mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE02621 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ATTALI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C et Mme B D, épouse C, ont demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les arrêtés des 2 et 5 juillet 2021 par lesquels à la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté leurs demandes respectives de titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2103176-2103177 du 18 juillet 2022, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête n° 22VE02621, enregistrée le 21 novembre 2022, M. C, représenté par Me Attali, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de le convoquer à l'audience ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché de dénaturation des pièces du dossier, dès lors que les premiers juges n'ont pas pris en compte l'ensemble des éléments soumis à leur appréciation ;
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé ;
- il révèle un défaut d'examen particulier de sa demande ;
- il méconnaît son droit à être entendu afin qu'il soit procédé à un examen individualisé et contradictoire de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète était tenue de saisir la commission du titre de séjour ;
- la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;
- en estimant qu'il représente une menace à l'ordre public, la préfète a commis une erreur d'appréciation ;
- la préfète a méconnu les lignes directrices de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale ;
- la préfète a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant lié par le refus de titre de séjour.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 octobre 2022.
II. Par une requête n° 22VE02622, enregistrée le 21 novembre 2022, Mme D, épouse C, représentée par Me Attali, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de la convoquer à l'audience ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle reprend les mêmes moyens que ceux exposés par M. C dans sa requête.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A C et Mme B D, épouse C, ressortissants arméniens nés respectivement le 1er décembre 1986 et le 19 octobre 1988, sont entrés irrégulièrement en France le 27 mai 2013. Le 1er décembre 2020, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés des 2 et 5 juillet 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté leurs demandes de titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. et Mme C relèvent appel du jugement du 18 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la jonction :
3. Les requêtes nos 22VE02621 et 22VE02622, qui tendent à l'annulation du même jugement, présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur la régularité du jugement :
4. Le tribunal, qui n'était tenu de répondre qu'aux moyens et non aux simples arguments des demandeurs, a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans les demandes. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement est insuffisamment motivé doit être écarté.
5. Les requérants soutiennent que le tribunal a dénaturé les pièces du dossier en ne tenant pas compte de tous les éléments versés à l'instance. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
6. Les refus de titre de séjour litigieux comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, alors même que la préfète n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation des requérants ni, de façon détaillée, les pièces produites par ceux-ci à l'appui de leurs demandes, ces décisions sont suffisamment motivées. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi des demandes des requérants.
7. La préfète a estimé, dans le cadre de l'examen de la situation des requérants sur le fondement des dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, que M. C représentait une menace à l'ordre public. Si M. C, qui ne nie pas avoir été interpellé à deux reprises pour port d'armes prohibées et lors d'un contrôle routier, conteste que son comportement constitue une telle menace au motif qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation à la suite de ces interpellations, l'absence de condamnation ne faisait pas obstacle à ce que la préfète prenne en compte ces signalements pour apprécier l'existence de la menace à l'ordre public que représentait leur auteur.
8. Les requérants font notamment valoir qu'entrés en France en 2013, ils y résident habituellement depuis avec leurs trois fils, nés en 2009, 2014 et 2019. Ils ajoutent que les deux plus jeunes de leurs enfants sont nés sur le territoire national et que les deux plus âgés y sont scolarisés. Ils soutiennent qu'eux-mêmes et leurs enfants parlent couramment le français et que leur couple est socialement bien intégré, notamment par la vie associative et sportive. Ils font état d'une promesse d'embauche datée du 25 octobre 2021, concernant M. C, susceptible d'être employé comme aide plaquiste dans le cadre d'un contrat à durée déterminée débutant le 3 janvier 2022. Cependant l'expérience, les qualifications professionnelles et d'une façon plus générale, le niveau d'intégration sociale et les attaches dont les intéressés font état ne leur permettent pas de justifier, malgré la durée de séjour qu'ils allèguent, de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que par ailleurs, se maintenant tous deux en situation irrégulière en France depuis le rejet définitif de leurs demandes d'asile en 2015 et l'édiction à leur encontre en 2016 de mesures d'éloignement qu'ils n'ont pas exécutées, ils ne font état d'aucun obstacle à ce que la vie familiale se poursuive dans leur pays d'origine, ni à ce que leurs enfants y poursuivent leur scolarité.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance, les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, ou que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions litigieuses sur leur situation personnelle, qui a été examinée avec sérieux, ainsi que le révèlent les termes de ces décisions.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les époux C n'auraient pu apporter, à l'occasion du dépôt de leurs demandes de titre de séjour, toutes les précisions qu'ils jugeaient pertinentes, ni qu'ils auraient été empêchés de faire valoir toute observation complémentaire au cours de l'instruction de leurs demandes. Les requérants n'établissent donc pas ne pas avoir été en mesure de présenter, de manière utile et effective, leur situation. Par suite, le moyen tiré de ce que les refus litigieux ont été pris en méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
11. Enfin, dès lors que l'autorité préfectorale n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent les conditions permettant d'obtenir un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code auxquels elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour et que, pour les motifs exposés aux points 8 et 9 de la présente ordonnance, les requérants ne font pas partie de ces étrangers, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que les requérants n'établissent pas que le refus de titre de séjour est entaché d'illégalité. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.
13. En second lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que la préfète se serait crue liée par le refus de séjour. M. et Mme C ne sont donc pas fondés à soutenir que la préfète a méconnu l'étendue de sa compétence.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel de M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement. Dès lors, leurs conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de leurs conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à Mme B D, épouse C.
Copie en sera adressée à la préfète d'Indre-et-Loire.
Fait à Versailles, le 25 juin 2024.
La Conseillère d'État,
Présidente de la cour administrative d'appel de Versailles
N. Massias
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026