, à la date de l'arrêté en litige, procédé au versement de la pension alimentaire de son fils depuis au moins deux ans, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code. Enfin, il ne justifie pas recevoir son fils pendant les vacances scolaires, comme le prévoit le jugement de divorce. Il suit de là que M. A ne justifie pas de manière suffisante avoir contribué à l'entretien et l'éducation de son enfant de nationalité française dans les conditions fixées par le jugement de divorce. Par suite, le préfet du Val-d'Oise est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 juin 2021 au motif qu'il était entaché d'erreurs de fait quant à la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de son enfant français.

5. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

6. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté n° 21-008 du 31 mars 2021, régulièrement publié le 1er avril suivant au recueil des actes administratifs de l'État dans le Val-d'Oise afin de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions des articles L. 423-10, L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A ne remplit aucune des conditions posées par l'article L. 423-10, celui-ci n'établissant pas de façon probante contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il indique également que l'intéressé a fourni une fausse attestation de la mère pour justifier de sa participation financière pour son enfant. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté, qui relève notamment que l'intéressé est célibataire et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine de sorte que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation individuelle doit être écarté.

9. En quatrième lieu, M. A, qui ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.

10. Enfin, pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A se prévaut de sa durée de présence en France depuis 2004, de la présence de son fils et de son frère et de sa sœur et de son activité professionnelle depuis le 25 janvier 2021. Toutefois, si M. A soutient résider sur le territoire français depuis 2004, il ne l'établit pas. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, l'intéressé n'établit pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son fils à la date de l'arrêté en litige. En outre, s'il soutient que son frère et sa sœur ont la nationalité française, il n'établit pas entretenir des relations suivies avec eux. Enfin, s'il a conclu un contrat à durée déterminée le 25 janvier 2021 puis un contrat à durée indéterminée le 27 juillet 2021 pour travailler en qualité d'aide maçon, l'exercice de cette activité professionnelle était récente à la date de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, alors même que M. A a été bénéficiaire d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français entre 2017 et 2020, il n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Val-d'Oise est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 juin 2021, lui a enjoint de délivrer à M. A une carte de résident d'une durée de dix ans et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par M. A en appel au titre de ces mêmes dispositions doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2109066 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 13 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et ses conclusions en appel sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,

M. Camenen, président assesseur,

Mme Houllier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

G. CamenenLa présidente,

C. Signerin-IcreLa greffière,

C. Fourteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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