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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02604

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02604

lundi 9 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02604
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de la Mayenne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination, à titre subsidiaire, d'abroger cet arrêté, et d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte.

Par un jugement n° 2202590 du 26 octobre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. B, représenté par Me Loehr, avocate, demande à la cour :

1°) de désigner Me Loehr provisoirement au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler cet arrêté ;

4°) d'enjoindre au préfet du Loiret, devenu compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) à titre subsidiaire, d'abroger l'arrêté attaqué et d'enjoindre au préfet du Loiret de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a pris en méconnaissance du droit d'être entendu, principal général du droit de l'Union européenne, des droits de la défense et des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la mesure d'éloignement et qu'il justifiait d'éléments permettant d'influencer la prise de cette décision ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, est insuffisamment motivé et le préfet de la Mayenne s'est cru en situation de compétence liée ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est fondé à solliciter l'abrogation de l'arrêté attaqué dès lors qu'il justifie d'un changement de circonstances tel que l'acte est devenu illégal dès lors que la demande d'asile de sa fille est en cours d'examen et qu'elle justifie d'une attestation de demande d'asile valant autorisation provisoire de séjour jusqu'au 22 mars 2023.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant bissau-guinéen né le 5 mars 1990, fait appel du jugement du 26 octobre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Mayenne du 30 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision du 14 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions du requérant tendant à ce que la cour lui accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Mayenne a précisé les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine et, en particulier, les circonstances tenant à ce que la demande d'asile de M. B a fait l'objet, le 10 novembre 2021, d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 juin 2022. En outre, il ressort des mentions de cet arrêté que le préfet, qui ne s'est pas estimé en situation de compétence liée par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA, a procédé à un examen particulier de la situation de M. B au vu des informations dont il disposait à cette date. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ou que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le rejet de la demande d'asile, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu devant l'OFPRA ainsi que devant la CNDA. En outre, il lui appartenait, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, de fournir spontanément à l'administration, notamment à la suite de la décision de rejet de l'OFPRA du 10 novembre 2021 et de la décision de la CNDA du 20 juin 2022, tout élément utile relatif à sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été empêché de présenter les éléments relatifs à sa situation de manière utile et effective notamment ceux relatifs à la naissance de sa fille le 15 mars 2022 au Coudray (Eure-et-Loir) et à la demande d'asile déposée pour celle-ci, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est présenté aux services de la préfecture le 31 mai 2022. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ni, en tout état de cause, des droits de la défense.

8. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet de la Mayenne a indiqué que le requérant a conservé des liens dans son pays dès lors qu'il est père de trois enfants qui résident en Guinée et que cette autorité n'a pas fait mention de la fille du requérant qui réside en France, n'est pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'une erreur de fait.

9. En cinquième lieu, pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant requérant, M. B soutient qu'une demande d'asile a été présentée pour sa fille mineure, que cette demande est en cours d'examen et qu'ils bénéficient en conséquence du droit de se maintenir sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'une demande d'asile formée pour cet enfant a été rejetée le 13 mai 2022. Si le requérant se prévaut d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 22 mars 2023, il ressort de cette attestation qu'elle correspond à une demande enregistrée le 23 septembre 2022 à la préfecture du Loiret, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Par ailleurs, l'intéressé, qui est entré récemment sur le territoire français, ne justifie d'aucune intégration particulière en France et ne conteste pas qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent trois de ses enfants et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, alors qu'il ressort des pièces produites en première instance par le préfet de la Mayenne que la demande d'asile de la mère de sa fille née en France a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, le requérant n'établit pas que leur enfant ne pourrait les suivre hors de France sans risque pour sa sécurité. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

10. Enfin, M. B persiste à demander en appel, à titre subsidiaire, l'abrogation de l'arrêté du 30 juin 2022, en se prévalant d'un changement de circonstances de fait tiré de ce que sa fille dispose d'une attestation de demande d'asile dont la validité expire le 22 mars 2023. Il y a lieu de rejeter ces conclusions par adoption du motif retenu par le juge de première instance.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Mayenne.

Fait à Versailles, le 9 octobre 2023.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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