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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02038

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02038

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02038
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler pour excès de pouvoir la décision la décision du 13 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy a suspendu son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Par un jugement n° 2104101 du 8 mars 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2022, M. A, représenté par Me de Seze, avocat, demande à la cour :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cette décision ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis leur cessation ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me de Seze, son conseil, qui sera autorisé à en poursuivre le recouvrement, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, d'une part, d'une somme de 1 200 euros au titre des frais de procès de la première instance, d'autre part, d'une somme de 1 500 euros au titre des frais de procès de l'instance d'appel.

Il soutient que :

- il n'a pas été convoqué à la préfecture du Val-d'Oise les 22 octobre et 17 novembre 2020, le jugement a considéré à tort que les manquements reprochés étaient établis en se fondant sur un courrier électronique versé au dossier ; il n'a jamais fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité et la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- il justifie, au regard des articles L. 744-6 et R. 744 14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen sérieux et de l'irrégularité de la procédure résultant du défaut de prise en compte de sa vulnérabilité, qui n'a pas été examinée ;

- il justifie encore d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, car il conteste avoir été convoqué par les autorités préfectorales et avoir manqué à ses obligations de demandeur d'asile ; les premiers juges devaient demander à l'Office les éléments permettant de remettre en cause la matérialité de ses allégations sérieuses.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dite " Directive Accueil " ;

- la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n°s 428530, 428564 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 5 février 1992, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 8 septembre 2020, avant d'être placé en procédure dite " Dublin " et d'accepter le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). M. A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision du 13 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy a décidé de suspendre son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A relève appel du jugement du 8 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision par laquelle a été suspendu son droit aux conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision du 28 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce que la cour lui accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer.

Sur la régularité du jugement :

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour demander l'annulation du jugement attaqué, le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'erreurs de fait, de droit ou d'appréciation qu'auraient commises les premiers juges en écartant les moyens soulevés devant eux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, dans sa décision du 31 juillet 2019 Association La Cimade et autres, n°s 428530, 428564 visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Dans l'attente de leur modification législative, il restait néanmoins possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée a été prise au visa des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du point 18 de la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n° 428530. Elle mentionne également les considérations de fait qui ont conduit à son édiction, et en particulier que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et que sa situation personnelle et familiale ne fait pas non plus apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Selon l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

8. Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'ont exactement rappelé les premiers juges, qui n'étaient pas tenus d'ordonner un supplément d'instruction, que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, contrairement à ce que soutient M. A en appel, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces versées au dossier, notamment des captures d'écran et du résumé de l'entretien individuel transmis par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique, le 8 septembre 2020, M. A, contrairement à ce qu'il soutient en appel, a effectivement bénéficié d'un entretien avec un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'occasion duquel son état de vulnérabilité a été évalué à 1 sur une échelle allant de 0 à 3. Ainsi, l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardé comme s'étant entretenu avec M. A de son éventuelle vulnérabilité lors de son offre de prise en charge. Dans ces conditions, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir en appel de l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité avant la suspension de ses conditions matérielles d'accueil et le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il suit de ce qui précède que le directeur territorial de l'OFII a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter la décision attaquée.

10. En dernier lieu, M. A est sans charge de famille en France. Il peut en outre être considéré comme étant en fuite, après avoir refusé d'honorer des rendez-vous en préfecture avant le prononcé de la décision en cause, et ne démontre pas, au demeurant, qu'il ne pouvait pas bénéficier des conditions matérielles d'accueil en Belgique, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, et dès lors que M. A n'apparaît pas particulièrement vulnérable compte tenu de l'ensemble de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait ainsi que d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A doit être rejetée par ordonnance comme manifestement dépourvue de fondement en application des dispositions citées au point 2 de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Versailles, le 26 octobre 2023.

Le président de la 6ème chambre,

Paul-Louis ALBERTINI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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