jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE02550 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Par une ordonnance n° 2207821 du 8 novembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis à la cour administrative d'appel de Versailles sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.
Par un jugement n° 2204341 du 10 octobre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. B, représenté par Me Vitel, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous une astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de condamner l'État à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le premier juge a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le premier juge a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- son droit au recours effectif a été méconnu ;
- le premier juge a considéré à tort que le préfet avait suffisamment examiné sa situation personnelle, alors que celui-ci a entaché son arrêté d'erreurs d'appréciation et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans tenir compte de ce qu'il était sur le point de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour à laquelle il aurait dû faire droit, en vertu des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 612-10 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, est un ressortissant malgache né le 12 septembre 1967 à Ambatolampy, qui a déclaré être entré en France en 2006. Par un arrêté du 11 mai 2022, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. M. B relève appel du jugement du 10 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. Le requérant soutient qu'il a été privé du droit d'exercer effectivement un recours contre l'arrêté litigieux en raison de la brièveté des délais qui lui étaient impartis pour ce faire, et de l'impossibilité matérielle à laquelle il s'est heurté, en détention, pour saisir le tribunal, dans le respect de ces délais, d'une requête motivée. Il ressort cependant du dossier de première instance que la requête sommaire dont il a saisi le tribunal n'a pas été jugée irrecevable en raison des délais dans lesquels elle a été introduite ni de la circonstance qu'elle ne comportait aucun moyen. Cette lacune-ci a par ailleurs été comblée au cours de l'audience publique par l'avocat désigné pour représenter le requérant devant le magistrat désigné. Il suit de là que le requérant a effectivement exercé son droit au recours devant le tribunal, lequel a d'ailleurs rendu un jugement motivé qui fait l'objet de la présence instance d'appel. Le moyen doit ainsi être écarté.
4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour demander l'annulation du jugement attaqué, le requérant ne peut donc utilement soutenir que le premier juge aurait considéré à tort que le préfet avait suffisamment examiné sa situation personnelle, alors que celui-ci aurait entaché son arrêté d'erreurs d'appréciation et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans tenir compte de ce qu'il était sur le point de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour à laquelle le préfet aurait dû faire droit, en vertu des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des orientations de la circulaire du 28 novembre 2012.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :
5. Le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté d'éloignement sans délai fixant le pays de destination et assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans dont il fait l'objet, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, lesquelles ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Ce moyen est inopérant et doit, par suite, être écarté, de même que celui tiré de la méconnaissance de la circulaire du 28 novembre 2012 qui ne contient, au surplus, que de simples orientations générales et n'est pas opposable à l'administration.
6. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis 2006 où il a épousé l'année suivante une ressortissante française dont il vit aujourd'hui séparé. Un fils lui est né de cette union en 2003. Cette situation matrimoniale passée lui a d'ailleurs valu un titre séjour temporaire entre 2008 et 2009. Il se prévaut de la qualité de son intégration sociale par la langue et le travail, puisqu'il a exercé le métier de chauffeur-livreur entre 2018 et 2021 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. En dépit des signalements successifs dont il a fait l'objet le plus souvent pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique mais aussi pour usurpation d'identité, blessures involontaires et délit de fuite, et en dépit des condamnations à une peine d'emprisonnement dont il a fait l'objet en 2021 et 2022, respectivement pour blessures involontaires et conduite sous l'emprise d'un état alcoolique, il estime ne pas représenter de menace à l'ordre public, compte-tenu du suivi dont il fait l'objet pour son alcoolisme et de sa bonne conduite en prison. Cependant par ces éléments, le requérant, célibataire, qui n'allègue pas entretenir de liens avec son fils et ne soutient pas qu'il serait isolé à Madagascar, ne caractérise ni l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne caractérise pas non plus l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet en prenant à son encontre l'arrêté litigieux, après avoir procédé à un examen de sa situation dont les termes de l'arrêté révèlent qu'il a été sérieux. Enfin, le requérant n'est pas fondé, vu les sept signalements et la condamnation à une peine d'emprisonnement d'un an dont il a fait l'objet pour des faits répétés de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, à se prévaloir d'une erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet en estimant qu'il représentait une menace à l'ordre public. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations, de ces erreurs et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent ainsi être écartés.
En ce qui concerne le moyen dirigé communément contre l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur ce territoire pendant trois ans :
7. Le requérant soutient ne pas avoir été averti de la possibilité de faire l'objet d'un éloignement sans délai ou d'une interdiction de quitter le territoire français et donc de ne pas avoir été mis à même de présenter ses observations de façon spécifique sur de telles mesures prises à son encontre. Toutefois, en se prévalant de son activité de chauffeur-livreur et de l'ancienneté de sa résidence habituelle en France sur le fondement desquelles il entendait solliciter son admission exceptionnelle au séjour, le requérant, vu notamment ce qui a été exposé au point 6 de la présente ordonnance, n'allègue d'aucun élément pertinent qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de retour pendant trois ans méconnaîtraient le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Il ressort de ce qui vient d'être dit que le requérant n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans :
9. Il ressort de ce qui vient d'être dit que le requérant n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
10. Les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 613-6 du même code ne peut être utilement soulevé.
11. Il ressort des termes de la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, tenant compte des éléments exposés au point 6 de la présente ordonnance, a estimé à juste titre que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet était, dès lors, tenu de prendre cette interdiction.
12. Pour en fixer la durée, le préfet a constaté la situation irrégulière du requérant en France, la durée de son séjour dans ce pays, ses liens personnels sur place et ceux qu'il conserve à Madagascar, et surtout la menace à l'ordre public qu'il représente. Il a estimé que la décision litigieuse ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait de l'examen approfondi qui a été mené, une atteinte disproportionnée. Le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a suffisamment motivé la durée de cette interdiction. Compte-tenu des éléments exposés au point 6 de la présente ordonnance, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'il a fixé cette durée à trois ans.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 7 mars 2024.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026