jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE00052 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BERNARD LAGARDE |
Vu la procédure suivante :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la mainlevée des mises en demeure délivrées le 14 août 2019.
Par un jugement n°1913145 du 9 décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Mosser, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 54 921,37 euros qui lui a été réclamée par deux mises en demeure tenant lieu de commandement de payer émises le 14 août 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges n'ont répondu à aucun de ses moyens pour considérer que l'action en recouvrement était suspendue totalement ;
- la réclamation contentieuse d'assiette qu'elle a introduite, à l'encontre des impositions mises en recouvrement le 30 septembre 2011, n'était que partielle ; le sursis de paiement ne portait donc que sur les suppléments d'imposition d'impôt sur le revenu de l'année 2009 ; l'action en recouvrement pour les autres impositions et les pénalités, pour lesquelles le dernier acte de poursuite date du 11 mai 2012, était donc prescrite lors de l'envoi des mises en demeure le 14 août 2019 ; le fait que les sommes réclamées aient baissé, entre la réclamation préalable et la mise en demeure, atteste de ce que le sursis de paiement n'était pas effectif sur l'ensemble des impositions qui lui sont réclamées.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la demande.
Il fait valoir que :
- les pénalités de recouvrement se rapportant, à hauteur de 16 790 euros, aux impositions non contestées, pour lesquelles le sursis de paiement ne s'est pas appliqué, étaient bien prescrites à la date des mises en demeure en litige ; la décharge de l'obligation de payer cette somme est prononcée et le certificat de dégrèvement sera prochainement adressé à la cour ;
- la requérante n'est pas recevable à contester la régularité des poursuites dont elle aurait fait l'objet pendant la période où elle bénéficiait du sursis de paiement, ni à se prévaloir de l'irrégularité de ces poursuites pour contester le bien-fondé des impositions qui lui sont réclamées ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement n° 1700626 du 9 mai 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- l'ordonnance n° 19VE02490 du 25 février 2021 de la cour administrative d'appel de
Versailles ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'un examen de sa situation fiscale personnelle, Mme B a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2008 et 2009, assorties de pénalités. Par un jugement n° 1700626 du 9 mai 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, après avoir constaté un non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés, rejeté sa requête tendant à la réduction des suppléments d'imposition mis à sa charge, confirmé par une ordonnance n°19VE02490 du 25 février 2021 du président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Versailles. Le 14 août 2019, Mme B a reçu deux mises en demeure tenant lieu de commandement de payer la somme de 54 921,37 euros, correspondant au solde dû par l'intéressée au titre des droits en matière d'impôts sur le revenu de l'année 2009 et des majorations de recouvrement afférentes à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales des années 2008 et 2009. Elle fait appel du jugement du 9 décembre 2022, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 54 921,37 euros procédant de ces deux mises en demeure.
Sur l'exception de non-lieu soulevée par le ministre :
2. Dans son mémoire en défense, le ministre reconnaît que les pénalités de recouvrement se rapportant, à hauteur de 16 790 euros, aux impositions non contestées, pour lesquelles le sursis de paiement ne s'est pas appliqué, étaient bien prescrites à la date des mises en demeure en litige. Il conclut ainsi au non-lieu partiel à statuer compte tenu de la décharge de l'obligation de payer accordée et du dégrèvement prononcé pour un montant de 16 790 euros. Toutefois, malgré deux mesures d'instruction, le ministre n'a pas fourni la preuve du dégrèvement qui aurait été accordé à Mme B. Par suite, l'intégralité des conclusions de la requérante conserve un objet et il y a lieu d'y statuer.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le ministre :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un acte de poursuite ait été pris à l'encontre de la requérante avant les mises en demeure litigieuses du 14 août 2019 pour le paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales des années 2008 et 2009 citées au point 1. Par suite, les moyens tirés de ce que la requérante ne serait pas recevable à contester la régularité des précédents actes de poursuite ou de ce qu'elle ne serait pas recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement plus de deux mois après le premier acte de poursuite ne peuvent qu'être écartés.
4. En second lieu, le ministre soutient que la demande de la requérante, qui ne conteste pas le bien-fondé des impositions réclamées dans la présente instance, n'est pas recevable en ce qu'elle " n'indique pas en quoi l'irrégularité des poursuites qu'elle invoque affecterait le bien- fondé des sommes réclamées ". Toutefois, il n'apporte pas les précisions nécessaires pour permettre à la cour d'apprécier le bien-fondé de cette fin de non recevoir. Par suite, celle-ci doit être écartée.
Sur la régularité du jugement :
5. Pour contester la régularité du jugement attaqué, Mme B fait valoir que les premiers juges n'ont répondu à aucun de ses moyens pour considérer que l'action en recouvrement était suspendue totalement. En première instance, l'intéressée soulevait un unique moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement concernant les sommes qui avaient fait l'objet des mises en demeure le 14 août 2019. Au soutien de ce moyen, elle soutenait que sa réclamation d'assiette du 25 juillet 2013, qui contenait une demande de sursis de paiement, ne visait que les droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009. Pour étayer ses propos, elle affirmait notamment que la circonstance que la somme réclamée ait diminué entre la date de sa réclamation de 2013 et les mises en demeure de 2019 prouvait que le sursis de paiement n'était pas effectif sur l'intégralité des sommes. Pour répondre à ce moyen, les premiers juges, après avoir mentionné les textes applicables, ont ensuite détaillé les faits de l'espèce, au point 3 du jugement, notamment les dates de la procédure du contentieux d'assiette, avant de considérer, contrairement à ce que la requérante soutenait, que la réclamation préalable du 25 juillet 2013, au regard des termes dans lesquels celle- ci était rédigée, visait l'intégralité des impositions et pénalités mises en recouvrement, pour en déduire que l'action en recouvrement n'était pas prescrite. Ce faisant, les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments de l'intéressée, ont suffisamment exposé les motifs qui les ont conduits à écarter l'unique moyen soulevé devant eux. Par suite, le moyen tiré d'une omission à statuer doit être écarté.
Sur le bien-fondé de l'obligation de payer :
6. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, alors applicable : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ". Aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. () ".
7. Pour solliciter la décharge de l'obligation de payer la somme de 54 921,37 euros procédant des deux mises en demeure contestées, Mme B fait valoir que la prescription de l'action en recouvrement est acquise pour les impositions d'impôt sur le revenu de l'année 2008 et les contributions sociales des années 2008 et 2009 ainsi que les majorations, dès lors que la réclamation suspensive qu'elle a introduite le 25 juillet 2013, à l'encontre des impositions mises en recouvrement le 30 septembre 2011, n'était que partielle, et n'a pu avoir pour effet d'interrompre la prescription à leur égard.
8. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales litigieuses au titre des années 2008 et 2009 réclamées à la requérante ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2011. Il résulte de l'instruction que les mises en demeure litigieuses ne comportent aucun reste à payer relatif aux droits des contributions sociales des années 2008 et 2009 et d'impôt sur le revenu de l'année 2008. Sur ce point, le moyen de la requérante est ainsi inopérant. Par ailleurs, à la suite d'avis à tiers détenteurs bancaires et de la mise en place de délais de paiement, la dette de Mme B s'élevait, lors de sa réclamation préalable du 25 juillet 2013, ainsi qu'il ressort du bordereau de situation édité à cette date, à 70 478,37 euros, comprenant seulement, en droits, 40 851,37 euros d'impôt sur le revenu de l'année 2009, le reste étant composé de pénalités de recouvrement portant sur l'impôt sur le revenu et les contributions sociales des années 2008 et 2009. Il résulte de l'instruction que, par sa réclamation préalable du 25 juillet 2013, assortie d'une demande de sursis de paiement, Mme B a contesté " les impositions qui découlent des rectifications notifiées " à la suite de l'examen de sa situation fiscale personnelle. L'administration fait valoir, sans être contredite, que cette contestation portait sur un montant, en droits, de 79 771 euros et, en pénalités d'assiette, de 35 457 euros. S'agissant des droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009, Mme B reconnaît elle-même les avoir contestés dans ses écritures, la demande de sursis de paiement étant d'ailleurs demandée pour tous " les montants restant dus ". La prescription de l'action en recouvrement a donc été suspendue à compter de la date de sa réclamation pour les droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009. La réclamation préalable de la requérante, rejetée le 25 novembre 2016, a fait l'objet d'un recours contentieux enregistré le 23 janvier 2017 devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui l'a rejeté par un jugement n° 1700626 en date du 9 mai 2019. Si la requérante fait valoir que le montant de la somme réclamée a diminué entre sa réclamation préalable de 2013 et les mises en demeure de 2019, ce qui attesterait de ce que sa réclamation préalable et le sursis de paiement dont elle était assortie n'étaient que partiels, l'administration fait valoir, sans être contredite, que la diminution des droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009 ne provient que de l'imputation d'un dégrèvement qu'elle a accordé en cours d'instance devant le tribunal administratif le 4 mars 2019 pour un montant de 14 143 euros. Le délai de prescription de l'action en recouvrement a ainsi recommencé à courir à compter de la notification du jugement du 9 mai 2019 pour les droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009, lesquels n'étaient donc pas prescrits lors de l'envoi des mises en demeure contestées le 14 août 2019. Enfin, les pénalités de recouvrement dont ont été assortis les droits et pénalités d'assiette d'impôt sur le revenu et de contributions sociales de 2008 et 2009 contestés dans la réclamation du 25 juillet 2013, s'élevaient, ainsi que le fait valoir l'administration sans être contredite, à un montant total de 11 423 euros. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués précédemment pour les droits d'impôt sur le revenu de l'année 2009, ces sommes n'étaient pas prescrites lors de l'envoi des mises en demeure litigieuses.
9. En revanche, Mme B est fondée à soutenir que les pénalités de recouvrement afférentes à des impositions et pénalités d'assiette non contestées, d'un montant de 16 790 euros selon l'administration, étaient prescrites, en l'absence de toute cause interruptive de prescription depuis le dernier paiement spontané de Mme B du 20 juin 2013, ainsi que le reconnaît d'ailleurs l'administration, comme mentionné au point 2. Elle doit donc être déchargée de son obligation de payer à hauteur d'un montant de 16 790 euros de pénalités de recouvrement, soit un montant de pénalités de 689 euros afférentes à l'impôt sur le revenu de 2008, de 11 766 euros afférentes à l'impôt sur le revenu de 2009, de 225 euros afférentes aux contributions sociales de 2008 et de 4 110 euros afférentes aux contributions sociales de 2009, ainsi que le détaille le mémoire en défense.
10. Il résulte de ce qui précède, que Mme B est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge de l'obligation de payer résultant des mises en demeure du 14 août 2019 à hauteur d'un montant de 16 790 euros
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 16 790 euros tel que détaillé au point 9.
Article 2 : Le jugement n°1913145 du 9 décembre 2022 du tribunal administratif de Cergy- Pontoise est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Danielian, présidente,
M. de Miguel, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
I. Danielian
La greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière ,
N°23VE00052
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026