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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02112

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02112

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02112
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDE FROMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le directeur territorial du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours.

Par un jugement n° 2007940 du 23 juin 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après avoir constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire, a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, M. B, représenté par Me Kwemo, avocate, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le directeur territorial du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Kwemo en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a ni refusé une proposition d'hébergement ni ne s'est absenté du lieu d'hébergement sans justification valable.

Par un mémoire en défense du 17 juin 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête, qui se borne à reproduire intégralement et exclusivement l'exposé des faits et moyens figurant dans son mémoire de première instance, est irrecevable, en application des dispositions combinées des articles R. 411-1 et R. 811-13 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Versailles a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Danielian,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant éthiopien né le 5 février 1984, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 8 février 2017. Par lettre du 3 octobre 2019, le directeur territorial du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 28 novembre 2019, l'intéressé a présenté ses observations. Par une décision du 4 mars 2020, le directeur territorial du Val-d'Oise de l'OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. M. B fait appel du jugement du 23 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 13 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Versailles a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 4 mars 2020, repris par M. B en appel, à l'identique et sans élément de droit ou de fait nouveau, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, au point 3 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable, dispose que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile " sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 744-6 de ce code dans sa version applicable au litige : " () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines./ L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. ". Enfin aux termes de l'article L.744-9 du même code : " () / Le versement de l'allocation prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 743-1 et L. 743-2 a pris fin ou à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat. Pour les personnes qui obtiennent la qualité de réfugié prévue à l'article L. 711-1 ou le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 712-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. () ".

5. Si M. B soutient que le directeur territorial de l'OFII, avant de prendre la décision de suspension attaquée, n'a pas pris en compte sa vulnérabilité, il n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une vulnérabilité particulière en se bornant à alléguer qu'il se retrouve sans ressource et sans domicile et que les autorités italiennes ne l'ont pas pris en charge après l'exécution de son transfert. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'était au demeurant pas en vigueur à la date de la décision attaquée, doit être écarté.

6. En dernier lieu, si M. B soutient qu'il n'a pas refusé une proposition d'hébergement et ne s'est pas absenté sans justification valable de son lieu d'hébergement de sorte que l'OFII ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article D. 744-35, lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il ressort toutefois des termes mêmes de la décision attaquée que le directeur de l'OFII s'est fondé, pour suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, non sur les dispositions de l'article D. 744-35, mais sur celles des articles L. 744-7 et L. 744-9 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur le point 18 de la décision du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat, Association La Cimade et autres, n° 428530, ainsi que cela ressort de la motivation de la décision. Par suite, M. B ne saurait utilement soutenir que le directeur territorial de l'OFII aurait méconnu les dispositions de l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas le fondement légal de la décision de suspension attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente-assesseure,

Mme Liogier, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

I. DanielianLa présidente,

L. Besson-LedeyLa greffière,

T. TollimLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE02112

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