jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE02174 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui lui ont été assignées au titre de l'année 2014 et la restitution des cotisations primitives au titre des années 2015 et 2016 à raison de ses revenus locatifs, ainsi que des pénalités correspondantes, d'ordonner à l'administration fiscale de lui restituer les sommes indument versées au titre de l'impôt sur le revenu et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi à raison de l'activité des services fiscaux.
Par un jugement n° 1801122 du 5 juillet 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande et l'a condamnée à verser une amende pour recours abusif de 500 euros.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre 2022 et 25 septembre 2024, Mme A, représentée par Me Nait Mazi, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales qui lui ont été assignées au titre de l'année 2014 et la restitution des cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 ;
3°) d'ordonner la restitution des sommes indûment prélevées ;
4°) d'annuler la condamnation à verser une amende pour recours abusif de 500 euros ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi à raison de l'activité des services fiscaux ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement est irrégulier, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté du fait de l'absence de communication du mémoire du 24 juin 2019 ;
- le sens des conclusions du rapporteur public, mis en ligne avant l'audience, était insuffisamment précis, portant ainsi atteinte au principe d'égalité des armes et du contradictoire, garanti par l'article 6 §1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
- la rectification intervenue en juin 2016 concernant ses revenus de l'année 2015 a été effectuée de manière non contradictoire, entachant ainsi la procédure d'irrégularité ;
- en s'abstenant de lui adresser une proposition de rectification pour lui indiquer les nouvelles bases de calcul de son impôt de l'année 2015, l'administration l'a irrégulièrement privée d'une garantie substantielle et a méconnu les articles L. 57 du livre des procédures fiscales et les articles L. 123-1 et L. 124-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
Sur le bien-fondé des impositions :
- elle ne pratique pas la location à titre habituel et se prévaut de la doctrine référencée BOI-BIC-CHAMP-40-20 publiée le 5 avril 2017 qui précise au n°1 et suivants que le caractère habituel d'une location en meublé résulte des circonstances de fait à apprécier pour chaque cas particulier, et au n°50 que l'activité exercée occasionnellement ne relève pas de l'activité professionnelle ;
- l'administration ne pouvait lui appliquer d'office le régime des micro-BIC, qui exclut la possibilité d'imputer les déficits, dès lors qu'elle n'a pas de statut commercial et ne tirait aucun bénéfice des locations ;
- elle n'a pas eu la possibilité d'opter pour le régime réel d'imposition à la date prévue, car c'est l'administration qui lui a imposé l'option du micro-bénéfices industriels et commerciaux, alors qu'elle pensait relever du régime des revenus fonciers ; c'est à tort que l'administration lui a refusé le bénéfice du régime réel, alors qu'elle a été privée du choix de l'appliquer ;
- la requalification de sa situation fiscale est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;
- s'agissant du quantum du litige, l'administration présente des montants erronés, en omettant d'indiquer les sommes déjà recouvrées, d'un montant de 5 855 euros, de sorte que le trop-perçu en sa faveur s'élève à 997 euros ;
Sur le préjudice et les conclusions indemnitaires :
- elle a subi un trouble sérieux dans ses conditions de l'existence par le préjudice financier et moral causé par les impositions supplémentaires mises à sa charge et la mise en œuvre de la saisie sur salaire et des avis à tiers détenteur ;
- elle renvoie aux écritures déposées en première instance en réponse au moyen d'ordre public soulevé par le tribunal ainsi qu'à la note en délibéré sur ce point ;
Sur les majorations et intérêts de retard :
- l'absence de déclaration pour les revenus de 2014 était motivée par des difficultés familiales et des soucis importants de santé de proches, qu'elle a justifiés par des documents produits devant le service des impôts, qui n'en a pas tenu compte ;
- les majorations appliquées en 2016 au titre des revenus 2014 correspondent à une surimposition sur une base erronée ;
Sur l'amende pour recours abusif :
- la condamnation à l'amende est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'elle ne contient aucun motif de fait de nature à justifier la qualification de recours abusif ;
- elle n'a pas été invitée à formuler des observations avant que cette condamnation ne soit prononcée ;
- cette amende n'est pas justifiée au fond, elle n'a fait qu'user de son droit au recours en exposant ses moyens, uniquement dirigés contre les impositions en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires ainsi que celles tendant à la décharge des intérêts de retard et la majoration de 40% sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,
- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,
- et les observations de Mme A.
Une note en délibéré, enregistrée le 16 janvier 2025, a été présentée pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, domiciliée à Clamart (Hauts-de-Seine), est propriétaire d'un studio meublé situé à Gentilly (Val-de-Marne). Au titre des années 2014, 2015 et 2016, elle a été imposée à l'impôt sur le revenu pour les revenus tirés de la location de ce studio dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, selon le régime forfaitaire d'imposition prévu à l'article 50-0 du code général des impôts. Elle a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d'une part, de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014, 2015 et 2016, à raison de ses revenus locatifs, et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'activité des services fiscaux. Mme A relève appel du jugement du 5 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 772-1 du code de justice administrative : " Les requêtes en matière d'impôts directs et de taxe sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées dont l'assiette ou le recouvrement est confié à la direction générale des impôts sont présentées, instruites et jugées dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales () ".
3. Ces dispositions s'opposent à ce que des demandes de dommages et intérêts puissent être jointes aux demandes de décharge ou réduction d'impôts du fait qu'elles sont jugées selon des règles de procédure différentes. Les conclusions indemnitaires présentées par Mme A en réparation d'un préjudice moral qu'elle prétend avoir subi ne sont ainsi pas recevables. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement ou de recouvrement des impositions litigieuses, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir en ce sens opposée par le ministre.
Sur la régularité du jugement :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de justice administrative : " () La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6. / Les répliques, autres mémoires et pièces sont communiqués s'ils contiennent des éléments nouveaux ".
5. Mme A soutient que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a méconnu les exigences du principe du contradictoire en s'abstenant de lui communiquer le mémoire produit le 24 juin 2019 par l'administration fiscale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce mémoire ne comportait aucun élément nouveau relatif au litige, se bornant à préciser que le mémoire en réplique de la requérante n'appelait aucune observation. Dès lors, le tribunal a pu, sans méconnaître le caractère contradictoire de la procédure suivie devant lui, estimer qu'il n'y avait pas lieu de le communiquer. Par suite, le moyen de régularité tiré de l'atteinte au principe du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 711-3 du code de justice administrative : " Si le jugement de l'affaire doit intervenir après le prononcé de conclusions du rapporteur public, les parties ou leurs mandataires sont mis en mesure de connaître, avant la tenue de l'audience, le sens de ces conclusions sur l'affaire qui les concerne ".
7. Il résulte de l'instruction que le sens des conclusions du rapporteur public, qui concluait au rejet de la requête et à ce qu'une amende pour recours abusif de 500 euros soit mise à la charge de Mme A, a été communiqué aux parties le 18 juin 2022 à 9 heures, soit plus de soixante-seize heures avant l'audience, qui s'est tenue le 21 juin 2022 à 13h45. Ces indications ainsi que leur délai de mise en ligne avant l'audience étaient dès lors suffisants pour permettre à la requérante de présenter des observations, ce qu'au demeurant elle a fait par la production d'une note en délibéré dès le 22 juin 2022. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le jugement a été rendu au terme d'une procédure irrégulière en raison d'une précision insuffisante du sens des conclusions du rapporteur public.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
8. D'une part, il résulte de l'instruction que le service des impôts des particuliers (SIP) d'Issy-les-Moulineaux a contacté Mme A début juin 2016 pour l'informer des incohérences de sa déclaration de revenus locatifs pour l'année 2015. A la suite du courriel en réponse daté du 6 juin 2016, par lequel Mme A a reconnu s'être " trompée dans [sa] déclaration de revenus pour la location meublée pour le montant de déficit et donc de régime ", ajoutant qu'elle autorisait le service à effectuer " toutes corrections nécessaires ", le service a confirmé procéder aux modifications avant la date limite de souscription de la déclaration initiale, par un courriel du 7 juin 2016. Dès lors, la requérante, qui a donné sans ambiguïté son accord exprès aux corrections envisagées par le service, n'est pas fondée à soutenir que la rectification de ses revenus déclarés a été effectuée de manière non contradictoire.
9. D'autre part, la correction de la déclaration de revenus est intervenue en juin 2016, soit antérieurement à la mise en recouvrement des impositions. Par suite, en l'absence de toute rectification d'imposition, l'administration n'était pas tenue d'adresser à Mme A une proposition de rectification. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie substantielle. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la procédure suivie par l'administration serait contraire aux articles L. 123-1 et L. 124-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 57 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
S'agissant de la catégorie d'imposition des loyers perçus :
10. Aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale : / 1° Les revenus des propriétés bâties (). ". Aux termes de l'article 34 du même code : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. (). ". Il résulte de ces dispositions que la location, à titre habituel, d'un logement meublé constitue une activité commerciale imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux et non dans celle des revenus fonciers.
11. Pour contester les impositions mises à sa charge, Mme A soutient que les revenus provenant des locations en meublé qu'elle a perçus jusqu'en 2016 de la location de son logement situé à Gentilly, relevaient de la catégorie des revenus fonciers. Il résulte toutefois de l'instruction que le logement en cause a été loué chaque année depuis 2012 durant les périodes du 1er septembre 2012 au 4 juin 2013, du 1er septembre 2013 au 31 août 2014 et du 1er décembre 2015 au 31 août 2016. Dès lors, compte tenu de son caractère répété, l'activité de location de Mme A au cours des années en litige présentait un caractère habituel et, par suite, une nature commerciale au sens et pour l'application de dispositions précitées de l'article 34 du code général des impôts. Par ailleurs, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions du 5° bis de l'article 35 du code général des impôts, instituées par la loi n° 2016-1918 du 29 décembre 2016, qui qualifient, à compter des revenus perçus en 2017, la location en meublé d'activité commerciale relevant des bénéfices industriels et commerciaux, indépendamment de son exercice à titre occasionnel ou habituel. Les circonstances qu'elle n'ait pas de statut commercial, n'exerce pas en tant qu'entreprise et ne tire aucun bénéfice des locations et enfin que ces locations aient été effectuées sur des périodes discontinues, restent sans incidence sur l'imposition des revenus locatifs en litige dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les loyers perçus des locations de son studio devaient être imposés dans la catégorie des revenus fonciers.
S'agissant de la prise en compte du déficit :
12. Aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts, dans sa version applicable pour l'année 2014 : " 1. Les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année civile, n'excède pas 82 200 € hors taxes s'il s'agit d'entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place, ou de fournir le logement, à l'exclusion de la location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés, autres que ceux mentionnés aux 1° à 3° du III de l'article 1407, ou 32 900 € hors taxes s'il s'agit d'autres entreprises, sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices. / Lorsque l'activité d'une entreprise se rattache aux deux catégories définies au premier alinéa, le régime défini au présent article n'est applicable que si son chiffre d'affaires hors taxes global annuel n'excède pas 82 200 € et si le chiffre d'affaires hors taxes annuel afférent aux activités de la 2e catégorie ne dépasse pas 32 900 €. / Le résultat imposable, avant prise en compte des plus ou moins-values provenant de la cession des biens affectés à l'exploitation, est égal au montant du chiffre d'affaires hors taxes diminué d'un abattement de 71 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la 1re catégorie et d'un abattement de 50 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la 2e catégorie. Ces abattements ne peuvent être inférieurs à 305 €. () ". La version de cet article applicable aux années 2015 et 2016 dispose : " 1. Sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année de référence, respecte les limites mentionnées au 1° du I de l'article 293 B, s'il s'agit d'entreprises relevant de la première catégorie définie au dernier alinéa du présent 1, ou les limites mentionnées au 2° du même I, s'il s'agit d'entreprises relevant de la deuxième catégorie. (). Aux termes des 4 et 5 de cet article dans leur version applicable au litige : " 4. Les entreprises placées dans le champ d'application du présent article ou soumises au titre de l'année 1998 à un régime forfaitaire d'imposition peuvent opter pour un régime réel d'imposition. Cette option doit être exercée avant le 1er février de la première année au titre de laquelle le contribuable souhaite bénéficier de ce régime. Toutefois, les entreprises soumises de plein droit à un régime réel d'imposition l'année précédant celle au titre de laquelle elles sont placées dans le champ d'application du présent article exercent leur option l'année suivante, avant le 1er février. Cette dernière option est valable pour l'année précédant celle au cours de laquelle elle est exercée. En cas de création, l'option peut être exercée sur la déclaration visée au 1° du I de l'article 286. / Les options () sont valables deux ans tant que l'entreprise reste de manière continue dans le champ d'application du présent article () ". Enfin, aux termes de l'article 293 B du même code, dans sa version applicable aux impositions en litige, les limites pour les entreprises relevant des premières et secondes catégories sont fixées respectivement à 82 200 euros et à 32 900 euros.
13. Les dispositions qui instituent un régime fiscal optionnel et prévoient que le bénéfice de ce régime doit être demandé dans un délai déterminé n'ont, en principe, pas pour effet d'interdire au contribuable qui a omis d'opter dans ce délai de régulariser sa situation dans le délai de réclamation prévu à 1'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Il en va autrement si la loi a prévu que 1'absence d'option dans le délai qu'elle prévoit entraîne la déchéance de la faculté d'exercer l'option ou lorsque la mise en œuvre de cette option implique nécessairement qu'elle soit exercée dans un délai déterminé.
14. Si, en application des dispositions de l'article 50-0 du code général des impôts, les entreprises dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas les seuils qu'elles fixent relèvent en principe du régime fiscal et comptable des micro-entreprises, le même article leur offre la faculté d'opter pour le régime réel d'imposition. Cette option qui, une fois souscrite, est valable de façon irrévocable pour une durée de deux ans, doit être exercée par une entreprise suffisamment tôt au cours de la première année au titre de laquelle elle souhaite en bénéficier pour qu'elle soit en mesure de se conformer aux règles comptables, déclaratives et fiscales qu'elle implique, ce qui fait obstacle à ce que l'option puisse être souscrite au-delà de la date du 1er février fixée par la loi.
15. En l'espèce, compte tenu de leurs montants très inférieurs aux seuils prévus par les dispositions citées au point 12, les revenus locatifs perçus par Mme A pour les années 2014 à 2016 relevaient du régime forfaitaire des micro-entreprises et ne pouvaient, dès lors, être imposés au régime réel que sur option. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas exercé cette option, pour chaque année, avant la date limite prévue par ces mêmes dispositions. Par suite, c'est à bon droit que l'administration lui a appliqué le régime des micro-entreprises.
16. Si Mme A soutient que l'administration s'est fondée sur des montants erronés, en omettant d'indiquer les sommes déjà recouvrées, d'un montant de 5 855 euros, de sorte que le trop-perçu en sa faveur s'élève à 997 euros, elle ne produit pas de pièces probantes à l'appui de ses allégations de nature à démontrer la consistance des déficits fonciers revendiqués, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle a entretenu la confusion dans les montants inscrits dans ses déclarations, en renseignant non pas les revenus de ses locations, mais le montant d'impôt qu'elle estimait elle-même devoir acquitter. Enfin, Mme A ne peut utilement se prévaloir, en contentieux d'assiette, des circonstances personnelles et familiales difficiles.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
17. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
18. Si Mme A se prévaut, sur le fondement des dispositions précitées, des paragraphes n° 1 et 50 de la documentation administrative référencée BOI-BIC-CHAMP-40-20 publiée le 5 avril 2017, qui prévoient l'imposition dans la catégorie des revenus fonciers des opérations occasionnelles de location en meublé pour les revenus perçus jusqu'en 2016, cette instruction est toutefois postérieure à l'expiration du délai de déclaration des impositions en litige pour les années 2014 et 2015. Pour ce qui concerne les impositions de l'année 2016, cette instruction ne donne pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application.
Sur les pénalités :
19. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
20. Pour contester la majoration pour dépôt tardif et les intérêts de retard qui lui ont été infligés lors de la rectification de ses revenus locatifs au titre de l'année 2014, Mme A se borne à invoquer des difficultés familiales et des soucis importants de santé de proches pour justifier cette omission, en faisant état de justificatifs transmis à l'administration sans toutefois les produire à l'instance. Or, il résulte de l'instruction qu'elle n'a pas déclaré les revenus locatifs perçus en 2014 pour un montant de 6 000 euros, malgré l'envoi d'une mise en demeure le 11 mars 2016. S'agissant des revenus de l'année 2016, Mme A a également omis de déclarer une fraction de ses revenus tirés de la location de son immeuble. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a mis à sa charge les pénalités contestées.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 5 juillet 2022 a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin de restitution ainsi que, en tout état de cause, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur l'amende pour recours abusif infligée par le tribunal administratif :
22. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
23. Il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par Mme A ait présenté un caractère abusif.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. La requérante est seulement fondée à demander l'annulation du jugement en tant qu'il lui inflige une amende pour recours abusif.
Sur les frais du litige :
25. Il n'y a pas lieu, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, le versement à Mme A de la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions tendant à la condamnation de l'État à leur paiement doivent également être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : L'article 2 du jugement n° 1801122 du 5 juillet 2022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Massias, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
M. de Miguel, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
Le rapporteur,
F-X de MiguelLa présidente,
N. Massias
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026