jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE02361 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS CADOZ-LACROIX-REY-VERNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les titres exécutoires émis à son encontre par le maire de la commune de Chatou les 31 décembre 2019 et 1er février 2020, pour des montants respectifs de 27 620,32 et 6 855,92 euros, au titre de trop-perçus de supplément familial de traitement et de congés pour garde d'enfant malade et de le décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées.
Par un jugement nos 2006972 et 2105490 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Wenisch, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis les 31 décembre 2019 et 1er février 2020 par le maire de la commune de Chatou, ensemble les décisions des 25 mai et 14 août 2020 ayant rejeté son recours gracieux ;
3°) de le décharger de l'obligation de payer les sommes réclamées ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Chatou une somme de 3 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
- en application de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, le délai de prescription était en l'espèce de deux ans ; la créance dont se prévaut la commune était donc prescrite pour la période allant d'avril 2005 au 31 décembre 2017 ; les informations qu'il a transmises à la collectivité s'agissant de sa situation familiale ne sauraient être qualifiées d'inexactes ; par suite, il n'a commis aucune fraude ; en tout état de cause, la prescription quinquennale s'applique en cas de fraude ; le jugement attaqué est entaché d'une erreur de droit à ce titre ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une " erreur de fait ", dès lors qu'il avait la charge effective de ses trois enfants du mois de septembre 2005 au mois de juillet 2019 ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, la commune ayant confondu les notions de " résidence habituelle " et de " charge de l'enfant ".
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2022 et 3 décembre 2024, la commune de Chatou, représentée par Me Verne, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la fraude étant caractérisée en l'espèce, la répétition des sommes réclamées n'était soumise à aucun délai de prescription ; en tout état de cause, quand bien même la prescription quinquennale s'appliquerait, elle n'aurait commencé à courir qu'à compter du mois de septembre 2019, date à laquelle la commune a été informée de la situation de M. D ; les créances en litige n'étaient donc pas prescrites à la date à laquelle les titres exécutoires ont été émis ;
- la garde exclusive des enfants du requérant ayant été attribuée à son ex épouse, celle-ci est considérée comme en ayant eu la charge permanente et effective et aurait donc dû percevoir le supplément familial de traitement en lieu et place de M. D ;
- les changements de versions présentées successivement par l'intéressé ainsi que le caractère contradictoire des documents versés aux débats ne permettent pas d'établir que le requérant aurait vécu avec son ex épouse et leurs trois enfants sur la période litigieuse d'avril 2005 à août 2019.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport F Bahaj,
- les conclusions F Janicot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Auger, pour la commune de Chatou.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, père de trois enfants respectivement nés les 31 mars 1999, 25 juillet 2001 et 22 janvier 2005, a exercé les fonctions d'agent de surveillance de la voie publique auprès de la commune de Chatou du 9 avril 2001 au 30 septembre 2019. Le 31 décembre 2019, le maire de cette commune a émis à son encontre un titre exécutoire d'un montant de 27 620,32 euros, correspondant à un trop-perçu de supplément familial de traitement pour la période allant d'avril 2005 à août 2019. Le 1er février 2020, la même autorité a émis un second titre exécutoire à son encontre, d'un montant de 6 855,92 euros correspondant à 76 jours de congés pour garde d'enfant malade octroyés à tort entre 2006 et 2018. M. D relève appel du jugement du 11 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté les demandes en annulation qu'il avait formées à l'encontre de ces deux titres exécutoires.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. D ne peut utilement se prévaloir, pour demander l'annulation du jugement attaqué, de l'erreur de droit qu'auraient commise, selon lui, les juges de première instance.
Sur la légalité des titres exécutoires attaqués :
En ce qui concerne la prescription :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. ".
4. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 : " Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. ". Dans les deux hypothèses mentionnées à cet alinéa, la somme peut être répétée dans le délai de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil, lequel dispose que " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". Enfin, sauf disposition législative contraire, en cas de fraude ayant pour effet de maintenir la personne publique ou l'agent public titulaire d'un droit à paiement ou à restitution dans l'ignorance de celui-ci et de le priver de la possibilité de l'exercer, le délai de prescription ne commence à courir qu'à compter de la date à laquelle l'ignorance de ce droit a cessé.
5. Le requérant reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, le moyen tiré de la prescription partielle de la créance de la commune au titre de la période comprise entre le mois d'avril 2005 et le 31 décembre 2017. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus au point 6 du jugement attaqué.
En ce qui concerne le bien-fondé des créances :
S'agissant du supplément familial de traitement :
6. Selon l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur, le droit au supplément familial de traitement est ouvert en fonction du nombre d'enfants à charge au sens du titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale, à raison d'un seul droit par enfant. Aux termes de l'article 10 du décret du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert () aux fonctionnaires civils () / La notion d'enfant à charge à retenir pour déterminer l'ouverture du droit est celle fixée par le titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de la sécurité sociale : " Les allocations sont versées à la personne qui assume, dans quelques conditions que ce soit, la charge effective et permanente de l'enfant. ".
7. En premier lieu, la notion de " charge effective et permanente de l'enfant " au sens des dispositions précitées s'entend de la direction tant matérielle que morale de l'enfant. Dès lors, ne peut être regardé comme assumant cette direction matérielle et morale un père qui, alors même qu'il assume la totalité des frais d'entretien de l'enfant, n'en a pas la garde effective, la résidence de l'enfant ayant été fixée chez la mère. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le maire de Chatou aurait commis une erreur de droit en confondant les notions de " résidence habituelle " et de " charge de l'enfant ".
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que de la relation entre M. D et Mme A C, sont issus trois enfants, E né le 31 mars 1999, Farès né le 25 juillet 2001 et Sohane née le 22 janvier 2005. A la suite de la séparation du couple, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Pontoise a, par un jugement du 5 avril 2005, fixé la résidence des enfants auprès F Mme A C au n° 8, allée des Nymphéas à Bezons. Il est constant qu'en réponse à une demande de la commune de Chatou, M. D lui a transmis une version falsifiée de ce jugement indiquant que la résidence des enfants était fixée auprès de lui. La séparation du couple est également établie par plusieurs autres pièces du dossier et notamment, le courrier du 4 février 2010 adressé par le requérant au maire de Chatou indiquant " Je suis séparé de la maman de mes enfants depuis plusieurs années ", le courrier du 6 avril 2010 adressé à l'intéressé par le maire adjoint de la commune et indiquant que la séparation du couple a été confirmée à la collectivité par Mme A C, l'attestation sur l'honneur transmise par M. D lui-même à la commune après le 6 août 2010 évoquant " [la] séparation avec la mère de [ses] enfants " ou encore le courrier envoyé par ce dernier au maire de Chatou le 2 mars 2016 en vue de demander la prise en charge financière d'une formation. S'il résulte encore de l'instruction que le couple a ouvert un compte joint le 20 septembre 2006, a acheté un garage en commun le 7 février 2013 et s'était réciproquement consenti des procurations bancaires, ces circonstances ne sont pas de nature, à elles-seules, à établir que M. D et Mme A C auraient vécu de nouveau ensemble avec leurs trois enfants sur les périodes litigieuses s'étendant d'avril 2005 à août 2019. Par ailleurs, si M. D produit également de nombreux documents qui lui ont été adressés, au cours de cette période, au n° 8, allée des Nymphéas, adresse du bien acheté en indivision avec Mme A C le 24 janvier 2003, une telle domiciliation ne saurait emporter établissement de la vie commune. Enfin, si certaines pièces du dossier, notamment le jugement du 3 février 2022 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Pontoise et la main courante déposée par le requérant le 31 mai 2016, tendent à établir que M. D aurait eu la charge de ses trois enfants entre le 31 mai 2016 et le mois d'octobre 2017, cet état de fait est toutefois contredit par le courrier envoyé par Mme A C au maire de Chatou le 4 septembre 2019, indiquant qu'à compter du 28 octobre 2016, M. D aurait cessé d'avoir la garde effective et permanente de ses trois enfants. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas établi que le requérant aurait eu la charge effective et permanente de ses trois enfants d'avril 2005 à août 2019 et qu'il aurait ainsi pu prétendre au supplément familial de traitement.
S'agissant des jours de congés pour garde d'enfant malade :
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché le titre exécutoire émis le 1er février 2020 doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il avait droit à des jours de congés pour garde d'enfant malade sur la période allant de 2006 à 2018.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chatou, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D une somme de 2 000 euros au titre des mêmes frais exposés par la collectivité.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : M. D versera à la commune de Chatou une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D et à la commune de Chatou.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Camenen, président,
Mme Bahaj, première conseillère,
Mme Florent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
La rapporteure,
C. BAHAJ
Le président,
G. CAMENEN
La greffière,
V. MALAGOLI
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026