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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02377

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02377

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02377
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantN'GAMAKITA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par jugement n° 2115634 du 23 septembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 octobre 2022 et 14 mars 2023, Mme A, représentée par Me Ngamakita, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les deux cas dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît aussi les dispositions de l'article L. 435-1 de ce même code ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 22 novembre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Albertini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 7 avril 1990, est entrée en France le 21 juillet 2019. Elle a demandé le 16 novembre 2021 son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 1er décembre 2021, dont Mme A a demandé l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai. Elle relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Sur la légalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Mme A se prévaut de sa vie commune avec son compagnon, régulièrement installé en France, avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité enregistré le 28 janvier 2021. Elle fait aussi état du séjour régulier en France de quatre frères ou sœurs et de son implication au sein d'une association française en qualité de trésorière. Toutefois, elle est entrée récemment en France et elle y séjournait depuis moins de deux ans à la date de la décision en litige. Elle ne peut non plus justifier d'une vie commune ancienne et stable avec son compagnon à la même date. Elle ne justifie pas davantage des liens affectifs étroits qu'elle allègue avec les membres de sa famille régulièrement présents en France et ne soutient pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Enfin, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le fait qu'elle soit malentendante, lequel est sans rapport direct avec l'existence d'attaches privées et familiales en France, aurait dû être pris en compte par le préfet, dès lors qu'elle ne fait état d'aucune dépendance en lien avec ce handicap et n'établit pas ni même n'allègue que ce handicap rendrait indispensable sa présence auprès de proches résidant en France. Il en va de même de son état de santé, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle aurait sollicité son admission au séjour sur ce fondement ou transmis au préfet des éléments en ce sens préalablement à l'obligation de quitter le territoire français. En outre, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions en litige l'exposeraient à des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir l'existence en France de liens d'une intensité, une ancienneté et une stabilité particulière ainsi que l'ont exactement relevé les premiers juges. Par suite, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme A. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par les décisions susvisées doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 3 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et que Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir en appel que les décisions en cause seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

8. D'une part, il résulte du point 3 que Mme A ne justifie pas de motifs exceptionnels de nature à justifier son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. L'état de santé de l'intéressée, qui ne conteste pas en appel qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour à ce titre, ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission dès lors qu'elle se borne à faire valoir qu'elle est malentendante. D'autre part, Mme A ne se prévaut d'aucune expérience professionnelle particulière. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que l'autorité préfectorale a estimé que l'intéressée ne pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Le moyen doit donc être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision d'éloignement :

10. En premier lieu, pour les motifs exposés aux points 3 à 5, la décision en litige ne porte pas à la vie privée et familiale de Mme A une atteinte excessive au regard des buts qu'elle poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En second lieu, il résulte des points qui précèdent que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Albertini, président de chambre,

M. Pilven, président assesseur,

Mme Florent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le président-assesseur,

J.-E. PILVENLe président-rapporteur,

P.-L. ALBERTINILa greffière,

S. DIABOUGA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°22VE02377

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