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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02562

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02562

mardi 4 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02562
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSOLANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2205752 du 6 juillet 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. B, représenté par

Me Solanet, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, le préfet l'ayant éloigné alors qu'il l'avait saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 8 septembre 1971 à Alger, a déclaré être entré en France le 31 décembre 2019 muni d'un visa court séjour à destination de l'Espagne puis s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 6 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. M. B soutient que le premier juge a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. Le requérant soutient être entré en France le 31 décembre 2019. Il fait état de son intégration sociale et surtout professionnelle dans ce pays. Il entend justifier de son niveau de qualification par la production de ses diplômes obtenus en Algérie et de pièces relatives à ses premières expériences professionnelles, également en Algérie, dans le domaine de la construction. Il justifie avoir travaillé, dans le cadre de deux contrats à durée déterminée conclus pour les périodes d'octobre à décembre 2021 puis de septembre à décembre 2022, en qualité de soudeur puis de façadier au sein d'une société Korap. Cette société a sollicité au mois de février 2022 puis au mois de novembre de la même année une autorisation de travail le concernant. Si, par ces éléments, le requérant justifie d'efforts d'intégration par le travail, il ne caractérise pas suffisamment, eu égard notamment au niveau de qualification et d'expérience qui est le sien, une erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation personnelle, alors que par ailleurs, il n'était présent en France que depuis un peu plus de deux ans à la date de l'arrêté contesté, qu'il y vit célibataire et sans charge de famille, ne justifie y avoir aucune attache affective et ne conteste pas conserver des attaches en Algérie où vit sa famille. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord visé ci-dessus, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté litigieux sur la situation personnelle de M B doivent être écartés.

5. M. B ne justifie pas du dépôt d'une demande de titre de séjour à la date de l'arrêté contesté, en se prévalant de la demande d'autorisation de travail le concernant qu'a déposée son employeur le 23 février 2022. En tout état de cause, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative oblige à quitter le territoire français un étranger qui, étant en situation irrégulière à la date de cette demande, se trouve notamment dans l'un des cas mentionnés 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve cependant que l'intéressé ne relève pas de l'une des catégories d'étrangers mentionnés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige, qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou n'ait pas acquis, postérieurement au dépôt de sa demande de titre de séjour, et au plus tard à la date de l'entrée en vigueur de la mesure d'éloignement, un droit à la délivrance d'un titre de séjour. Enfin, l'admission exceptionnelle au séjour telle que prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas un régime permettant de prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour. Le requérant ne se prévaut pas des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 de la présente ordonnance qu'il ne pouvait prétendre, à la date de la décision d'éloignement en litige, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus et M. B n'allègue pas pouvoir prétendre à un tel titre sur un autre fondement. Par suite, si le requérant soutient qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le préfet lui fît obligation de quitter le territoire sans qu'il ait été préalablement statué sur sa demande de titre de séjour. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'éloignement d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 4 juin 2024.

La Conseillère d'État,

Présidente de la cour administrative d'appel de Versailles

N. Massias

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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