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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00049

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00049

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00049
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET BERNARD LAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la mainlevée de la mise en demeure délivrée le 13 mai 2019.

Par un jugement n° 1913146 du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023, M. B, représenté par Me Mosser, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 636 273,27 euros qui lui a été réclamée par une mise en demeure tenant lieu de commandement de payer émise le 13 mai 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les premiers juges n'ont répondu à aucun de ses moyens ;

- par sa réclamation préalable du 25 juillet 2013, il n'a contesté que partiellement les impositions mises en recouvrement à son encontre le 30 septembre 2011 ;le dernier acte de poursuite datant du 22 juillet 2013, l'action en recouvrement était donc prescrite lors de l'envoi de la mise en demeure du 13 mai 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- la mainlevée partielle de la mise en demeure du 13 mai 2019 a été ordonnée le 22 décembre 2023 pour un montant de 609 009,27 euros ;

- pour le surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n° 1700643 du 9 mai 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- l'ordonnance n° 19VE02489 du 19 janvier 2022 de la cour administrative d'appel de

Versailles ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL AOS Service, dont M. B était le gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos de 2006 à 2009. Parallèlement, une vérification de comptabilité de l'activité occulte d'apporteur d'affaires de M. B a été menée, ainsi qu'un examen de sa situation fiscale personnelle sur la même période. A l'issue de ces contrôles, M. B a fait l'objet de rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée, d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2006 à 2009, assorties de pénalités. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa requête tendant à la réduction des suppléments d'imposition ainsi mis à sa charge par le jugement n° 1700643 du 9 mai 2019, confirmé par une ordonnance n°19VE02489 du 19 janvier 2022 de la présidente-assesseure de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Versailles. Le 13 mai 2019, M. B a reçu une mise en demeure tenant lieu de commandement de payer la somme de 636 273,27 euros, correspondant au solde dû par l'intéressé au titre des droits et pénalités en matière d'impôt sur le revenu et des contributions sociales de l'année 2009 et à une majoration de 10 % prévue à l'article 1730 du code général des impôts. Il fait appel du jugement du 9 décembre 2022, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 636 273,27 euros procédant de cette mise en demeure.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 22 décembre 2023, postérieure à l'introduction de la requête, la comptable publique en charge du pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine a donné mainlevée partielle de la mise en demeure émise le 13 mai 2019 à l'encontre de M. B à hauteur de 609 009,27 euros, convenant que l'action en recouvrement était prescrite à hauteur de cette somme. Ainsi, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer sont, à concurrence de cette somme, devenues sans objet. Il n'y a pas lieu, dans cette mesure, d'y statuer.

Sur la régularité du jugement :

3. Si le requérant soutient que les premiers juges n'ont répondu à aucun de ses moyens, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant à la cour d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, le tribunal a bien répondu à l'unique moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement qui était soulevé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé de l'obligation de payer les sommes restant en litige :

4. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, alors applicable : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ". Aux termes de l'article 2240 du code civil : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ". Aux termes de l'article 2244 du même code : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par () un acte d'exécution forcée ". Enfin, aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. () ".

5. La cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2009, faisant l'objet de la mise en demeure litigieuse, a été mise en recouvrement le 30 septembre 2011. Une saisie attribution a été émise à l'encontre de M. B le 22 juillet 2013, interrompant la prescription de l'action en recouvrement. Il résulte de l'instruction que M. B a ensuite introduit une réclamation préalable le 25 juillet 2013, assortie d'une demande de sursis de paiement, dans laquelle il contestait partiellement les impositions mises à sa charge, détaillées au point 1, incluant la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu de l'année 2009 contrairement à ce qu'il soutient, et demandait une réduction de celles-ci. Sur ce point, l'administration fait valoir, sans être contredite, que sa contestation portait, s'agissant de l'impôt sur le revenu de l'année 2009, sur un montant en droits de 58 777 euros, de 19 442 euros de pénalités d'assiette et de 7 822 euros de pénalités de recouvrement, soit, en tout état de cause, un montant supérieur aux impositions restant en litige et s'élevant à 27 264 euros. Il résulte de l'instruction que le sursis de paiement a été limité aux montants de ces droits et pénalités contestés et la prescription de l'action en recouvrement a été suspendue, à hauteur des sommes contestées, le surplus des sommes mises en recouvrement demeurant exigibles, ainsi qu'il ressort notamment du courriel de ce service du 26 septembre 2013. La réclamation préalable du requérant, rejetée le 25 novembre 2016, a fait l'objet d'un recours contentieux enregistré le 23 janvier 2017 devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui l'a rejeté par un jugement n° 1700643 en date du 9 mai 2019. Le délai de prescription de l'action en recouvrement a ainsi recommencé à courir seulement à compter de la notification de ce jugement et les créances fiscales restant en litige n'étaient donc pas prescrites lors de l'envoi de la mise en demeure le 13 mai 2019, alors au surplus que, par courrier du 11 février 2015, le requérant a demandé un échelonnement et des délais de paiement pour les impositions restant dues à cette date et il résulte par ailleurs du bordereau du 20 avril 2016 émis par le pôle de recouvrement spécialisé de Boulogne-Billancourt que le dernier paiement intervenu sur la dette fiscale date du 10 novembre 2015, moins de quatre ans avant la date de la mise en demeure litigieuse.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté le surplus de sa demande.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure délivrée le 13 mai 2019 à hauteur de 609 009,27 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Danielian, présidente,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

I. Danielian

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière ,

N°23VE00049

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