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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02827

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02827

vendredi 5 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02827
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les arrêtés du 16 novembre 2022 par lesquels le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2208661 du 23 novembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, M. A, représenté par Me Traore, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces arrêtés ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation ;

4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- les arrêtés litigieux sont insuffisamment motivés ;

- il reposent sur une erreur d'appréciation commise par le préfet quant à la menace qu'il représente pour l'ordre public ;

- ils révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'assignation à résidence doit être annulée dès lors qu'elle a été prise sur le fondement de l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle le prive de sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant roumain né le 10 août 1984 à Gab, a déclaré être entré en France en 2013. Par deux arrêtés du 16 novembre 2022, le préfet des Yvelines, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois et d'autre part l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A relève appel du jugement du 23 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

3. Le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. Les arrêtés en litige comportent les éléments de fait et de droit qui les fondent. Ils sont suffisamment motivés, indépendamment de l'appréciation portée par le préfet sur la situation de M. A.

5. Il ressort des termes de l'arrêté portant notamment éloignement sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le requérant a été signalé à sept reprises entre 2014 et 2021 pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, usage illicite de stupéfiants, violences avec arme, menaces ou chantage dans un autre but, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion, violence par une personne en état d'ivresse suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, port ou détention d'armes prohibées, violences avec arme. Cet arrêté a été pris à la suite de l'interpellation du requérant, le jour-même de son édiction soit le 16 novembre 2022, pour usage illicite de produits stupéfiants. M. A, qui ne conteste pas ces faits, n'est pas fondé à se prévaloir de l'absence de condamnation à laquelle son interpellation aurait abouti, dès lors que l'appréciation de l'existence d'une menace à l'ordre public ne se résume pas au bilan judiciaire d'un individu, mais elle tient compte aussi du comportement général de celui-ci. L'absence de réponse pénale à des actes délictueux ne fait pas obstacle à ce que le préfet, d'abord, prenne en compte ces signalements au moment d'apprécier la menace à l'ordre public que représente leur auteur, et subséquemment, estime, notamment au vu de ces actes, si cette menace est caractérisée. Le préfet a à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation, d'abord estimé que de tels faits, graves et répétés, caractérisaient une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, puis tiré les conséquences de cette menace en l'éloignant et en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant vingt-quatre mois.

6. Le requérant soutient qu'il réside habituellement en France depuis 2013 où il travaille et où se trouve le centre de ses intérêts personnels. Si le requérant a exercé le métier de maçon dans le cadre de missions d'intérim à compter de 2018, cette circonstance ne suffit pas par elle-même à caractériser une intégration sociale ni professionnelle d'une particulière qualité, alors que, célibataire et sans charge de famille en France, il ne justifie d'aucune attache personnelle sur le territoire national où il se maintient en situation irrégulière depuis son arrivée et où il a gravement troublé l'ordre public à de nombreuses reprises. Les décisions en litige ne sont donc entachées d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A, situation dont leurs termes révèlent, par ailleurs, qu'elle a été examinée au préalable avec suffisamment de sérieux par le préfet.

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence devrait être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. La décision contestée assigne M. A à résidence dans le département des Yvelines pour une durée de quarante-cinq jours et l'oblige à se présenter au commissariat de police de Mantes-la-Jolie les mardis à 14h. Dans ces conditions, les modalités de contrôle imposées à M. A ne sont pas disproportionnées et l'assignation à résidence contestée ne porte pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir garantie notamment par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision, qui précise d'ailleurs que l'intéressé ne peut quitter le département sans l'autorisation des services de la préfecture, ferait obstacle à ce que le requérant se présente à des rendez-vous médicaux en sollicitant, si besoin était, l'autorisation en ce sens de la préfecture.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 5 avril 2024.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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